Six mois ailleurs : une mobilité express qui propulse les consultants ?
Travailler à New York, Shanghai ou Sydney : le rêve de nombreux consultants ! Si la mobilité internationale a, depuis longtemps, dépassé le caractère de simple bonus dans une carrière, quid de celle ne durant que quelques mois ?
En effet, certains cabinets encouragent des immersions temporaires dans un autre bureau du réseau. Quel rôle ces « séjours » jouent-ils dans un parcours de conseil en stratégie ?
L’éclairage de Julia Amsellem, associée Stratégie d’EY-Parthenon en charge des Talents, et d’Annabelle Dazy Cannac, DRH Groupe d’Advancy, enrichi des témoignages de plusieurs consultants des deux cabinets – et de celui d’un « ancien » de Bain.
Quels dispositifs pour accompagner la mobilité temporaire ?
Chez EY-Parthenon, la mobilité a un cadre, et un nom : « Mobility4U ». Ce programme, lancé il y a plus de 5 ans, permet chaque année à une dizaine de jeunes consultants – sur les 220 environ de l’entité Strategy & Transformation, 650 au total chez EY-Parthenon – de s’immerger pendant plusieurs mois dans un autre bureau du réseau. Une mobilité accessible dès le grade de senior consultant, au bout d’un an de présence dans le cabinet.
« Ces expériences permettent à nos consultants de mûrir plus vite, et de développer leur jeu de jambe dans les interactions clients – des multinationales à 80 %, explique Julia Amsellem. Cela leur permet ensuite de n’avoir aucune appréhension à monter à bord de projets internationaux. »
Une fois leur candidature déposée, les consultants bénéficient d’un accompagnement logistique – un vrai soutien selon Claude Dao, senior consultant parti successivement à Genève, puis à Londres. « Juste avant notre départ, on travaille en général encore sur un projet, et on dispose donc de moins de temps pour s’occuper de ces aspects. » Sur place, chaque consultant est accueilli par un parrain ou une marraine au sein du bureau d’arrivée.
Chez Advancy, la mécanique est un peu différente, mais l’esprit identique. « C’est une promesse que nous faisons dès l’entretien de recrutement, souligne Annabelle Dazy Cannac. À partir d’un an d’ancienneté, chacun peut exprimer le souhait de partir. Quand il y a beaucoup de candidats, la performance est aussi prise en compte. » En 2025, une bonne dizaine de transferts auront eu lieu, sur un total de 280 consultants au niveau mondial.
Selon la DRH du groupe, la taille d’Advancy facilite l’agilité organisationnelle. « Je suis en contact hebdomadaire avec les RH locaux et/ou les directeurs de bureaux. Nous avons chacun des demandes, et des besoins », précise-t-elle.
Sortir de sa zone de confort : une école de l’adaptation
Sur le terrain, les bénéfices dépassent la simple curiosité intellectuelle. « C’est une chose de savoir qu’EY-Parthenon est un réseau mondial, et une autre de le vivre », confie Claude Dao. Immergé dans de nouveaux environnements de travail, il a découvert d’autres pratiques managériales et un rapport différent aux clients.
Même constat pour Jeremy Yang, consultant d’Advancy passé du bureau de Shanghai à celui de Londres : « J’ai dû comprendre et assimiler le style de communication de l’équipe londonienne, et ce qu’ils attendent. »
Fatine Cherradi, manager passée d’Advancy Paris (dans le cadre d’un stage de fin d’études) au bureau de New York, souligne la richesse humaine de ces expériences. « Dans mon bureau actuel, tous les consultants viennent d’horizons très différents. Cela pousse à sortir de ses propres réflexes, à confronter les points de vue et à trouver de nouvelles façons d’analyser ou de résoudre les sujets. »
Basé à Londres et parti au bureau de Sydney, Tristan Gerolami renchérit : « L’exposition à différents secteurs et contextes clients a élargi ma boîte à outils ». Il ajoute : « Je combine le meilleur de mon expérience à Londres avec ce que j’apprends à Sydney pour construire une approche “best-of-breed” en résolution de problèmes. »
Se nourrir d’ailleurs pour revenir « augmentés »
Pour Guillaume Gervais, actuellement en poste au bureau de Singapour d’Advancy, cette mobilité se traduit aussi par de nouvelles typologies de missions. « Je contribue à des projets orientés B2C, alors qu’à Paris je travaillais principalement sur des sujets B2B. » Idem pour Jeremy Yang. « En Chine, nous sommes centrés sur le pays lui-même, alors que les autres bureaux ont une perspective plus globale qui nécessite généralement des modélisations et analyses plus complexes, et davantage d’exposition aux clients. »
Du côté managérial – d’EY-Parthenon en l’occurrence –, Julia Amsellem témoigne d’un impact manifeste en matière « d’expression orale en anglais, d’autonomie et d’agilité dans des environnements complexes ».
De nombreux avantages donc, bien que « l’éloignement [puisse] peser à certains moments, reconnaît Guillaume Gervais. Singapour est loin de la France et le décalage horaire complique un peu la communication, mais cela fait partie du défi de cette expérience enthousiasmante ».
Un « win-win » individuel et collectif
L’heure du retour au bureau d’origine se révèle synonyme de partage d’expérience. Après avoir travaillé au bureau de Genève « au développement d’une boîte à outils dans le cadre de stratégies environnementales », Claude Dao a pu, à son retour à Paris, coanimer une formation dédiée pour les équipes françaises, en partenariat avec les associés du secteur. Dans le sens inverse, au bureau de Londres, le senior consultant a présenté ses travaux de doctorat sur les sujets environnementaux, « pour nourrir la réflexion des équipes locales ».
La mobilité temporaire favorise donc un partage de compétences et de pratiques interbureaux. Pour Advancy, Annabelle Dazy Cannac estime que « [les] consultants [du cabinet] reviennent avec une énergie nouvelle et des outils différents, qu’ils partagent naturellement avec leurs équipes. Cela crée une vraie richesse collective ».
Le monde à portée de missions
Qu’elle soit très encadrée ou plus organique, la mobilité temporaire est devenue une composante précieuse du parcours de consultant en stratégie. Elle répond aussi à des aspirations générationnelles, les plus jeunes voyageant plus loin et plus souvent que leurs aînés.
Et, comme le note David Merchier, ancien consultant de Bain ayant passé 6 mois dans l’un des Émirats arabes unis en 2015, « cela donne un certain cachet à son CV, surtout si la mobilité concerne des destinations rares, comme le Pakistan ou Dubaï ».
Dans un secteur où l’on vend la compréhension des organisations internationales, ces « 6 mois ailleurs » se muent en véritable école de la vie, professionnelle et personnelle.
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