Associé-actionnaire vs associé-salarié : l’entrée au capital change-t-elle le métier de partner ?

 

Au sein des sociétés de conseil, deux modèles de « partnerships » coexistent : le partnership classique, où les associés intègrent le capital en tant qu’equity partners, et un modèle salarié où les « VP » n’acquièrent pas de parts de la société. Passage en revue et témoignages sur ces deux modes de fonctionnement.

 

22 mai. 2017 à 08:05
Associé-actionnaire vs associé-salarié : l’entrée au capital change-t-elle le métier de partner ?

 

Entrer au capital, c’est ce que proposent de nombreux cabinets de conseil à leurs consultants devenus partners ; d’autres cabinets n’envisagent pas cette option, censée être porteur de motivation. Oliver Wyman est dans ce cas. Filiale à 100% de Marsh, la société n’est pas un « partnership » : les « partners » n’ont pas accès au capital.

Comme dans beaucoup d’endroits, pour atteindre le grade de partner, le principal doit plaider son cas auprès des 450 partners déjà nommés dans le monde. « Devenir partner, c’est une méritocratie. Les partners sont tous égaux, il n’y a pas de hiérarchie. Notre intérêt commun est de réaliser de la croissance, sur laquelle nous percevons un intéressement », indique Hanna Moukanas, « Partner » chez Oliver Wyman, mais pas au sens d’associé au capital donc.

Un modèle qui ne semble pas empêcher la société d’employer 3 000 consultants dans le monde, et de connaître une croissance moyenne annuelle de 11 % ces dernières années.

Vers un partnership moins systématique ?

Le partnership pourrait avoir tendance, d’après Hanna Moukanas, à avoir un « revers indésirable : un effet de rente », qui pousserait ainsi les seniors partners, et détenteurs du capital, à prendre moins de risques.

Autre argument contre le partnership, il ne serait plus tout à fait adapté à la mentalité des jeunes consultants. C’est en tout cas ce que fait valoir Karim Hatem, senior partner et cofondateur d’Ylios, cabinet qui réunit sept associés, dont trois détenteurs de parts, et vingt-cinq consultants. « Rejoindre le partnership est une motivation moins systématique. Cela représente un niveau de contrainte que les jeunes générations ne sont pas toujours prêtes à accepter. Ils ont vu leurs parents se heurter à un système qui n’a pas toujours respecté ses engagements, et sont moins enclins à s’engager pour un contrat où tout n’est pas écrit. »

Ylios propose ainsi un « limited partnership », permettant aux consultants de devenir « partner », sans achat d’actions. Soit un statut d’associé, récompensant l’expérience et la performance, qui n’entraîne pas forcément un investissement financier. Un statut qui aurait été pensé en fonction des attentes des salariés.

Des efforts pour devenir Partner

Pourtant, cette reconnaissance et cette envie de lier son parcours professionnel à celui de l’entreprise semblent rester populaires. Kea & Partners propose ainsi à ses consultants, dès trois ans d’expérience, d’acheter des parts de l’entreprise. Plus généralement, le fait d’être associé au capital d’un cabinet a-t-il une vraie influence sur la motivation ?

Pour Olivier Mouton, partner chez Kea, cela a un véritable sens. « Nous avons, très jeune, une part dans l’entreprise dans laquelle nous travaillons. Ainsi, monter au capital est important assez vite. J’ai pu me projeter dans l’entreprise. Au fur et à mesure, la montée dans le capital permet d’être associé aux décisions stratégiques. »

Un engagement qui est aussi financier, acquérir des actions demande un investissement, et donc un choix : « Passer partner représente un certain montant, ce qui a posé la question de mon engagement dans l’entreprise. J’ai confiance en mon cabinet, c’est un réel investissement. Cela m’a demandé des efforts dans ma vie privée. J’avais 35 ans quand je suis devenu « Directeur » (premier grade de « Partner » chez Kea, ndlr), et cela m’a questionné, notamment sur l’achat d’un bien immobilier : “est-ce que j’achète une pièce en plus, ou est-ce que j’investis dans mon entreprise ?” ».

« Un sujet dont on discute »

Chez CVA, qui réunit quarante consultants pour six partners, le partnership n’est plus ouvert. L’accès au grade de « Partner » nécessite une cooptation de la corolle des autres « associés » (on ne parle pas des détenteurs du capital), comme au sein des autres cabinets. Le senior manager devenant partner est ainsi reconnu par tous, comme développant des ventes et un business pérenne.

Cette absence de partnership serait « très bien vécue ». Cependant, « c’est un sujet dont on discute, même s’il n’y a pas de timing », indique Arnaud Bodji, senior manager. « La réouverture de capital est quelque chose qui se fera un jour ou l’autre, car il y a sûrement une motivation complémentaire à faire partie du capital de la société. »

Victor Nicolas pour consultor.fr

 

0
tuyau

Un tuyau intéressant à partager ?

Vous avez une information dont le monde devrait entendre parler ? Une rumeur de fusion en cours ? Nous voulons savoir !

écrivez en direct à la rédaction !

commentaire (0)

Soyez le premier à réagir à cette information

1024 caractère(s) restant(s).

signaler le commentaire

1024 caractère(s) restant(s).

Manuel de survie

  • Le consulting à la recherche des représentants du personnel perdus

    Tickets restaurants, intéressement, télétravail… Dans les cabinets de conseil en stratégie, comme dans n’importe quelle entreprise, les représentants du personnel sont obligatoires et interviennent sur divers sujets. Pourtant, ils y sont souvent totalement méconnus, évoluant dans des cultures d’entreprises peu portées à la revendication.

  • Handicaps : l’inclusion selon Kea

    Le handicap dans l’entreprise, sujet tabou. Le secteur du conseil en stratégie n’échappe pas à la règle et n’est, pour le moins, pas des plus exemplaires en matière de travail des personnes en situation de handicap. Quelques expériences fonctionnent pourtant.

     

  • Dans le secret des sources des consultants

    Les consultants multiplient les canaux d’information : appels téléphoniques dans leur réseau ou au-delà, appels au débotté (alias cold call), appels masqués (alias blind calls), déjeuners ou cafés informels… Enquête. 

  • Consultant recherche infos à tout prix

    Depuis une dizaine d’années, des plateformes d’intermédiation agrègent des milliers d’experts. Les consultants y ont abondamment recours, en particulier dans le domaine du private equity. Enquête. 

  • Congé pat’ : McKinsey double à son tour les 28 jours

    Nommée en août dernier comme directrice générale de McKinsey France, Clarisse Magnin-Mallez, 45 ans, première femme à la tête du géant du conseil en France, fait du bien-être de ses salariés-parents l’une de ses priorités.

  • La vie de stratège en BD – Épisode 4 : classe affaires

    Avec la reprise de l’activité de conseil post-covid, quoique le télétravail restera une composante importante, les déplacements chez les clients vont reprendre de plus belle. Si les capitales du business font rêver, Paris, Londres ou New York, la réalité des missions chez les clients peut être un soupçon moins exotique. Nouvel épisode de notre BD sur le conseil en stratégie, Consultix.

  • Étude : des « Baby Partners » rarement passés par l'opérationnel

    Dix ans de maison, des expériences préalables dans l’industrie, peu d’entrepreneuriat : voilà quelques-uns des traits caractéristiques du parcours type des partners des cabinets de conseil en stratégie. Avec quelques exceptions notables.

    Découvrez les résultats de l’étude de Wit Associés pour Consultor.

  • 300 clients, 700 copils, 5 déménagements : 30 ans de consulting

     

    Quarante-quatre ans de carrière, trente-cinq de conseil en stratégie, dont vingt-cinq passés sous le label Kearney dont il est devenu un associé énergie et pricing : Laurent Dumarest a vu s’enchaîner les révolutions technologiques et s’est frotté aux clients et aux projets les plus inattendus. Jeune retraité, il n’en a pourtant pas fini avec le conseil, au contraire.

  • Avocat et consultant : la difficile équation

    Ce sont des profils plutôt atypiques au sein des cabinets de conseil en stratégie. Certains avocats choisissent la strat’ plutôt que le barreau. Ils y sont recherchés, non pas pour leur connaissance du droit, mais pour leurs qualités personnelles, d’éloquence ou de rigueur. Les avocats-consultants Rémi Philippe, senior consultant chez Kea & Partners, et Grégoire de Vogüé, ex du BCG et d’Ares & Co, avocat chez Taj, donnent leur point de vue.

Super Utilisateur
Manuel de survie
partnership, Oliver Wyman, Marsh, Hanna Moukanas, Karim Hatem, Ylios, Kea & Partners, Olivier Mouton, CVA, Arnaud Bodji, actionnaire, capital
3757
Hanna Moukanas Olivier Mouton
2021-11-09 11:06:39
0
Non