Après le rachat de Monitor, Deloitte ambitionne de devenir "un leader du conseil en stratégie"

 

Comme nous l'avions indiqué, Monitor et Deloitte ont confirmé leur rapprochement.

Reste à voir si les deux jeunes mariés convoleront en justes noces : à Paris, plusieurs analystes ne voient pas la marque Monitor faire long feu et anticipent d'autres rapprochements.

 

Benjamin Polle
09 Nov. 2012 à 09:26
Après le rachat de Monitor, Deloitte ambitionne de devenir "un leader du conseil en stratégie"

 

Monitor en cessation de paiement, une vente à 116,2 millions de dollars et entre 1 000 et 5 000 créances reprises par Deloitte

"Monitor Company Group annonce qu'il a donné son accord à une fusion avec Deloitte", a indiqué le cabinet dans un communiqué rendu public le 7 novembre, spécifiant que "certaines conditions restent à remplir" avant que l'accord ne soit totalement finalisé. DeloitteTouche Tohmastu Limited (DTTL), le cabinet d'audit et de services financiers diversifiés domicilié à New York, réalise ainsi l'acquisition d'une grande marque du conseil en stratégie, achat qu'il n'avait pas pu faire avec Roland Berger. Monitor a été fondé en 1983 par six entrepreneurs liés à la Harvard Business School, dont les frères Mark et Joseph Fuller et Michael Porter, professeur gourou de la discipline.

"Les deux cabinets ambitionnent par ce rapprochement de former un "leader du conseil en stratégie, en marketing et en stratégie et réalisation de l'innovation", disent-ils.

Le prix du rachat des actifs et des dettes de Monitor s'élève à 116,2 millions de dollars, informe le Wall Street Journal. Le bilan déposé par Monitor auprès du tribunal de commerce ("Bankruptcy court") de Wilmington dans l'État du Delaware valorise ces actifs entre 100 et 500 millions de dollars. Par cette procédure (dite du "Chapter 11" outre-Atlantique), Monitor estime "faciliter" la reprise de son bilan par Deloitte, reprise qui sera cependant soumise à l'accord de la juridiction de Wilmington. Monitor, indique le Wall Street Journal, est  débiteur  de 1 000 à 5 000 créanciers, dont RBS Citizen Bank, Standard & Poor's Capital IQ et de différentes entreprises de conseil et d'audit.

Monitor plaide la continuité de ses prestations, mais à Paris on n'y croit pas

Un porte-parole de Monitor ajoute que "la plupart des 1 200 employés de Monitor dans ses 26 bureaux" se verront offrir des reclassements chez Deloitte, dit-il au Boston Globe. "Monitor a l'intention de poursuivre ses prestations auprès de ses clients de manière normale", note pour sa part le cabinet dans un communiqué qu'il a rendu public le 7 novembre 2012.

À Paris, plusieurs spécialistes du secteur joints par Consultor prévoient une fin rapide du bureau de Monitor à Paris, ouvert dans la capitale française en 1993 et qui a atteint 40 consultants et 10 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2010. Pour un habitué de la méthode d'intégration post acquisition de Deloitte, "une intégration totale" du bureau parisien de Monitor interviendra très vite, même si la marque, l'indépendance et les pratiques sociales seront dans un premier temps conservées. À moyen terme, si la marque Monitor subsiste, peut-être deviendra-t-elle une annexe de Deloitte France sur les questions de conseil en stratégie, confie-t-on à Consultor.

Dans l'immédiat, une question plus urgente se pose pour le nouvel acquéreur : comment concilier ses audits annuels auprès de géants de la pharmacie, comme chez Ipsen et Abbott, avec d'éventuelles prestations de conseil en stratégie réalisées par Monitor, désormais intégré à Deloitte ? Ce qui mettrait le groupe en porte-à-faux avec le livre vert de la Commission européenne paru en novembre 2011.

D'autres consolidations à prévoir

"Les grandes sociétés d’audit devront séparer leurs activités d’audit de leurs autres activités pour éviter tout risque de conflit d’intérêts", écrivait la Commission européenne en synthèse des propositions de "règlement sur la qualité des audits des comptes des entités d’intérêt public et de directive pour améliorer le fonctionnement du marché européen de l’audit légal".

Une analyse à creuser d'autant plus que le cas de figure est amené à se répéter. "L'acquisition de PRTM par Pwc signale davantage encore que deux tendances de fond sont à l'œuvre dans le marché du conseil. La première est une politique d'investissement agressive des plus grandes entreprises d'audit. Presque une décennie s'est écoulée depuis que les "Big Four" ont vendu tous leurs actifs dans le domaine. La deuxième est que n'importe quel spécialiste établi avec un domaine d'expertise reconnu est un candidat potentiel à l'acquisition", notait l'Américain Gartner, lui-même consultant dans le domaine des techniques avancées, lors du rachat du cabinet de conseil américain en supply chain PRTM, par PricewaterhouseCoopers (PwC), l'un des trois concurrents de Deloitte (avec Ernst & Young et KPMG).

Autant dire que la porte n'est pas fermée à des rachats, et qu'elle serait même franchement entrouverte, disent à Consultor plusieurs de nos interlocuteurs, alors que d'autres discussions seraient en cours.

Quelques critères présideront aux prochains rachats :

  1. Seuls quelques cabinets, pour ne pas dire McKinsey, BCG et Bain, sont lancés dans une course à la taille critique et parviennent à maintenir une quinzaine de practices crédibles mondialement.
  2. D'autres cabinets, pour ne pas dire Booz et Oliver Wyman, ont fait ou font le choix de se recentrer sur 4 ou 5 practices dont ils veulent faire leur cœur de métier.
  3. Ceux des cabinets qui ne parviennent pas à s'aligner sur le positionnement 1. ou 2. sont particulièrement susceptibles d'être visés par des offres de rachat, pour ne pas les nommer : AT Kearney, Corporate Value Associates, Mars & Co (si Dominique Mars est prêt à passer la main), L.E.K et pourquoi pas Roland Berger.
  4. Ces offres seront faites très probablement par des grands de l'audit, ou Capgemini et Accenture ; avec en arrière-plan l'idée que le conseil en stratégie offre des possibilités de cross selling (un peu de conseil en stratégie pour beaucoup d'autres formes de conseil).

Sollicités pour décrire les modalités du rapprochement en France, les partners et consultants de Monitor et Deloitte ne souhaitent pas commenter.

La practice américaine intégrée à Deloitte Consulting, et au cas par cas pour les autres bureaux auprès des franchises DTTL

L'accord entre Monitor et Deloitte stipule l'intégration de la practice américaine de Monitor dans le giron de Deloitte Consulting LLP, la branche conseil de DTTL, à savoir les bureaux de San Francisco, New York, Los Angeles, Chicago et Cambridge, au siège social du cabinet. Les autres bureaux dans le reste du monde - dont celui de Paris -, soit une vingtaine de bureaux, "seront acquis au cas par cas par d'autres entreprises du groupe DTTL", indique le communiqué, qui ne précise pas si la marque Monitor sera ou non conservée.

"Nous sommes sous le poids d'une pression financière croissante en tant qu'entité économique indépendante, accrue par la mauvaise passe économique actuelle", précise-t-il. Ce rachat, poursuit la déclaration, n'est en rien lié à l'information divulguée en 2011 par le site d'information politique américain Politico selon laquelle Monitor a perçu 3 millions de dollars de la part du régime libyen finissant de Mouammar Kadhafi, pour une aide à la communication délivrée entre 2006 et 2008. Cette information avait abouti au départ de Mark Fuller, l'un des fondateurs historiques du cabinet.

Dans le bilan déposé dans le Delaware, Monitor indique que depuis 2008 la demande de conseil en stratégie s'est écroulée, à tel point que les partners ont dû avancer 4,5 millions de dollars dans les comptes de l'entreprise, renoncer à 20 millions de dollars de bonus en 2009 et souscrire des bons de trésorerie de 51 millions de dollars auprès de Caltius Capital Management. En septembre et octobre 2012, la trésorerie a continué à se détériorer et le cabinet n'a pas été en mesure de s'acquitter des frais de loyer de son siège à Cambridge (Massachusetts), informe le Boston Globe.

 

Par Benjamin Polle pour Consultor, portail du conseil en stratégie-09/11/2012

 

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