Du conseil à la création d’entreprise

Rêvant d’acquérir un bateau de croisière il y a 10 ans, Stephan Constance et Xavier Desmarest, camarades de promo à Centrale Lyon et collègues au BCG, ont finalement… fondé une entreprise de production de voiliers en aluminium, Allures Yachting.

« En tant que consultant, on ne peut pas aller manger une pizza sans réfléchir aux perspectives de développement du restaurant. C’est un peu ce qui s’est passé : en regardant le secteur nautique à titre privé, nous avons réalisé qu’il y avait une opportunité sur cette niche », s’amuse Stephan Constance.

Gaëlle Ginibrière
27 Sep. 2013 à 14:09
Du conseil à la création d’entreprise

C’est d’ailleurs comme un nouveau cas pratique qu’ils ont abordé la création de ce business, s’appuyant sur l’analyse de la valeur, des focus groups, une gestion permettant d’avoir un BFR négatif ou encore des tableaux de bord très sophistiqués pour une PME. « Appliquer les méthodes du conseil à cette industrie nous a permis de concevoir des perspectives inexploitées jusqu’alors », commente Xavier Desmarest. Aujourd’hui encore, les deux associés recourent systématiquement au reporting, même pour communiquer entre eux. « L’écrit solidifie la pensée, permet d’être plus en éveil », assure Stephan Constans.

Les deux hommes ne sont pas les seuls à s’être appuyés sur leurs années de conseil en stratégie pour monter leur société. Amandine Scotti avait déjà des envies de création lorsqu’elle a opté pour une première expérience chez Kea & Partners après son école de commerce. « Je savais que cela m’apporterait beaucoup. De fait, en trois ans j’ai découvert des secteurs aussi différents que l’agroalimentaire, la santé ou l’énergie, réalisé des missions commerciales, de communication ou de management. Cela m’a forgé une capacité d’adaptation et une très grande confiance en moi », témoigne-t-elle. Suite à cette expérience, la jeune femme a lancé en 2007 une société de location d’accessoires de luxe Revolushion, puis trois ans plus tard Glazed Shop, une boutique en ligne de mode offrant aux jeunes créateurs des prestations commerciales, marketing et de communication.

Rompus à se fondre dans de nouveaux environnements, ces anciens consultants reconnaissent avoir été totalement désinhibés pour créer une entreprise dans un secteur souvent inconnu. Idem pour décrocher des financements. « Nous avons levé en tout 2 millions d’euros de capital et autant d’aides, d’avances remboursables… Il est donc impératif de savoir structurer un dossier de levée de fonds en montant un business plan et en racontant une histoire business. En cela, notre savoir-faire de consultant a été très précieux », reconnaît Stephan Constance. Ancien de McKinsey, Mikaël Aubertin a créé il y a trois ans une société produisant des plats préparés bio pour bébés. Il reconnaît que le nom du cabinet dans son CV a également susciter l’intérêt des investisseurs. « Pour les levées de fonds ou des concours comme la BFM Académie que j’ai remportée en 2012, la renommée de McKinsey a certainement été un atout. C’est plus discutable auprès de PME ou d’agences bancaires qui ne connaissent pas le cabinet », nuance-t-il cependant. Stephan Constance estime même que la réputation des consultants peut parfois effrayer certains investisseurs : « L’image du consultant hautain et incapable de mettre en œuvre ses préconisations stratosphériques peut engendrer quelques réticences ».

Revendiquant leur caractère opérationnel, les anciens consultants créateurs d’entreprise s’estiment loin de ces clichés. Mais ils ne sont pas à l’abri d’autres pièges. « Dans un cabinet, le consultant n’a qu’à se concentrer sur la stratégie. Le créateur d’entreprise lui, doit se colleter au quotidien, faire le ménage, acheter les cartouches d’encre… j’ai parcouru 25 000 km pour rencontrer les magasins dans lesquels nos produits sont aujourd’hui distribués », assure Mikaël Aubertin. Xavier Desmarest confirme que le conseil ne l’avait pas préparé aux réalités de l’industrie. « Les équipes de consultants sont composés d’esprits brillants, surmotivés. Sur les chantiers de bateaux, la gestion des équipes, de gens que nous n’avions pas l’habitude de fréquenter, a donc été un défi fort. Notre premier recrutement a d’ailleurs concerné un chef de production, qui a pour tâche de gérer les ouvriers », estime le chef d’entreprise. S’entourer des bonnes expertises, un autre réflexe de consultant.

Par Gaëlle Ginibrière pour Consultor, portail du conseil en stratégie-27/09/2013

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