La modernisation du service public draine la demande

Les profondes mutations intervenues dans le secteur public depuis quinze à vingt ans n'ont pas manqué de drainer une demande de conseil conséquente.

En France, c'est la LOLF – loi organique relative aux lois de finances, promulguée en 2001 pour moderniser la gestion de l'État – qui a donné un véritable coup d'accélérateur à un secteur en retard sur les entreprises privées.

01 Juil. 2015 à 11:23
La modernisation du service public draine la demande

Le recours aux cabinets de conseil s'est développé au fil des réformes (RGPP) ou des systèmes d'information mis en place avec plus ou moins de bonheur (logiciel de facturation Chorus, logiciel de gestion de paie des fonctionnaires de la Défense Louvois...). L'accompagnement de projet de modernisation, le conseil en stratégie, en management ou l'évaluation des politiques publiques font partie des principales missions confiées aux cabinets de conseil. Selon un rapport de la Cour des comptes publié le 12 mars, les premiers cabinets auxquels l'Etat fait appel ne sont pas des cabinets de stratégie puisque CapGemini et Bearing Point arrivent en tête, suivis par McKinsey et Roland Berger. Aucun d'entre eux n'a souhaité donner suite à nos demandes d'entretien, échaudés par les propos plus que nuancés de la Cour des comptes sur l'intérêt des prestations des consultants.

Un enjeu de simplification administrative

Associé « secteur public » chez Eurogroup Consulting, Stéphane Geffrier cite comme exemples l'optimisation du recouvrement des factures à l'hôpital, l'évaluation du décrochage scolaire pour le ministère de l'Éducation nationale ou encore le déploiement de la Garantie jeunes par le ministère de l'Emploi. « Les sujets ne portent pas uniquement sur l'organisation interne, mais aussi sur les politiques publiques », analyse-t-il. Du côté d'Accenture, les missions recouvrent principalement la fusion d'opérateurs ou l'efficacité opérationnelle. « Les sujets numériques commencent à être plus nombreux. C'est un enjeu majeur de simplification administrative. On voit qu'à l'étranger le numérique révolutionne le service public. En France, les demandes sur le sujet restent encore très opportunistes », souligne Jérôme Vercaemer, directeur santé et service public d'Accenture.

Selon un rapport de la Cour des comptes publié le 12 mars, le ministère de l'Économie et des Finances, la Défense, les services du Premier ministre et l'écologie concentraient entre 2011 et 2013 plus des trois quarts des dépenses de l'État, soit 310 millions d'euros de crédits de paiement. Chez Accenture, les clients du service public se répartissent à 45 % dans l'administration centrale, 30-35 % chez les opérateurs, 10 à 15 % dans la fonction publique territoriale et 5 à 10 % dans la fonction hospitalière. La réforme territoriale dessinée par la loi NOTRe pourrait d'ailleurs pousser les collectivités à consommer davantage de conseil. « Nous intervenons déjà auprès des collectivités pour les questions financières et budgétaires, l'optimisation des achats. La fusion des régions – une opération inédite – pourrait créer une demande », note Jérôme Vercaemer.

Une approche spécifique

La culture propre au secteur public rend son approche spécifique. « C'est un environnement très particulier, les consultants qui interviennent, sont souvent passés par Sciences Po. Systématiquement, nous proposons une formation à nos équipes pour les acculturer », indique Stéphane Geffrier. Une autre particularité du secteur tient aussi au Code des marchés publics. « Les procédures sont très encadrées et donc il faut maîtriser la complexité de leur mise en œuvre. Nous vendons des prestations intellectuelles et toute négociation ou tout échange en cours de procédure est interdit, ce qui est contraignant lorsqu'il faut ajuster une demande », poursuit-il. Eurogroup Consulting a donc choisi de nouer des liens avec d'éventuels clients en amont, par exemple à l'occasion des rencontres de la transformation publique organisées chaque année en partenariat avec l'ENA et la DGAFP (Direction générale de l'administration et de la fonction publique).

Les contraintes imposées par le Code des marchés publics ne sont d'ailleurs pas sans impact sur les tarifs proposés par les cabinets de conseil. La négociation étant proscrite, les propositions avancées par les cabinets ont une tendance plutôt baissière, avec des tarifs au moins 10 % en dessous de ce qui se pratique dans le privé. « Le secteur du conseil a été malmené par la crise depuis 2008-2009. Dans la banque, l'industrie, certaines missions se sont arrêtées du jour au lendemain. Dans ce contexte, le secteur public a pu apparaître contre-cyclique. L'intensification de la concurrence entre cabinets s'est traduite par une pression des prix à la baisse », observe Stéphane Geffrier.
Le rapport de la Cour des comptes est là pour le rappeler : le contexte budgétaire est de plus en plus contraint. Les dépenses de conseil pourraient se tarir. On est donc loin de la poule aux œufs d'or.

Gaëlle Ginibrière pour consultor.fr

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