Une étude cartographie l’influence des entreprises dans 35 écoles et universités
McKinsey et le BCG sont les cabinets de conseil en stratégie les plus actifs dans l’enseignement supérieur, selon un rapport du collectif EIES.
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Un rapport d’un collectif d’étudiants et d’alumnis (EIES, pour « Entreprises illégitimes dans l’enseignement supérieur »), soutenu par l’Observatoire des Multinationales et Data for Good, entend cartographier la présence des grandes entreprises dans les principaux établissements d’enseignement supérieur en France. Si les cabinets de conseil en stratégie ne sont pas les principaux acteurs cités, McKinsey et BCG sont ceux qui apparaissent le plus fréquemment.
Le collectif « Entreprises Illégitimes dans l’enseignement supérieur » a examiné les liens entre 35 écoles et universités – parmi lesquelles on retrouve les principales grandes écoles et écoles de commerce – et les grandes entreprises privées. 4 catégories de relations sont passées au crible : participation à la gouvernance, enseignement, vie étudiante et orientation professionnelle. L’analyse se concentre sur les entreprises qui « jouissent d’une position dominante dans les établissements alors même qu’elles sont régulièrement mises en cause pour leurs pratiques problématiques, voire illégales, en matière de droits humains, d’exploitation des travailleur·euses et d’environnement. »
Bilan : « Globalement, sur les 20 entreprises les plus présentes dans l’ESR, 5 produisent des armes, 2 du pétrole, 3 sont des banques françaises extrêmement polluantes, 7 sont dans l’industrie lourde, et seulement 4 n’ont pas été condamnées par la justice ou impliquées dans des scandales sociaux ou environnementaux. » Aucun cabinet de conseil en stratégie ne figure dans ce top 20.
McKinsey : les inconvénients de la notoriété
En revanche, le rapport mentionne bien à plusieurs reprises un cabinet : McKinsey, que les auteurs accusent de n’avoir « pas payé d’impôt sur les sociétés en France entre 2011 et 2020, alors même que son chiffre d’affaires atteignait 329 millions d’euros en 2020. [Le cabinet] revient 16 fois dans notre base de données et dans 8 établissements différents, jusqu’à, parfois, assurer des cours dans des écoles d’ingénieurs, ou dépenser pour gagner en visibilité sur les campus. Ces comportements interrogent fortement sur la légitimité de leur présence dans un cadre éducatif, censé promouvoir l’intérêt général et l’exemplarité ». Le rapport regrette également que le cours « économie de l’entreprise » de l’École polytechnique soit délivré par « un ancien de Thalès et de McKinsey », cabinet que les auteurs accusent de « conseiller des gouvernements autoritaires », de « tirer profit de l’économie de l’addiction », ou encore d’avoir une « influence nocive… dans les négociations climatiques internationales ».
Curieusement, le rapport ne mentionne pas d’autres cabinets de conseil en stratégie, alors que, selon les données mises à disposition par l’EIES, McKinsey n’est pas le premier en nombre de liens identifiés avec l’enseignement supérieur. Le Boston Consulting Group (BCG) arrive ainsi 23e du classement, avec 27 mentions, bien devant son puissant concurrent, qui doit se contenter de la 41e place avec 16 mentions. La notoriété médiatique du géant new-yorkais lui aura donc valu d’être davantage ciblé par les rapporteurs, malgré une moindre exposition.
Au-delà, Bain n’apparaît qu’une fois, pour une participation au forum des métiers de Polytechnique. Hors MBB, Advancy tient la corde avec 9 mentions, devant Kearney (7), Eleven, Eight Advisory et Accuracy (6), Oliver Wyman et Alvarez & Marsal (4), Arthur D. Little, Vertone, Estin&Co et Avencore (2). Les autres cabinets mentionnés (Roland Berger, Kea, Simon Kucher, LEK, PMP, Ares & Co, OC&C, Circle) ne sont cités que pour une seule relation.
Hors McKinsey et BCG, dans la grande majorité des cas, il s’agit de participations à des forums des métiers. On est donc en présence d’une influence « aval », par les débouchés. Selon « Antoine », un ancien étudiant de Polytechnique cité dans le rapport, la recherche des stages est aussi l’occasion d’un lobbying intense de la part des cabinets : « À la période du choix des stages, on recevait des invitations à des événements de présentation de cabinet de conseil plusieurs fois par semaine, avec des affiches de publicité sur le chemin des cours, ils étaient sponsors de nos événements étudiants et les collaborateurs venaient nous recruter avec une pizza offerte ou une invitation au restaurant. En 3 mois de scolarité, je connaissais par cœur les noms des 10 plus grands cabinets de conseil américains ».
Pas de révélations fracassantes
À noter que, par construction, l’étude accentue la présence du monde du privé dans l’enseignement supérieur, puisqu’elle se concentre délibérément sur les écoles qui ont le plus de liens avec les entreprises (au moins 40 relations détectées). Par ailleurs, la nature des « liens » peut aller de la présence d’une entreprise au forum des métiers de l’école jusqu’à la participation au conseil d’administration en passant par le financement de recherches et l’intervention en tant qu’enseignant d’un salarié (voire ex-salarié) d’une entreprise. Le recensement des relations a été confié à des étudiants de chaque école, inégalement impliqués.
Les résultats doivent donc être relativisés. McKinsey, par exemple, serait représenté au conseil d’administration de 5 grandes écoles. En pratique, McKinsey n’est présent officiellement qu’au CA de CentraleSupélec, via Hugues Lavandier. Polytechnique a connu le précédent très remarqué de la présidence d’Éric Labaye, partner pendant 33 ans avant de prendre la tête de la grande école, mais il n’y représentait pas techniquement McKinsey, et il a quitté ses fonctions depuis 2023. En dehors de ces deux cas, l’école des Mines de Paris compte dans son CA le président d’Atos Philippe Salle, partner de McKinsey pendant 4 ans à la fin du siècle précédent ; et pour les 2 autres écoles citées – Sciences Po Paris et Chimie ParisTech – nous n’avons pas trouvé de lien évident entre les personnalités présentes au CA et le grand cabinet américain. BCG ne compte qu’une seule présence signalée à un CA (Institut Mines-Télécom), une participation qui n’est pas confirmée par le site de l’école.
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Éric Labaye, l’ancien patron de McKinsey dont il a été un partner des décennies durant, s’apprête à quitter ses fonctions de président de Polytechnique auxquelles, à 61 ans, il a choisi de ne pas se représenter. Il a quitté ses fonctions mi-septembre et est remplacé par un binôme par intérim (Laura Chaubard et Thierry Coulhon).
Au-delà de ces mentions, on trouve des anciens de cabinets à des postes de gouvernance, des participations à des organes consultatifs, des partenariats avec des associations étudiantes ou des fondations d’écoles, quelques financements d’enseignements (comme Accuracy dans la chaire Entreprises familiales et investissement de long terme à Dauphine), quelques participations de consultants ou ex-consultants à l’enseignement proprement dit.
À l’arrivée, la réalité qui ressort du rapport ne ressemble guère à une « mainmise » du conseil en stratégie sur l’enseignement supérieur. L’enquête confirme surtout les relations qui existent entre les cabinets et les grandes écoles qui représentent leur principal vivier de compétences.
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commentaires (1)
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France
29/05/26Depuis son départ du cabinet fin 2019, Agathe Lélu a piloté la communication et/ou le marketing de plusieurs entreprises aux profils variés, en dehors du secteur du conseil en stratégie.
28/05/26Le ralentissement de l’économie française comprime les marges et incite certains clients du conseil en stratégie à la sobriété.
26/05/26En 2024/25, les cabinets de conseil restent les premiers recruteurs des diplômés MBA de l’école – à hauteur de 50 %. Marché plus tendu, salaires, géographies : le point sur les dernières stats de l’INSEAD.
21/05/26Dans les grandes entreprises, des équipes internes dédiées grignotent des pans de conseil autrefois confiés à des cabinets externes. Jusqu’où ?
21/05/26Il avait été élu associé en novembre 2022 : Arnaud Tournesac ne fait plus partie des effectifs du bureau parisien.
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07/05/26C’est l’histoire d’un cabinet, Advancy, dont Éric de Bettignies, alors 10 ans d’expérience pro à son actif, et Sébastien David, consultant junior, auraient, selon la légende, esquissé le business plan sur une nappe de restaurant. C’était en 1999.