Clarisse Magnin-Mallez : « Trois raisons pour lesquelles McKinsey ne paie pas d’impôts »

Trois mois après que les pratiques fiscales de McKinsey ont été mises publiquement en cause en France, la patronne du bureau français est sortie de son silence.

Consultor.fr
23 Aoû. 2022 à 09:54
Clarisse Magnin-Mallez : « Trois raisons pour lesquelles McKinsey ne paie pas d’impôts »
Adobe Stock.

Dans une interview à BFM Business le 11 juillet (qui a ressurgi sur les réseaux sociaux ces derniers jours), Clarisse Magnin-Mallez, la dirigeante de McKinsey en France, est revenue sur les présomptions d’optimisation fiscale qui visent le cabinet (relire notre article).

Des présomptions dont la justice (relire notre article) et l’administration (relire notre article) se sont saisies et qui ont valu au bureau de Paris une perquisition (relire notre article).

Interview dans laquelle on apprend au préalable que le bureau en France ne représente que 3 % de l’activité de McKinsey dans le monde, de l’ordre de 450 millions d’euros (le chiffre rendu public par le Sénat pour l’exercice 2020 était de 329 millions d’euros) ; le secteur public représente 5 % du chiffre d’affaires du bureau et 3 % de la marge.

« Il y a trois raisons pour lesquelles on ne paie pas d’impôt et ce n’est pas du tout ce qui a été dit. La première raison est que le marché du conseil en France est très compétitif : nos honoraires sont 15 % à 20 % plus faibles en France que dans le reste de l’Europe ; l’effet numéro deux est que nous avons un marché très onéreux, car le coût du travail en France est 15 points supérieur à la moyenne européenne ; la troisième chose est que McKinsey est dans une logique d’investissement en France. L’impôt sur les sociétés, nous l’avons payé en 2021, nous l’avons payé par le passé, nous le payons via notre filiale de mise en œuvre opérationnelle (Orphoz à Lyon – voir notre article). La contribution à l’impôt d’une entreprise, ce n’est pas que l’impôt sur les sociétés. Et nous, nous avons payé quasi un demi-milliard d’euros de cotisations sociales, taxes et impôts ces dix dernières années », a-t-elle défendu.

à lire aussi

02/08/21
clarissemagninmckinseyfrance

La féminisation des gouvernances des cabinets de conseil en stratégie avance à pas comptés. Après Bain (Ada Di Marzo en 2019), et Kearney (Delphine Bourilly depuis le 1er juillet dernier), c’est au tour de McKinsey de faire le choix d’une femme pour diriger le cabinet en France : Clarisse Magnin-Mallez en devient ainsi la cheffe d’orchestre.

Alors qu’elle n’était pas intervenue directement devant la commission d’enquête du Sénat sur l’influence des cabinets de conseil privé sur les politiques publiques – les deux partners en charge du secteur public et de la santé avaient représenté le cabinet (relire notre article) – Clarisse Magnin-Mallez indique vouloir corriger « des contre-vérités ou des inexactitudes qu’on a vécues pendant un certain nombre de mois ».

« Je veux quand même le dire : McKinsey n’a pas coûté un milliard à l’État (chiffre global pour l’ensemble des cabinets de conseil mis en avant dans le rapport du Sénat – relire notre article) », a-t-elle par exemple appuyé. « McKinsey a été retenu sur des projets qui représentent 1 % du milliard. Ce n’est pas que nous n’étions pas le plus gros, c’est que nous étions le 20e cabinet. 1 % d’un milliard, c’est 10 millions. Ce montant n’a pas évolué sur les 15 dernières années. […] Donc on n’est pas un acteur du tout partenaire du secteur public même si nous sommes leader mondial dans notre métier de conseil en stratégie. »

Sur les missions gratuites sujettes à beaucoup d’attention pour les risques de conflits d’intérêt qu’elles représenteraient, Clarisse Magnin-Mallet indique que McKinsey se conformera aux règles qui seraient édictées par le gouvernement sur le sujet – le Sénat appelait à les interdire dans une proposition de loi présentée à l’été (relire notre article).

Interrogée sur la publication éventuelle de la liste des clients de McKinsey pour éviter tout conflit d’intérêts lors de missions que lui confierait l’État français, Clarisse Magnin-Mallet indique que le cabinet tranchera sur ce point une fois l’ensemble des règles clarifiées dans divers cadres : la proposition de loi du Sénat, les préconisations du ministre de la Fonction publique Stanislas Guerini (ce qu’il a commencé à faire depuis – relire ici) ou encore la mission d’information envisagée par l’Assemblée nationale (relire notre article).

« On verra, une fois que tout sera décanté, les conditions que l’on peut appliquer à notre travail », a-t-elle fait savoir.

3
tuyau

Un tuyau intéressant à partager ?

Vous avez une information dont le monde devrait entendre parler ? Une rumeur de fusion en cours ? Nous voulons savoir !

écrivez en direct à la rédaction !

commentaires (3)

Mal à l'aise
24 Aoû 2022 à 13:47
Drôle de réponse venant pourtant d'une personne probablement très brillante. Elle cherche d'abord à noyer le poisson en mélangeant tout (impôts, cotisations sociales,....) alors que tout cela n'a rien à voir. Après elle se plaint du coût du travail en France. Mais à 4000 euros facturés la journée en moyenne pour un consultant de McKinsey, je m'interroge sur le fait qu'il ne puisse pas faire de bénéfices malgré les rémunérations élevés de leurs consultants (qui méritent leur salaire car ils travaillent durs). Cela ressemblerait plutôt à des management fees élevés qui remonteraient vers une société mère par exemple dans le Delaware pour rémunérer ensuite des partners sous forme de dividendes et payer donc beaucoup moins de charges sociales et d'impôts sur le revenu. Tout cela n'a rien d'"illégal", on peut s'interroger sur la moralité et le sens du bien commun, en particulier lorsque cette entreprise veut travailler dans les services publics.

citer

signaler

Le masque et la plume
24 Aoû 2022 à 11:22
Par ailleurs ce n'est pas très élégant de chercher à créer de la confusion dans l'esprit du lecteur en disant "nous, nous avons payé quasi un demi-milliard d’euros de cotisations sociales, taxes et impôts ces dix dernières années".

Il est question initialement de l'impôt sur les sociétés (IS), ce qui est bien différent des cotisations sociales (assises sur le travail) et autres impôts (fiscalité locale principalement... CFE, CVAE, TF).

Donc oui, "on" espère bien que McKinsey paie des cotisation sociales pour l'ensemble des salariés de son bureau français (et aussi ses taxes locales), il ne manquerait plus que ça.

Enfin on ne voit pas trop ce que Orphoz qui déclare réaliser moins de 15M€ en France en 2019 aurait à voir la dedans, c'est une goutte d'eau dans la mer.

Tout cette ligne de défense semble bien fragile, et surtout pas très courageuse.

citer

signaler

Le masque et la plume
24 Aoû 2022 à 11:14
La fiscalité des entreprises françaises est assise sur les bénéfices. Si McKinsey ne réalise pas de bénéfices en France, c'est qu'il y a un souci à se faire pour la viabilité de son business model (et pour ses clients).

1 - Les prix du conseil en stratégie sont peut-être plus bas en France, mais restent dans l'absolu très élevés

2 - Le coût du travail en France est comparable au coût du travail en Allemagne, Belgique, Pays-Bas (source : Eurostat, Rexecode). Il est plus faible en Europe du Sud, où les prix du conseil sont plus faibles. Rien qui n'empêche la réalisation de bénéfices. Des secteurs à moins forte valeur ajoutée réalisent des bénéfices en France.

3 - Quels investissements (notables?) ont été réalisés par McKinsey pour effacer totalement son impôt entre 2011 et 2020 ? Il serait intéressant d'en savoir plus.

Un autre point de départ possible serait de reconnaitre l'existence de pratiques d'optimisation fiscale et, si elles sont légales, de s'interroger sur leur caractère moral et d'en débattre.

citer

signaler

1024 caractère(s) restant(s).

signaler le commentaire

1024 caractère(s) restant(s).

secteur public

Benjamin Solano
secteur public
mckinsey, senat, fiscalite, clarisse magnin mallez
10814
2022-08-23 07:54:34
3
Non