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McKinsey-MIO-IllustrationLe cabinet d’avocats Nichols Kaster a déposé, au nom d’un ancien senior engagement manager de McKinsey actif au bureau de Seattle entre mars 2011 et mars 2018, un recours collectif (class action) le 15 février 2019 devant un tribunal de New York.

La plainte met en cause la gestion de deux fonds de pension établis par McKinsey qu’elle estime contraire aux intérêts des milliers de salariés de la firme qui y cotisent.

Jeremy Paul Blumenfeld, l’avocat de McKinsey du cabinet Morgan Lewis, devait à la date de cet article adresser une réponse à cette plainte avant le 22 avril. Sollicité par Consultor, McKinsey a indiqué n'avoir aucun commentaire à faire.

Trois ans après que son existence a été révélée au grand public par le Financial Times en 2016, le McKinsey Investment Office (MIO), le fonds d’investissement du cabinet de conseil en stratégie, n’en finit pas de faire polémique, comme récemment encore à Porto Rico ou dans le dossier Valeant.

À tel point que dans un exercice de communication inédit, le managing partner mondial de McKinsey, Kevin Sneader, s’est engagé à plusieurs reprises ces derniers mois à réfléchir au sort à donner à ce fonds sans écarter l'option d'un transfert de la gestion des avoirs à un spécialiste comme Goldman Sachs.

Plainte à New York

Une réflexion qui sera peut-être encore accélérée par un nouveau contentieux sur les liens McKinsey – MIO qui vient de se faire jour devant la justice américaine. Dans une plainte déposée devant le tribunal de New York (Southern district) le 15 février, Tushar Bhatia, un ex-senior engagement manager de la firme à Seattle qui a depuis rejoint Microsoft, attaque McKinsey et MIO pour leur gestion des deux fonds de pension établis par McKinsey pour la retraite par capitalisation de ses salariés.

Tushar Bhatia — contacté par Consultor, il n'a souhaité faire aucun commentaire —  est diplômé de l’Indian Institute of Technology en 2005 et d’un MBA de l’Indian School of Business en 2011 après cinq ans chez Microsoft en Inde. Dans sa plainte, il reproche à McKinsey, et tout particulièrement aux deux comités de direction (Finance Committee et le Partner Compensation Policy Committee) qui ont la haute main sur les fonds de pension, d’avoir maintenu MIO comme gestionnaire sans envisager d’autres options sur le marché. La gestion de ces deux fonds avait été confiée par McKinsey à MIO dans les années 1990.

Une gestion « teintée de conflits d'intérêts » qui, selon le plaignant, a causé des millions de dollars de pertes aux épargnants dont McKinsey et le MIO seraient redevables ainsi que des profits illégitimement acquis.

De quels fonds s'agit-il ?

Le Profit-Sharing Retirement Plan (PSRP) a été établi par McKinsey en 1956 et couvre la totalité des employés de McKinsey et de ses filiales. Fin 2017, il comptait 5,2 milliards d’actifs et 24 289 comptes d’épargnants. Le Money Purchase Pension Plan (MPPP) a, lui, été établi par la firme en 1994. Il est censé couvrir la totalité des employés de McKinsey et de ses filiales. Fin 2017, il comptait un milliard d’actifs et 17 780 comptes d’épargnants. Ils sont administrés conjointement et regroupés au sein du McKinsey Master Retirement Fund (MMRF).

Tushar Bhatia, qui est lui-même épargnant de ces deux fonds d’épargne retraite depuis 2015, conteste que la gestion du PSRP et du MPPP ait été confiée exclusivement au MIO avec pour conséquences des coûts de gestion très supérieurs aux moyennes du marché et des rendements faibles.

Autre angle d’attaque de la plainte, la confusion des genres supposée entre les quatre milliards de dollars de fonds abondés par environ 1 000 actuels et anciens partners de la firme, dont le MIO assure également le placement, et la gestion de ces deux fonds de pension. Pour preuve, argue la plainte, des frais de gestion qui seraient facturés uniquement aux épargnants des deux fonds de pension et pas sur les fonds abondés par les partners.

« Les deux fonds de pension auraient pu réduire leurs frais de 70 millions de dollars depuis 2013 »

« Si les partners de McKinsey avaient payé la part des frais de gestion de MIO qui leur revient, les deux fonds de pension auraient réduit leurs frais de 70 millions de dollars depuis 2013 », considère ainsi le texte de la plainte. Le plaignant, qui s’estime lui-même victime de la gestion de ces fonds, a introduit un recours collectif jugeant qu’il pourrait être rejoint par l’ensemble des salariés épargnants des deux fonds de pension depuis le 15 février 2013.

Interrogé sur le nombre de salariés qui avaient rejoint à date cette plainte, le cabinet Nichols Kaster n’a pas donné suite à nos demandes.

Basé à Minneapolis, le cabinet n’en est pas à son coup d’essai en matière de class actions dans le domaine du droit du travail et des consommateurs. En décembre 2018, dans un dossier où il représentait quelque 40 000 représentants commerciaux de l’entreprise de télécommunication Sprint, la justice américaine a accordé le paiement de 35 millions de dollars de bonus impayés.

Trente autres plaintes similaires depuis 2015 aux États-Unis

En janvier, le cabinet a en revanche été débouté d’un recours collectif contre la société d’investissement American Century Services. Les 2 500 salariés que le cabinet représentait estimaient que le fonds d’épargne retraite proposée par la société était onéreux et sous-performant. Trente autres plaintes contre des fonds d’épargne retraite ont été déposées pour les mêmes raisons aux États-Unis depuis 2015, rappelle Bloomberg.

Peu vont jusqu’au procès : le dossier American Century était la seconde occurrence après un premier procès remporté en première instance par Putnam Investments puis largement renversé en appel. Pas sûr pour autant que la plainte aux États-Unis reste lettre morte ailleurs.

« Les salariés en France pourraient se saisir de cette plainte pour négocier. Par deux fois par le passé, dans des cas de licenciements discriminatoires chez McKinsey, notre cabinet a pu négocier des indemnités de départ notamment parce que le “pension scheme” n’était pas dans les clous de la législation française et diminuait les obligations légales de cotisation retraite française », estime maître Philippe Ravisy, avocat fondateur du cabinet Astae et spécialiste du secteur du conseil.

Benjamin Polle pour Consultor.fr

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