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Private equity : des fonds exigeants sur un marché frémissant

Sur fond de signaux faibles en faveur d’une reprise des transactions, les acteurs du private equity attendent des prestations de conseil plus intégrées, concrètes et efficientes.

Bertrand Sérieyx
09 Jan. 2026 à 05:00
Private equity : des fonds exigeants sur un marché frémissant
© Davizro Photography/Adobe Stock

2025, l’année perdue du private equity

Dans le monde du private equity, les discours de vœux pour 2026 ressemblent étrangement à ceux de janvier 2025, nous expliquent les consultants experts du secteur au sein de Bain, Arthur D. Little et EY-Parthenon. « En partant du principe qu’une partie du contexte inflationniste était désormais derrière nous, nous démarrions l’année 2025 en espérant davantage un rebond du private equity en fin d’année, analyse ainsi Olivier Philipp, Manager chez Arthur D. Little, suite à la publication par le cabinet de son rapport sur l’état du marché. En pratique, le second semestre, sans être catastrophique, n’a pas été très bon. »

Les promesses de début 2025 n’ont donc pas été tenues. « Quand nous regardions les chiffres de fin 2024 et le bilan de l’année 2024, confirme Guillaume Tobler, partner chez Bain, nous avions le sentiment que les indicateurs étaient revenus dans la bonne zone. Les crédits étaient disponibles, les taux étaient stabilisés, la macro était correcte. L’année 2025 commençait bien, et le premier trimestre a d’ailleurs été très bon, au niveau mondial comme européen et français.»

La suite est connue. « Les mouvements géopolitiques, et le Liberation Day en particulier, ont suscité beaucoup d’incertitudes et un certain attentisme sur le marché. L’activité a donc ralenti de manière assez visible dès le deuxième trimestre sur toutes les géographies. En France, les indices qui documentent la volumétrie de deals et les multiples confirment la tendance en cours d’année.» De fait, l’index Argos est au plus bas depuis début 2017. « Certes, ces indicateurs ne représentent qu’une partie du marché, mais ma perception était assez comparable sur les large caps. Les attentes des vendeurs ne sont pas encore tout à fait réconciliées avec ce que les acheteurs sont prêts à débourser.»

Malgré les incertitudes, une reprise inéluctable

Pourtant, les acteurs du secteur sont majoritairement confiants et anticipent une bonne année 2026, selon le rapport d’Arthur D. Little. Les raisons d’espérer sont en partie les mêmes que début 2025. À commencer par l’arrivée à maturité d’un nombre croissant de participations, un argument déjà avancé en début d’année 2025 pour annoncer une reprise prochaine ; mais sa pertinence s’accroît inexorablement avec le temps. Stephan Bindner, partner et leader Stratégie et Transformation pour la France chez EY-Parthenon, a ainsi « le sentiment qu’il y a eu beaucoup de pauses dans les deals cette année. Beaucoup de due diligences vendeurs ont été réalisées, avec des process qui à ce stade ne vont pas jusqu’au bout. Un stock de transactions s’est accumulé et je pense qu’il va y avoir une réaccélération sur les sujets de commercial due diligence.» « Le niveau de transactions ayant été bas cette année, les fonds vont mécaniquement avoir besoin de vendre assez vite», confirme Olivier Philipp.

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Celui-ci avance un autre motif d’espoir : « Le secteur de la défense et de l’aérospatial s’affirme comme une locomotive d’activité et d’innovation. La solidité dont le secteur a fait preuve ses dernières années a pu laisser planer l’idée d’une croissance surestimée ; mais le contexte géopolitique et l’accent mis sur les enjeux de souveraineté ont dissipé ce doute. » Le secteur pourrait donc tirer l’activité du private equity à la hausse.

Globalement, selon Guillaume Tobler, « sur la fin de l’année 2025, les signaux pointaient plutôt vers un regain d’activité. La grosse vague de turbulences du printemps-été semble passée. Il y a une forme d’acceptation d’un “nouveau normal structurellement plus incertain. De plus, il y a un besoin croissant de la part des équipes d’investissement (GPs) de faire remonter de l’argent vers les financeurs (LPs) pour générer les retours». Depuis quelques mois, les fonds se préparent en coulisses, « accumulent de l’information en amont des process – en faisant du mapping sectoriel et de la hiérarchisation d’opportunités, puis en développant des points de vue sur certains actifs en anticipation».

Des fonds en attente de cohérence et de multiexpertise

Si la reprise du private equity se confirme, les cabinets de conseil en stratégie positionnés sur ce marché feront face à une demande importante, sur fond de concurrence forte. Avec un accent prononcé sur la création de valeur, selon Guillaume Tobler : « Les fonds se focalisent davantage, pendant les due diligences, sur l’anticipation de ce que serait le plan de création de valeur si la décision d’acheter était prise. On se contente de moins en moins de mesurer la qualité de l’actif. Dans un environnement concurrentiel intense, il est nécessaire d’avoir une idée claire des leviers de création de valeur que l’on pourra actionner, pour justifier de payer l’actif un peu plus cher que la concurrence.»

Le phénomène n’est pas inédit, mais il tranche avec le passé. « Historiquement, dans le private equity, la croissance s’est surtout fondée sur l’augmentation des multiples et de la top line des actifs, et finalement assez peu sur l’amélioration des marges.»Pour les cabinets, cette évolution signifie « davantage de missions qui vont combiner l’aspect stratégique avec l’aspect opérationnel. Ce que nous appelons une due diligence intégrée, où vous allez regarder à la fois la top line et la bottom line, et où vous faites la combinatoire entre les deux pour apporter une réponse complète à votre client».

Oliver Philipp décrit une réalité analogue quand il souligne que les fonds attendent des cabinets qu’ils soient capables de « conjuguer les différents types de due diligences : financières, stratégiques, opérationnelles. Autrefois, ces différents livrables étaient confiés à des structures distinctes. Par la suite, ils ont été réalisés de plus en plus souvent par les consultants d’une même firme, débouchant sur la livraison de rapports séparés. Aujourd’hui, les fonds attendent de nous, cabinets de conseil, que nous découpions les sujets de façon thématique pour réaliser un seul travail consolidé. Ce qui implique de disposer de toutes les expertises nécessaires en interne et une collaboration effective de tous. C’est un niveau de maturité supplémentaire».

La prime à la synthèse et à l’expérience

La priorité est donc à la cohérence, à la lisibilité, à l’efficacité des travaux rendus – à la qualité plus qu’à la quantité. « Les fonds clients apprécient des livrables plus courts, plus simples, plus synthétiques, moins académiques, avec des partis pris forts et des messages clairs. La valeur ajoutée première du cabinet réside avant tout dans la confiance que le fonds place dans le jugement du consultant, dans son expertise, dans la qualité et l’objectivité de son travail.»

La multiexpertise est donc de mise, mais elle n’est pas seule ; les fonds sont aussi en demande d’expérience et de connaissance concrète des dossiers. « Les clients recherchent des consultants qui ne sont pas seulement des spécialistes du secteur de la cible, mais aussi des profils qui connaissent directement le dossier – soit parce qu’ils ont travaillé sur des tours d’investissement précédents auprès de la cible elle-même, soit parce qu’ils ont été impliqués dans des opérations très proches.» Certes, Guillaume Tobler constate, de la part des fonds, « une recherche accrue de deals primaires, voire des entreprises en retrait de cote», dans l’objectif de « se tourner vers un sourcing moins concurrentiel». Par définition, dans les deals primaires, il est beaucoup plus rare de trouver des consultants ayant déjà travaillé avec la cible. Mais, comme le rappelle Olivier Philipp, les deals secondaires [les rachats de parts] continuent à représenter la très grande majorité des transactions.

IA et ESG à tous les étages

Au-delà du type de prestations attendues, remarque-t-on une évolution dans les thématiques de recherche attendues par les fonds ? Là encore, les tendances antérieures se prolongent, en mûrissant plutôt qu’en se transformant. Ainsi, souligne Olivier Philipp, « les sujets ESG sont un peu moins présents dans les esprits. Cela traduit en partie une forme de maturité sur ces sujets, qui sont entrés dans le quotidien des fonds. Ils ne nous demanderont plus forcément des due diligences ESG complètes, mais nous allons inclure par défaut des questions ESG dans nos travaux».

Dans un contexte d’interventions orientées de plus en plus vers la création de valeur, l’IA irrigue également les questionnements conduits sur les actifs cibles des fonds clients. « L’impact de l’IA sur une activité donnée peut être positif dans certains cas et très inquiétant dans d’autres, estime Guillaume Tobler. Il s’agit de déterminer au cas par cas quels sont les risques ou les opportunités apportés à l’actif par l’intelligence artificielle. Le business va-t-il être disrupté et donc être menacé de substitution, ou, à l’inverse, y a-t-il une occasion à saisir pour augmenter sa proposition de valeur, se démarquer de la concurrence et donc accélérer davantage par rapport à d’autres acteurs ? » Des questions qui se posent aussi bien « en phase de diligence qu’en suivi de participation.»

Expertises métiers, expertises sectorielles, expertises techniques : le « niveau de jeu» est en augmentation, pour Guillaume Tobler. « Tout l’enjeu, pour les cabinets de conseil, est de rester au top niveau, en utilisant tous les nouveaux outils - dont l’IA - pour aller plus vite, plus loin et améliorer encore la qualité des rendus ; mais aussi de continuer à accumuler de l’expérience dossier après dossier dans chaque industrie, pour apporter des perspectives précises et aider les clients à prendre leurs décisions d’investissement.» C’est à ces conditions que les cabinets pourront tirer leur épingle du jeu, dans un contexte de probable redémarrage des transactions. Même s’il faut rester prudent : « En 2025, personne n’avait vraiment vu venir le Liberation Day. Ce n’était pas dans les forecasts de fin 2024. Tout ce qu’on peut dire aujourd’hui, c’est que les signaux actuels sont plutôt encourageants. Je ne suis pas inquiet pour notre secteur, à court terme en tout cas.»

Arthur D. Little (ADL) Bain & Company EY-Parthenon Stephan Bindner
Bertrand Sérieyx
09 Jan. 2026 à 05:00
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private equity

Adeline
private equity
private equity, conseil en stratégie, due diligence, création de valeur, M&A, fonds d’investissement, reprise du marché, cabinets de conseil, IA, ESG
15135
Arthur D. Little (ADL) Bain & Company EY-Parthenon
Stephan Bindner
2026-01-09 07:09:13
0
Non
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