EY : une « One Team » et beaucoup de questions
La cinquantaine de consultants du bureau parisien d’OC&C a officiellement rejoint mi-août la « One Team » d’EY avenue Hoche. Cette équipe dédiée aux services de corporate strategy « les plus haut de gamme » compte à présent, selon EY, une centaine de consultants au total. Le reste des troupes en conseil en management est, lui, logé à la tour First de la Défense. Beaucoup d’interrogations demeurent.
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L’intégration définitive d’une cinquantaine de consultants d’OC&C au sein d’EY marque le dernier fait d’armes des grands groupes d'audit (« les Big4 ») dans le conseil en stratégie.
Comme nous le confient plusieurs sources parmi les nouveaux stratèges d’EY-Parthenon – du nom du Parthenon Group (300 consultants aux USA et en Asie) acquis par EY en juillet 2014 : « Le bureau français d’OC&C a accepté de se faire racheter, malgré quelques craintes. Parce que le marché du conseil en stratégie est de plus en plus lié au digital et au big data qui requiert une masse critique pour financer ces savoir-faire. EY a cette compétence avec le Lab (consacré à l’intelligence artificielle et ouvert fin 2016 à la Défense, NDLR) et l’analytics (exploitation de série big data pour l’aide à la décision, NDLR). Cela va devenir essentiel dans la strat et tout le monde croit au projet. »
Côté pile : une synergie sensée
Pour une seconde source, elle aussi passée chez EY-Parthenon depuis OC&C, « la taille compte beaucoup dans ce métier : il faut pouvoir rapidement grossir pour répondre aux attentes des directions générales en termes de couverture mondiale, et ça compte pour les niveaux de tarification que l’on peut appliquer ».
Voilà pour l’affichage. Et les clients d’OC&C ont, semble-t-il, suivi. « Cela commence fort », glisse-t-on. Ceci étant, la multiplication des acquisitions d’EY ces dernières années, à l’instar de ses concurrents à grands coups d’achats externes (PwC et Booz ou Monitor et Deloitte), crée de la confusion.
« EY Strategy », dont le groupe a beaucoup fait la promotion en France, devait être à Paris la marque phare des grandes ambitions. À entendre Bertrand Baret, l’ancien partner de Bain & Co et de Roland Berger, dans Les Échos en avril 2016, EY voulait se positionner en numéro 3 sur le marché français de la stratégie, derrière McKinsey et BCG.
EY Strategy amenée à disparaître au profit d'EY-Parthenon
Désormais, EY Strategy est en sourdine. Et en interne, on reconnaît qu’il y a de la confusion avec EY-Parthenon. Cette dernière est amenée à devenir la seule et unique marque de stratégie d’EY. Exit donc EY Strategy à court ou moyen terme, à en croire nos sources.
« EY Strategy était rattachée à l’advisory (conseil en robotique, RH, cybersécurité, it…), EY-Parthenon aux transactions, notre arrivée permet de clarifier les choses. Le choix a été fait de ne conserver qu’EY-Parthenon », dit un transfuge d’OC&C Paris.
Sous Bruno Bousquié, ancien managing partner d’OC&C France, c’est une équipe d’une centaine de personnes regroupant les équipes Greenwich, OC&C France et du conseil en transactions (liés aux métiers de la transaction, cession et rachat). L’équipe a pris ses quartiers au 2 de l’avenue Hoche dans les locaux de Ricol Lasteyrie. Le cabinet de conseil financier fondé par René Ricol, un temps commissaire général à l’investissement de Nicolas Sarkozy, a été acquis par EY début 2015.
La "One Team" de l'avenue Hoche
Cette « One Team », comme ses membres se surnomment entre eux en interne, sera intégralement dédiée aux services de stratégie sous la marque EY-Parthenon. Hormis de très gros clients qui ont l’habitude de la marque EY, et continueront d’être servis sous cette bannière pour tout type de prestation, EY-Parthenon doit devenir la marque unique de la stratégie au niveau mondial.
« Parthenon a structuré notre marque de conseil en stratégie à travers le monde », confirme Bertrand Baret, le numéro 2 de l'advisory en France qui a lui la haute main sur les différents métiers du conseil de direction générale (stratégie, opérations, IT Strategy) dans la zone WEM (Western Europe et Maghreb).
On y trouvera pêle-mêle les services Parthenon-EY comme des prestations de conseil en management à destination des directions générales sur des sujets tels que la digitalisation ou l’amélioration de la performance. 150 autres consultants se consacreront à ces sujets, depuis la tour First de la Défense.
D'autres acquisitions à l'étude
Pour Bertrand Baret, la ligne d’EY est claire : « Nous voulons créer un cabinet de conseil en stratégie de transformation pour les plus hauts dirigeants (CEO, CFO, CCO…), de grands groupes comme des ETI. Mais nous voulons aller un cran plus loin que les purs cabinets de stratégie dans la mise en œuvre pour garantir à nos clients une réelle application de nos recommandations afin que les performances atteintes soient pérennes une fois les consultants partis. »
Ainsi, lorsque EY-Parthenon travaillera sur l’efficacité des prix de la grande distribution, les consultants pourront s’en remettre à l’advisory d’EY au sens large et coupler la prestation de stratégie avec une analyse data extensive. Des recrutements ciblés à l’instar de l’arrivée de Bertrand Baret sont venus appuyer ce développement. Plusieurs partners, principals et senior managers ont été recrutés en provenance du McKinsey, du BCG, de Roland Berger ou de Bain. « Dix à quinze têtes de pont pour le business development auxquelles nous agrégeons des ressources plus jeunes », indique Bertrand Baret. Ce n’est sans doute pas terminé. D’autres achats seraient à l’étude.
Côté face : « On va essayer, on va voir ».
A la concurrence, on s’amuse ou on grince des dents, au choix. « On ne peut empêcher tous les dix ans un gros de l’audit de vouloir consolider le secteur à coup de dollars. On l’a vu dans les années quatre-vingt-dix, dans les années deux mille, et encore à nouveau. Mais les talents s’en vont une fois les clauses de rétention levées. »
Ainsi chez OC&C Boston dont les équipes ont été absorbées par Oliver Wyman en 2014, des cinquante consultants qui avaient fait la culbute, peu y sont encore. Et les sujets de la rémunération et de l'acculturation sont également posés. Si on assure que les barèmes d'EY ont été alignés aux prétentions des nouveaux entrants, quid du passage de la culture d'une boutique agile au paquebot EY. Côté pile, « tout le monde croit au projet ». Côté face, « on va essayer, on va voir ».
Benjamin Polle pour Consultor.fr
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