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Illustration portrait Guillaume KasbarianGuillaume Kasbarian, 32 ans, a suivi ses intuitions et a rapidement gravi les échelons. Consultant en entreprise pendant huit ans chez Monitor (de 2009 à 2012) et chez PMP (de 2012 à 2017), après une première expérience entrepreneuriale inaboutie, il s’est lancé en politique en 2016 dans ce qui était alors le tout nouveau mouvement La République en Marche.

 

Un an plus tard, il est élu député de la 1re circonscription d’Eure-et-Loir et démissionne de ses fonctions de consultant. Un tournant pour ce néophyte en politque pour lequel la rue est le nouveau « terrain de jeu ».

Il a fait partie de la grande vague de « dégagisme » au sein de la classe politique en 2017 qui a vu surgir de nombreux élus issus de la société civile. En un an, Guillaume Kasbarian est passé de manager dans le conseil à membre du Parlement.

Après une enfance dans le sud de la France et au Kenya, il a suivi le parcours classique des profils que l’on retrouve plus tard dans le conseil en stratégie : classe prépa à Franklin (lycée Saint-Louis-de-Gonzague dans le 16e arrondissement de Paris) et l’Essec en 2009.

Ses débuts dans le conseil interviendront chez Monitor en 2009. « Le consulting me permettait d’accompagner les entreprises dans des secteurs très variés sur des projets de développement, de restructuration… J’étais au cœur du réacteur économique et cela m’a permis d’enrichir ma culture économique et entrepreneuriale. J’adorais ce métier et je m’y suis épanoui. »

Le virus de la politique

Et pourtant, son chemin bifurque dès lors qu’il s’engage auprès d’Emmanuel Macron au premier jour de la création du mouvement En Marche en avril 2016. Il est nommé référent départemental fin 2016, puis dirige la campagne présidentielle en Eure-et-Loir. Son ascension qui ne va pas s’arrêter là.

« Dans la foulée, je suis candidat aux législatives dans la 1re circonscription et je suis élu député le 18 juin 2017. Le 21 juin, conformément à mon engagement de campagne, je démissionne de mes activités de conseil afin de me consacrer à 100 % à mon mandat de député. »

Pour la campagne des législatives, le jeune novice en politique a pris des congés sans solde auprès de son employeur PMP. « Je m’étais dit que si je perdais, j’y reviendrais, car j’y étais très heureux, et si je gagnais, je démissionnerais dès le lendemain pour éviter tout conflit d’intérêts, même s’il n’y avait pas d’obligation légale. » En effet, si la loi interdit à un député de créer un cabinet de conseil, un consultant en poste depuis plus de deux ans peut être, en même temps, député. Il a cependant tenu ses engagements de campagne…

L’appel du service public

Alors qu’est-ce qui a bien pu faire changer totalement de direction ce consultant « modèle », l’un des plus brillants managers, aux dires de son ex-patron Gilles Vaqué, associé-cofondateur du cabinet PMP ? Un « retour aux sources » ?

En partie, certainement, car s’il se défend de s’être défini par rapport à un modèle familial, il est issu d’une famille engagée dans le service public. Son père, ancien inspecteur de l’Éducation nationale, est aujourd’hui conseiller culturel au Bénin, sa mère, est professeur de musique en collège, l’un de ses grands-pères a été radiologue à l’hôpital, l’une de ses grands-mères, infirmière dans le public.

« Il est vrai que j’ai été très tôt sensibilisé à être au service des autres, au sens de la citoyenneté et à l’action publique. J’ai d’abord eu un engagement citoyen en dehors d’un engagement politique. La personnalité d’Emmanuel Macron, admirable sur les questions économiques, m’a tout de suite séduit. Il incarne une forme de fraîcheur en termes de pratiques et d’idées novatrices. Mais je n’avais alors absolument pas l’idée de m’engager en politique. Je considérais plutôt cela comme une aventure entrepreneuriale, car à l’époque personne ne croyait en ce mouvement. »

Au fur et à mesure de la popularité du candidat Macron, puis de son élection, le novice en politique a pris des galons et s’est pris au « jeu » de la politique… « Je me suis rendu compte que je pouvais être plus utile en politique, que je pouvais apporter mes compétences, entre autres sectorielles, j’avais un véritable défi pour convaincre, les citoyens, les syndicats, les corporations… J’ai aussi pris conscience de mon besoin de me mettre au service de mon pays après m’être mis au service des entreprises. »

Plongée dans le monde politique

Si le monde du conseil est difficile, stressant et très prenant, l’entrée dans l’univers de la politique n’a pas été non plus une sinécure. « Je travaillais beaucoup comme consultant, mais là, j’étais sorti de ma zone de confort et j’avais tout à prouver. J’ai réalisé une campagne de terrain d’un mois et demi. Levé à 5 heures, je faisais du porte-à-porte, des réunions, des rencontres et des débats publics. Une fois élu, le rôle de député exige d’être quotidiennement sur le terrain, partout sur la circonscription… Il requiert d’être à l’écoute des inquiétudes légitimes des citoyens, mais aussi de résister aux attaques de personnalités politiques bien établies, sûrement aigries de ne plus être en poste. Au départ, nous n’étions pas considérés comme légitimes, certains opposants pensaient que nous avions fait un “hold-up”. Cela n’a pas totalement disparu, mais de toute façon, je trace ma route, sans répondre à leurs petites attaques politiciennes qui n’intéressent personne. »

Du côté de ses collègues, sa nouvelle vocation a fait plus d’un surpris particulièrement à la création du mouvement En Marche qui apparaissait comme une bulle politique. « Tout le monde me prenait pour un “fou”, mais quand ils ont vu que cela prenait, ils ont changé de point de vue. Certains de mes anciens clients l’ont découvert via les médias, et ont été étonnés, mais j’ai ressenti un regard bienveillant de la part de ceux avec qui je reste en contact privé. »

Des compétences qui ne font pas tout

Il reste aujourd’hui encore un jeune homme politique. Une remise en cause permanente pour celui qui, comme consultant, maîtrisait ses sujets, les process, le langage du conseil… « Il faut avoir de véritables compétences, de la technique, mais cela ne suffit pas. Cela nécessite aussi beaucoup d’affects, de l’écoute, du littéraire, de l’art oratoire. En politique, nous sommes confrontés à la société dans son ensemble dans tout ce qu’elle revêt, y compris la détresse de certains. »

Guillaume Kasbarian se dit aussi confronté à un nouvel enjeu, celui d’être techniquement très compétent tout en faisant ce qu’il appelle de la politique au sens noble du terme.

« Cela consiste à partager des moments plus ou moins informels, conviviaux avec les citoyens, comme le faisait si bien Jacques Chirac. On n’embarque pas les gens sur les sujets techniques, il faut savoir toucher leur cœur. J’ai dû m’ouvrir à des sujets très variés que je n’abordais pas dans l’exercice de mon activité antérieure, des sujets en lien avec la philosophie, l’histoire, la culture générale. »

Il reconnaît quelques erreurs de « débutant », par exemple, de ne pas encore être capable de détecter les « signaux faibles » qui doivent alerter, comme cela a été le cas avec la montée du mécontentement des citoyens qui a abouti au mouvement des Gilets jaunes.

« Nous, députés, nous sommes le fil d’Ariane, un relais essentiel entre les citoyens et l’exécutif, et nous aurions peut-être pu faire désamorcer le problème avant que cela ne prenne trop d’ampleur… Si j’avais eu plus de bouteille en politique, j’aurais mieux senti, peut-être. » Pas sûr, puisque même les plus aguerris n’ont rien vu venir…

 L’atout conseil

Avec ses compétences sectorielles acquises dans le conseil, dans l’industrie, l’énergie, les télécoms, les transports… Guillaume Kasbarian a rapidement trouvé sa place de parlementaire sur des sujets plutôt économiques.

« J’ai été rapporteur de la commission d’enquête sur la politique industrielle d’Alstom, de STX, d’Alcatel, corapporteur du groupe de travail de la commission des affaires économiques sur Ascoval, en charge d’une mission gouvernementale pour accélérer et simplifier les implantations industrielles, à l’initiative du “Tour de France de l’industrie” et je participe, actuellement, au volet industriel du Pacte Productif 2025. »

Et s’il reconnaît aisément ses lacunes, il constate que ses qualités de consultant l’aident au quotidien : au premier chef, l’écoute. « Il ne faut pas faire semblant, jamais, et tenter de comprendre ce que les gens vivent. Je réalise des tournées plusieurs fois par mois dans une roulotte pour aller au plus près des citoyens. Aimer le “participatif” est aussi un réel atout. J’ai organisé très régulièrement des ateliers comme consultant, j’en organise aujourd’hui en tant que député sur mon territoire. J’ai aussi mis en place le premier conseil de citoyens tirés au sort. Ce type de coconstruction n’existait pas avant. Enfin, être député, c’est aussi savoir manager, gérer de nombreuses personnalités. Parce qu’animer tout ce monde nécessite certaines compétences. »

L’ex-consultant dit parfois s’organiser « à la mode du conseil », en utilisant certains process, particulièrement sur le traitement des demandes des citoyens. Ses compétences acquises dans le conseil lui sont aussi utiles lorsque la rédaction de rapports lui est confiée. « Ce sont typiquement des missions de terrain de court terme, jusqu’à trois mois, avec des dizaines d’interviews, un benchmark, des conclusions, des propositions… » Très similaire donc à un document qu’il aurait pu livrer à un client dans le conseil.

Et son réseau de consultants lui est-il utile dans sa nouvelle fonction ? Il affirme que les réseaux du conseil et de la politique sont bien différents, celui de l’ancien consultant n’étant pas constitué de lobbyistes.

« J’ai mis volontairement une véritable muraille de Chine entre ma vie d’avant et d’aujourd’hui. Même si j’entretiens d’excellents rapports, à titre privé, avec mes anciens collègues et clients, aucun ne m’a contacté dans une approche de lobbying. »

L’ex-manager de PMP a l’air d’avoir trouvé sa voie dans la sphère politique. Il sait aussi que la fonction d’homme politique n’assure plus un poste à vie. Si le vent tourne, il pourra, en tout cas, compter sur son ancien patron pour un retour dans le conseil.

Barbara Merle pour Consultor.fr

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Quatre questions à Gilles Vaqué, associé-cofondateur du cabinet PMP

Consultor : Avez-vous été surpris par la décision de Guillaume Kasbarian d’embrasser une carrière politique ?

Gilles Vaqué : Il est vrai qu’il a été le premier consultant à partir vers la politique. Guillaume cherchait à mettre plus de sens dans ce qu’il faisait et voulait donc s’engager dans la cause politique au sens noble. Car il a une approche pragmatique et pas dogmatique. Cela contribue à son développement personnel et son équilibre. Je suis très respectueux de cela, et nous avons tout mis en place pour qu’il se sente totalement libre. Il savait très bien que nos portes lui restaient ouvertes de toute façon. Nous avons beaucoup réfléchi avec lui à ce sujet. Je suis toujours ébloui pas la capacité d’adaption qu’il a eue : il a très vite passé beaucoup de temps sur le terrain, pour comprendre les besoins de ses admnistrés. Il a gardé toute son énergie intellectuelle et humaine, qu’il met aujourd'hui service de l’État.

Consultor : Quelles sont les principales qualités de ce consultant en politique ?

Gilles Vaqué : Il connaît particulièrement bien l’économie et des secteurs divers, tels que les télécoms, l’industrie de la presse, le digital et le e-commerce, l’énergie… à la fois dans une approche macro-économique et opérationnelle. C’est une capacité rare d’avoir à la fois un très haut niveau technique et de terrain dans six ou sept secteurs différents. Il a également un point fort par rapport aux techniciens purs, aux hommes de dossiers, c’est l’humain et le collectif. Guillaume a des qualité humaines extraordinaires et un sens du collectif inné… Il aurait pu mettre cette qualité au service de n’importe quelle cause.

Consultor : A-t-il fait, selon vous, le bon choix ?

Gilles Vaqué : Un choix excellent pour lui. Je le vois régulièrement et je trouve qu’il a acquis une puissance multipliée par dix, beaucoup de charisme, de l’ampleur intellectuelle, une posture, de la prise de distance. Je lui ai dit qu’il n’avait rien à perdre. Qu’il sortira toujours plus riche intellectuellement et plus fort humainement d’une telle expérience même si elle ne dure que six mois. En conseil, on parle de « fast track », c’est la même chose en politique.

Consultor : Vous demande-t-il toujours des conseils ?

Gilles Vaqué : C’est plutôt du mentoring que du conseil. Il est content de pouvoir échanger, prendre du recul. Nous sommes très proches, dans une véritable relation de confiance, il fait partie de la famille PMP, nous n’avons aucun lien de business. Il sait que même s’il est un jour à une poste très important, je n’hésiterais pas à lui dire ce que je pense.

Propos recueillis par B.M.

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