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2026 : un optimisme timide dans la boule de cristal des consultants en stratégie

Un marché du conseil en stratégie 'un peu meilleur en 2026 qu’en 2025' et une demande portée par les missions d’amélioration des coûts.

Bertrand Sérieyx
02 Jan. 2026 à 05:00
2026 : un optimisme timide dans la boule de cristal des consultants en stratégie
© Adobe Stock

Un contexte mondial à la fois porteur et volatil

Dans un environnement de plus en plus incertain, les cabinets de conseil en stratégie s’appuient sur l’analyse des grandes tendances en cours pour essayer d’encadrer le champ des possibles. C’est ce que faisait récemment Christophe de Vusser, CEO de Bain, en identifiant pour un média coréen, ce qui forme selon lui les 4 mégatendances de la « grande transformation » à l’œuvre : l’entrée dans la post-mondialisation, l’automatisation du travail via l’IA et la robotisation, le poids des enjeux énergétiques et la redistribution du capital au profit de l’investissement dans les technologies.

Ces grandes tendances mondiales se perçoivent en filigrane dans les analyses des associés que nous avons interrogés : Nicolas Cohen-Solal (Eight Advisory), Stéphan Bindner (EY-Parthenon) et Thomas Chevre (Strategia). Comment se traduisent-elles sur le terrain du conseil en stratégie et sur le marché français ?

Première certitude : l’incertitude est là pour durer. « Nous avons vécu une année très volatile, rappelle Stéphan Bindner, avec des ralentissements et des accélérations, sans grande visibilité. Les ingrédients responsables de cette situation, pour moi, vont continuer à agir dans le même sens en 2026. Je ne vois pas d’inflexion économique qui puisse changer la donne. »

Pourtant, la croissance, même faible, reste au rendez-vous, tempère Nicolas Cohen-Solal : « Les économistes parlent d’un petit 3 % en 2026 à l’échelle mondiale, un peu moins en Europe. En France, la BCE, la Banque de France et l’Insee ont publié des prévisions situées entre 0,9 % et 1,2 %. Nous anticipons donc une croissance globale modérée, avec persistance d’une part des incertitudes géopolitiques, qui continuent à faire peser des risques sur les chaînes d’approvisionnement, et, d’autre part en France d’une fracture politique engendrant des risques économiques. »

L’incertitude, un marché en soi pour le conseil en stratégie

Les cabinets de conseil interrogés affichent pourtant un optimisme résolu quant à leur propre courbe d’activité au cours de l’année qui s’ouvre. Comme le souligne Nicolas Cohen-Solal, « l’incertitude économique et géopolitique amène les entreprises à se tourner davantage vers du conseil pour arriver à naviguer dans cette complexité stratégique. »

C’est aussi l’analyse de Thomas Chevre (Stratégia) : « Le contexte de 2026 reste assez similaire à celui de 2025 : nous sommes dans une sorte de permacrise où les chocs externes se succèdent, entretenant la demande de conseil de la part d’entreprises qui ont besoin d’accompagnement pour piloter en contexte de forte volatilité. Cela se retrouve dans les sujets que nous traitons avec nos clients : la logique de scénario devient critique, ainsi que la logique d’agilité. Je pense pour ma part que le marché sera un peu meilleur en 2026 qu’en 2025. Les fondamentaux du secteur restent très bons. »

Certains types d’interventions sont en pleine expansion. Pour Nicolas Cohen-Solal, « nous voyons monter beaucoup de missions autour de l’optimisation des coûts et de l’élasticité des structures, de l’efficience opérationnelle, des plans de création de valeur, du restructuring social, et nettement moins de réflexions sur des stratégies de croissance ou de développement de nouvelles offres ».

Value creation, retournement, private equity, tiercé gagnant de 2026

Plan de création de valeur et retournement seraient donc les moteurs du conseil en 2026, en lien avec un possible redépart du private equity. Sur ce dernier, pour Thomas Chevre, « certains éléments permettant une reprise du marché sont là, avec une petite baisse des taux d’intérêt, une visibilité un peu meilleure sur la performance des acteurs et le backlog de deals pré-Covid ».

Stéphan Bindner identifie les mêmes tendances : « Nous sommes moins sollicités sur les sujets top line ou commercial due diligence, et davantage sur des sujets d’amélioration de la performance. C’est vrai pour les grands acteurs corporate, mais pas seulement ; de plus en plus, les fonds de private equity se retrouvent avec des participations qui performent moins que ce qu’ils avaient anticipé, et ont besoin d’être accompagnés sur la création de valeur. »

Pour Nicolas Cohen-Solal, cette évolution entraîne un changement progressif du métier du consultant en stratégie, qui devrait se poursuivre en 2026. « Les consultants sont de plus en plus des architectes de la transformation. Les clients n’attendent plus un simple rapport décrivant “3 leviers théoriques pour gagner 10 % sur les coûts” ; aujourd’hui, le consultant va descendre sur le terrain avec les managers pour aller chercher concrètement les 10 %. Ce qui se traduit mécaniquement par des missions un peu plus longues et à impact concret. »

Là où Eight Advisory voit d’abord une évolution de fond du marché en phase avec son positionnement, EY-Parthenon perçoit une validation de sa décision de rapprocher, début 2025, ses activités de transaction et de conseil en stratégie. « En définitive, quand l’activité ralentit du côté top line, elle accélère côté création de valeur et retournement », constate ainsi Stéphan Bindner. Si incertain que soit le marché en 2026, le cabinet y trouverait donc son compte.

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Fin mars 2025, EY-Parthenon annonçait la réunion de ses équipes transactions et stratégie. Vivront-ils heureux, auront-ils beaucoup d’enfants ? Eux y croient, et nous expliquent pourquoi. D’autres sont plus réservés. Mais sur le fond, tout le monde est d’accord : deal et strat ont intérêt à vivre ensemble.

À l’inverse, « les cabinets qui n’ont pas une largeur de service suffisamment grande pour les protéger, ou qui sont exposés aux secteurs les plus en difficulté, vont souffrir davantage que les autres. La situation peut clairement bénéficier aux grands acteurs qui ont des bases solides d’un côté, aux cabinets ultra spécialistes qui sont positionnés sur les bonnes niches de l’autre ». Sur ces derniers, Thomas Chevre est formel : « Dans les périodes difficiles, la valeur du spécialiste s’accroît et les challengers ont leur carte à jouer. »

Énergie, aéronautique, tech, santé : les secteurs en pointe

La survie sera donc affaire de taille, de type de spécialisation, mais aussi de secteurs de prédilection. Sur l’évolution de ces derniers, les partners interrogés sont plutôt au diapason. Le luxe, le retail, certains segments de la grande consommation sont à la peine. En revanche, selon Thomas Chevre, « l’aéronautique et la défense affichent une reprise plus forte que prévu, ainsi que l’industrie, avec des projets de restructuration de chaînes de valeur autour d’enjeux de souveraineté. Dans la santé, la France est très compétitive dans certains domaines précis. Ce sont des marchés qui devraient continuer à progresser en 2026 ».

La liste recouvre en partie celle que Nicolas Cohen-Solal (Eight Advisory) dresse pour le marché M&A. « En 2026, nous allons continuer à travailler sur les secteurs qui génèrent le plus de deals -secteurs qui ont des dynamiques différentes en fonction des géographies. En France, je pense à la santé, qui n’est pas le plus gros secteur, mais sur lequel il y a beaucoup de transactions, aux business services, à la tech, à l’énergie et à la transition énergétique, aux services financiers – en particulier l’assurance, qui est un secteur encore peu consolidé. »

Stéphan Bindner (EY-Parthenon) rappelle par ailleurs que les cabinets qui dépendent beaucoup de la commande publique pourraient aussi souffrir : « Le marché du conseil aux services publics et à l’État est en recul, notamment depuis la dissolution de l’Assemblée en juin 2024 », qui a généré un attentisme durable dans la décision publique. La situation politique entraîne aussi une autre inégalité entre cabinets, en accroissant les incertitudes : « Les anticipations d’investissement des entrepreneurs sont basses, ce qui est toujours un indicateur préoccupant pour le conseil. D’autres marchés en Europe sont plus dynamiques. Les acteurs internationaux sont donc en meilleure posture que les acteurs uniquement ou essentiellement français. »

Le Grand Soir de l’IA n’est pas pour demain

Qu’en est-il de l’impact de l’intelligence artificielle ? Le consensus de terrain semble être que des changements sont en cours, mais que 2026 ne sera pas l’année du grand bouleversement. « Il y a sans doute un impact de l’IA et des avancées technologiques sur certains segments du conseil, mais cela reste selon moi d’ampleur assez marginale, estime ainsi Thomas Chevre. L’IA ne change pas les fondamentaux du conseil, qui impliquent de délivrer une recommandation à un client à partir des données existantes. Les méthodes de travail vont évoluer, la collecte et l’analyse des données vont s’accélérer, mais le métier reste le même. L’IA est surtout une opportunité business massive, davantage qu’un risque ! »

L’impact de l’IA sur le recrutement et la carrière des consultants ne serait donc pas la grande affaire de 2026. Les mouvements pourraient même reprendre. « Les cabinets ont besoin de bien structurer leur pyramide », estime Thomas Chevre, dont la société envisage de recruter « à tous les niveaux en 2026 ». Pour Nicolas Cohen-Solal, dont le cabinet recrute principalement des consultants expérimentés, « il reste difficile de trouver les bons profils, d’autant que nous recherchons de plus en plus de compétences hybrides, stratégie et opérations ou stratégie et technologie, ainsi que des expériences sectorielles pointues ». Avec un recours croissant à la formation en interne pour pallier les difficultés de recrutement et pour acquérir les expertises requises.

« Dans un contexte économique incertain, la valeur repose sur la capacité à livrer de manière tangible et durable. Les cabinets de conseils ne seront pas jugés sur les idées apportées, mais sur leurs résultats et leurs impacts. Les grands défis pour 2026 restent la pénurie de talents d’un côté, la concurrence sur les prix de l’autre – avec des clients qui deviennent légitimement de plus en plus exigeants en matière de ROI des missions », conclut Nicolas Cohen-Solal. Une concurrence accrue qui s’exprime aussi dans les pratiques des cabinets eux-mêmes, selon Stéphan Bindner, pour qui « les très gros acteurs du conseil ont tendance à descendre très bas dans les tailles de projet, voire à casser les prix ». EY-Parthenon, par ailleurs, anticipe aussi « une croissance des effectifs en 2026, en partie organique et en partie par acquisitions ». Ce qui nous mène à une dernière tendance annoncée pour les mois à venir, la reprise des acquisitions : « Je pense que les mouvements de consolidation vont se poursuivre dans le conseil, qui reste une industrie très fragmentée. Les acquisitions permettent de diversifier les métiers, les associés, les fonctions, les géographies, ce qui augmente la résilience des cabinets. »

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Bertrand Sérieyx
02 Jan. 2026 à 05:00
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