Faire sauter les plafonds de verre : mode d’emploi

Belen Moscoso del Prado, consultante au bureau parisien de Bain & Company entre 2000 et 2008, est aujourd’hui cheffe du digital et de l’innovation de Sodexo, membre de son comité  exécutif. Pour y parvenir, elle a dû passer les barrières de genre – elle reste une des rares femmes dans les comex du SBF 120 –, de langue – elle est espagnole et a fait carrière en France – et de diplômes – elle ne sort pas des grandes écoles attendues dans certains secteurs, tout particulièrement dans le conseil en stratégie.

Barbara Merle
25 Jui. 2021 à 03:06
Faire sauter les plafonds de verre : mode d’emploi

 

Arrivée chez Sodexo en 2015 comme senior vice-présidente du digital, Belen Moscoso del Prado, 48 ans, a évolué depuis la fin de ses études en 1995 dans de grandes entreprises de secteurs très divers, de l’entertainment à l’assurance, en passant par la mobilité et les médias : Disneyland Paris, SoLocal Group, Axa, Europcar.

Avec un fil conducteur : la transformation des entreprises. Et un levier : le digital. Si sa formation universitaire initiale est plutôt atypique dans le monde du conseil en France, Belen Moscoso del Prado (cette Espagnole se rêvait architecte), a su bousculer bon nombre de codes –presque naturellement – au cours de sa carrière qu’elle a menée en France.

Les basiques chez Disney

Belen Moscoso del Prado débute chez Disneyland Paris comme responsable de la communication pour l’Espagne et le Portugal. « Très rapidement, je me suis rendu compte que c’était avant tout la stratégie marketing qui m’intéressait, mais cette fonction n’existait pas en Espagne. »

Une première opportunité s’offre à la communicante d’alors. Le directeur de la stratégie lui propose de venir en France en 1997 pour un poste de senior analyst marketing et stratégie de ventes Europe, créé pour l’occasion. Avec à la clef, études de marché, insights consommateurs, segmentation, tests et suivis des offres.

« Cette première expérience du consommateur, de la marque, du marketing et de l'analyse a forgé mon ADN professionnel. J’y ai aussi compris l’importance des valeurs d’une entreprise. »

Au bout de trois années, l’envie de nouveaux horizons a gagné cette « passionaria » de la stratégie. « Je voulais vraiment en savoir plus sur la stratégie d’entreprise. J’ai pensé qu’aller dans une société de conseil en stratégie serait la meilleure formation pour la suite de ma carrière. »

Un profil atypique pour le conseil en stratégie

Au début des années 2000, Belen Moscoso del Prado aurait pu se heurter aux écueils du monde du conseil en stratégie en France où les profils étaient jusqu’alors très « cadrés ».

Mais les cabinets commençaient à ouvrir les vannes de profils plus diversifiés. Et elle cochait plusieurs cases en tant que femme, formée dans les prestigieuses universidad Carlos III de Madrid et university of Warwick en Angleterre, dotée d’une expérience en entreprise.

« Finalement, ce qui aurait pu être un handicap pour moi, c’est que je ne parlais pas très bien français, et que je venais de l’industrie, car, à l’époque, il était assez rare pour les cabinets de conseil de recruter des personnes issues de ce secteur. »

Après avoir postulé dans plusieurs grands cabinets de conseil, c’est Bain qui retient son profil. Après cinq années d’expérience pro en entreprise, elle démarre pourtant en tant que consultante junior (associate consultante chez Bain, voir les différents grades ici).

Bain : un « apprentissage » tous azimuts

Belen Moscoso del Prado reste huit années dans ce cabinet, passe quatre grades, atteint la fonction de consultant senior (case team leader chez Bain) et se concentre principalement sur les produits de consommation et la distribution, ainsi que le private equity.

Au total, plus d’une trentaine de projets en Europe et en Amérique centrale guidés par la stratégie de croissance et l’amélioration de la performance opérationnelle. Et trois missions particulièrement marquantes.

Dont celle pour une entreprise internationale de boissons, au moment d’une due diligence. Ou une autre sur l’analyse du potentiel de développement d’une entreprise française leader en cosmétique dans un pays asiatique pour « imaginer de nouveaux canaux de distribution, non traditionnels, adaptés à ce pays en particulier ». Ou encore cette mission aux côtés d’une entreprise de télécom française, propriétaire d’un acteur salvadorien (c.à.d, France Télécom, actionnaire de l’opérateur salvadorien CTE-Telecom jusqu’en 2001), pour laquelle la consultante a travaillé durant plus de six mois dans le pays pour optimiser la performance et développer des projets de téléphonie mobile.

Les limites « émotionnelles » du conseil

Après huit années chez Bain, les acquis sont indéniables : méthodo, analyse, résilience, ouverture, innovation, vision court terme/long terme, sur des périmètres internationaux.

« Des qualités incroyables qui restent cependant très rationnelles et qui ne prennent pas toujours en compte l’aspect plus émotionnel que sont les hommes et les femmes qui composent l’entreprise, essentiels dans la réussite d’un projet de transformation », estime-t-elle a posteriori.

Belen Moscoso del Prado s’interroge alors sur la suite à donner : poursuivre sa carrière de consultante, ou retrouver des fonctions plus opérationnelles. « J’étais alors mère de trois enfants, et je souhaitais une vie plus cadencée. Après avoir autant donné sur de grands projets stratégiques, je voulais aller plus loin, ne pas juste laisser le PowerPoint sur la table, et contribuer à leurs déploiements ou mises en œuvre. »

SoLocal : du papier au digital

Belen Moscoso del Prado replonge alors dans le grand bain de l’entreprise. Après un passage d’un an chez Europcar comme responsable stratégique où elle a œuvré pour une transformation de l’entreprise en France, elle change de secteur en 2010 en rejoignant SoLocal (Pages Jaunes jusqu’en 2013). « Le challenge de l’époque était de transformer le modèle d’affaires des Pages Jaunes, pleinement drivé par le papier, pour un modèle 100 % digital. Il fallait aussi convaincre nos clients de l’intérêt de cette digitalisation. »

Chez SoLocal, la directrice de la stratégie et des partenariats retrouve deux autres anciens de Bain : Jean-Pierre Rémy (de 1993 à 2000), partner en charge des practices Internet et Voyages, loisirs et divertissements, CEO de SoLocal entre 2009 et 2017, l’un de ses mentors, et Julien Ampollini, chez Bain de 2002 à 2007, entré chez SoLocal en 2009, nommé DGA en 2013 (relire son portait ici).

La transfo digitale pour cœur de métier

Nouveau saut sectoriel et nouveau défi en 2013 pour Belen Moscoso del Prado, avec le groupe Axa qu’elle rejoint en tant que directrice de la stratégie digitale et de la transformation. Objectifs : définir une stratégie digitale et le pilotage d’un plan de transformation.

L’expérience ne fait cependant pas long feu. En 2015, un chasseur de têtes l’approche pour rejoindre Sodexo. Avec une mission : accompagner l’entreprise afin de « faire du digital un atout dans le business et d’ajouter de la valeur dans les services ».

Un an plus tard, elle participe au lancement de Sodexo Ventures, un fonds d’investissement stratégique de 50 M€, dont l’ambition est de « conjuguer l’agilité et la créativité de start-up à la capacité d’investissement, aux compétences et à l’expertise de Sodexo dans des secteurs aussi divers que la restauration, la santé, la data, la mobilité et les bâtiments intelligents ». Une fonction qui mènera Belen Moscoso del Prado à étendre son périmètre en 2018, nommée chief digital & innovation officer, membre du comex du groupe. Et deux initiatives phares à son compteur : la transformation digitale du modèle de restauration de Sodexo, avec, entre autres, le rachat de la start-up FoodChéri (en 2018) dont elle est aujourd’hui présidente du CA, et le lancement du Data Lab de Sodexo.

Une femme engagée

Belen Moscoso del Prado continue de vouloir faire bouger les lignes, celles de la diversité en particulier. Un « combat » qu’elle mène depuis son époque chez Bain « dans une période où il y avait encore peu de diversité, en termes de formations, de secteurs d’origine, de féminisation, même si le cabinet avait mis en place un plan d’action dédié ».

Alors rare femme dans un monde d’hommes, la consultante a noué des liens tout particuliers avec les autres consultantes du cabinet, une sororité qui a traversé les années.

« Nous étions un groupe de femmes très soudées, en particulier avec Daphné Vattier (ndlr, partner chez Bain, ici), Ada Di Marzo (ndlr, la récente DG de Bain Paris, ici), Nathalie Lundqvist (ndlr, expert partner, ici) ou d’autres comme Alexandra Serizay et Selima Ayoub (ndlr, toutes deux chez Sodexo). Et ce groupe est toujours là ! » Pour partager son expertise et sa vision de la transformation des entreprises, Belen Moscoso del Prado est aujourd’hui également administratrice indépendante et membre du comité des rémunérations de Capgemini.

Parmi ses autres projets du moment, la cheffe du digital et de l’innovation de Sodexo entend poursuivre le développement des relations avec les start-up pour « tirer parti du digital, des données, de l’innovation, au service du quotidien de chacun ». C’est à ce titre, qu’en tant que cosponsor de Scale-Up Europe (consortium visant à accélérer l’émergence de champions technologiques européens du numérique lancé par le secrétaire d’État chargé de la Transition numérique), Belen Moscoso del Prado vient de présenter au président Macron des recommandations en ouverture de Viva Technology 2021.

Barbara Merle pour Consultor.fr

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