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Alexandra DublancheConsultante pour McKinsey de 2006 à 2008, Alexandra Dublanche est VP du conseil régional d’IDF depuis 2017.

Un monde politique qu’elle a rejoint il y a près de treize ans où la stratégie règne en maître. Mais pour elle, strat’ politique et d’entreprise n’ont pas grand-chose en commun.

À seulement 38 ans, Alexandra Dublanche a d’ores et déjà un bagage pro très fourni.

Mini bio

Depuis la fin de ses études en 2006, elle a été

  • consultante chez McKinsey & Company,
  • conseillère du cabinet de Luc Chatel, alors porte-parole du gouvernement puis ministre de l’Éducation nationale,
  • volontaire dans la campagne de Barack Obama aux élections présidentielles US de 2012,
  • porte-parole de François Fillon pour les primaires 2017,
  • conseillère de la région Île-de-France en 2013,
  • conseillère communautaire de la communauté d’agglomération Saint-Germain-Boucles de Seine,
  • et maire adjointe de Sartrouville depuis 2014.

En 2017, l’ex-consultante a été élue au poste de vice-présidente du conseil régional d’Île-de-France, en charge du développement économique et de l’attractivité, de l’agriculture et de la ruralité. Alexandra Dublanche a également été chef d’entreprise, cofondatrice de Federavox, une start-up de stratégie électorale.

Bref, depuis son passage dans le conseil en stratégie, elle est tombée dans la marmite politique, toujours dopée à la stratégie. Cette hyperactive, mère de deux jeunes enfants de 3 et 5 ans, passionnée de politique locale, a su s’inspirer des grands stratèges américains qu’elle a pu rencontrer pour adapter une stratégie de terrain afin de répondre à ses prérogatives bien concrètes au sein du conseil régional. Le conseil en stratégie comme la politique ne faisaient pourtant pas partie de ses plans de carrière lorsqu’elle était étudiante.

McKinsey un peu par hasard

Alexandra Dublanche rentre à l’ESCP en 2002 pour fuir un milieu tout tracé. « Mon père était maire, ma mère fonctionnaire, je voulais donc partir à l’opposé, vers le privé et l’international. J’ai cependant, dès le départ, eu ce prisme du service public. Mon sujet de mémoire à l’ESCP était sur le marketing politique et j’ai effectué l’un de mes stages chez Veolia. » C’est à l’occasion de l’un de ses stages de fin d’études que l’étudiante découvre le conseil.

Pour valider son diplôme international Paris-Oxford-Berlin, l’élève de l’ESCP doit, en effet, effectuer des stages dans chacun de ces pays. Et c’est au bureau de Düsseldorf du cabinet McKinsey qu’elle remplit l’une de ses obligations, arrivée un peu par hasard. « J’étais alors persuadée que j’étais faite pour le marketing, mais mon stage de césure chez Danone ne m’avait pas transcendée. Je me suis orientée alors vers le conseil. J’ai pris conscience que j’étais intellectuellement structurée pour le conseil et que ce secteur était un bon match de toutes les options de sortie des écoles de commerce. »

Deux années à l’hôtel partout en Allemagne et beaucoup à Francfort

L’essai est transformé lorsque McKinsey Düsseldorf lui propose en 2006 un CDI. « J’ai été séduite au bureau allemand par la confiance accordée aux juniors qui étaient directement envoyés chez le client. J’y ai beaucoup appris au sein d’entreprises allemandes, ayant effectué la quasi-totalité de mes missions en Allemagne. Pendant ces deux années, j’ai passé ma vie à l’hôtel partout en Allemagne et beaucoup à Francfort. »

La consultante y réalise ainsi des missions généralistes de consultante junior, du transport aérien à la chimie en Allemagne, en passant par le rail en Belgique ou la grande consommation en Afrique du Sud. Elle a ainsi consacré plusieurs mois à une mission pour la principale compagnie aérienne allemande, la Lufthansa, afin d’optimiser le marketing digital de l’entreprise. Autre mission notable, en Afrique du Sud, sur un projet logistique d’un centre commercial où elle développe de nombreux outils lean. Si l’ex-consultante reconnaît aujourd’hui que ces deux années ont été la plus belle des formations accélérées de sortie d’école, elle a rapidement envie d’autre chose, de travailler pour son pays et des entreprises françaises.

Retour aux sources du service public

Elle a le déclic en 2007 à l’occasion de la présidentielle en France où la consultante ressent « l’appel du public ». En 2008, c’est l’opportunité : le porte-parole du gouvernement Sarkozy, Luc Chatel, est en quête de sa conseillère en charge des affaires économiques et des affaires publiques, « un bon concours de circonstances, car il recherchait plutôt un profil école de commerce ».

Première bascule donc vers le secteur public dans son pays natal entre 2008 et 2010 dans lequel elle arrive au lendemain de la chute de Lehman Brothers. « Une période très particulière, où mon rôle était avant tout de faire de la pédagogie et de la communication de crise en lien avec BercyMais après deux ans, j’ai à nouveau eu la bougeotte. »

Aux côtés des spin doctors américains

Elle rejoint alors les États-Unis pour effectuer un master d’administration publique à l’université de Harvard, deux années pendant lesquelles Alexandra Dublanche fait des rencontres qui vont l’inspirer : les stratèges et les conseillers de campagne des présidents américains (Clinton, Bush, Obama).

Du coup, l’étudiante d’Harvard s’engage comme volontaire dans la campagne de Barack Obama aux élections présidentielles américaines de 2012 et comme adjointe du directeur de campagne de Kirsten Gillibrand, sénatrice démocrate de New York. Dans le sillage de cette sénatrice, elle participe au développement de l’initiative Off the Sidelines, visant à encourager l’engagement des femmes en politique. Une cause qui lui tient à cœur ; elle avait déjà intégré le programme de leadership des femmes en politique d’Harvard (From Harvard Square to the Oval Office).

Fidèle parmi les fidèles de Valérie Pécresse en Île-de-France

C’est aussi à Harvard, comme présidente du club des Français de l’université, qu’elle rencontre Valérie Pécresse, alors ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, invitée par l’université américaine.

« Au lendemain de l’élection présidentielle aux États-Unis, j’ai décidé de rentrer en France, et j’ai pu rejoindre le cabinet de Valérie Pécresse (qui est conseillère régionale depuis 2004, NDLR) au conseil régional d’Île-de-France. »

Elle y sera successivement sa conseillère en action économique, formation et environnement jusqu’en 2015, puis sera élue en 2015 à ses côtés. D’abord VP de la commission transports entre 2015 et 2017 puis présidente de la commission développement économique entre 2016 et 2017, elle devient en 2017 VP en charge du développement économique et de l’attractivité, de l’agriculture et de la ruralité.

Entre-temps, en 2014, elle se lance dans le grand bain politique et est élue maire adjointe de Sartrouville et conseillère communautaire de la communauté d’agglomération Saint-Germain-Boucles de Seine.

« Quand vous devez reloger une femme avec enfant d’urgence en pleine nuit, McKinsey ne m’y avait pas forcément préparée... »

« Il est vrai que les qualités de consultante m’aident toujours au quotidien, par exemple, la capacité de passer d’un sujet à l’autre, de la permaculture à l’IA, tout au long de la journée, la rigueur, la précision, le souci du détail et la pédagogie. Lorsque j’aborde un sujet avec des acteurs, je vois aussi tout de suite la globalité du problème. Et puis, ne pas être un pur produit politique, être passée dans l’entreprise, avoir été consultante dans un grand cabinet me donne de la crédibilitéEn revanche, ce que j’ai appris de mon expérience politique, c’est aborder des problèmes bien plus concrets que parfois la stratégie marketing d’une entreprise : quand vous devez reloger une femme avec enfant d’urgence en pleine nuit, McKinsey ne m’y avait pas forcément préparée... »

Développement d’un outil de ciblage électoral

C’est dans le cadre de cette expérience francilienne qu’en février 2013, de retour en France depuis trois mois, forte de son expérience en stratégie électorale US, Alexandra Dublanche fonde Federavox, une start-up de stratégie électorale.

Elle s’inspire d’un autre ex-McKinsey, Guillaume Liegey qui propose un logiciel de prédiction des votes des Français et a soutenu la campagne d’Emmanuel Macron (relire notre article ici).

« Nous avions un peu le même parcours, Harvard, consultant, engagé en politique, il a fait partie de la campagne de François Hollande en 2012. J’ai eu envie de monter une solution similaire, mais pour la droite. Nous l’avons proposée avec mes deux associés à Valérie Pécresse pour les régionales de 2015 pour donner un niveau supplémentaire de rationalité dans les techniques électorales qui utilisent la science et les data. C’est l’un des outils de mobilisation pour permettre au candidat de gagner. Ce système rend plus efficace le ciblage. Il aide les candidats à faire campagne auprès des bonnes personnes au bon endroit. Il permet également d’affiner les techniques de campagne, en particulier dans la formation des militants via le porte-à-porte. »

Cet outil sera utilisé pour la première fois par Valérie Pécresse lors des élections régionales de 2015, puis par François Fillon lors des primaires de la droite et du centre en 2016. Selon l’ex-consultante, il aura aidé efficacement la candidate Pécresse dans son élection à la présidence de la région, une élection très serrée face à Claude Bartolone, faisant d’elle la première femme à la tête de l’Île-de-France.

Cette « arme technologique » (comme le titrait Le Parisien alors) aurait été aussi efficace pour François Fillon, arrivé largement en tête de ces primaires fin 2016. Depuis 2017, Federavox est en sommeil ; la maman de deux très jeunes enfants ne se sentant pas prête à abandonner ses fonctions à la région et dans sa commune pour se consacrer entièrement à cet outil. « J’ai fait cela par pur militantisme, pas du tout pour en vivre. »

Strat’ d’entreprise vs strat’ politique

La stratégie politique et la stratégie d’entreprise ont elles quelques points communs ? Sur les hardskills, certainement aux yeux de l’ex-McKinsey. Elle estime que la présidence de Valérie Pécresse est marquée par cet effort d’objectivation des impacts des décisions du conseil régional.

« Dans les missions de conseil, il y a obligatoirement des KPI chiffrés. Cette évaluation de nos politiques, c’est un marqueur de notre action à la région avec Valérie Pécresse : nous avons introduit avec la présidente des missions d’audit avec des indicateurs pour rationaliser notre politique et pouvoir juger de son efficacité. »

Mais les similitudes entre stratégie d’entreprise et stratégie politique s’arrêtent là. « En stratégie politique, il y a aussi une dimension beaucoup plus humaine, où l’objectif est d’améliorer le quotidien des gens au-delà du retour sur investissement. »

Petit pic pour l’exécutif actuel au passage qui, pour elle, a commis l’erreur de vouloir faire fréquemment appel à des gens, dont des consultants en stratégie, trop éloignés du quotidien des Français.

« En politique, il faut d’autres contacts, s’entourer de personnes différentes de soi, voir les acteurs sur le terrain, qui permettent de repérer les signaux faibles. Un élu local n’aurait jamais fait l’erreur de diminuer de 5 euros les APL ou de réduire à 80 km/h la vitesse sur les routes, des décisions qui ont mis les Gilets jaunes sur les ronds-points ! »

Une ancienne consultante en strat’ dans le secteur public prudente sur les interventions des consultants en strat’ dans le secteur public

Car pour Alexandra Dublanche, à rebours de leurs interventions à tous les étages de l’État (relire notre article), les consultants en stratégie ne sont pas incontournables pour la mise en place des politiques publiques.

D’ailleurs, la présidente Pécresse a très peu eu recours elle-même aux consultants, même si elle s’intéresse aux études et rapports menés sur les problématiques de sa région. « Lorsqu’à son arrivée, nous avons dû tout remettre à plat et faire une évaluation de ce qui a été fait, pour nous aider à optimiser et à remodeler la politique, nous avons fait travailler EY. Mais nous nous appuyons avant tout sur les acteurs de terrain. Ma stratégie industrielle, par exemple, s’est bâtie avec les industriels. »

Le conseil : retour vers le futur ?

Consultante, femme politique, entrepreneuse, classée parmi les 100 leaders économiques de moins de 40 ans (voir notre classement 2019 ici), où cette hyperactive se voit-elle dans dix ans ?

Alexandra Dublanche continue à se laisser porter par la vague des opportunités, sans faire de plans sur la comète quant à son avenir et aime se laisser toutes les portes grandes ouvertes. « Tant que ce que je fais m’intéresse et que je me sens utile. » Mais pourquoi pas un retour dans le conseil en stratégie admet l’ex-consultante qui « pouvait s’y voir rester et s’y amusait plutôt ». Surtout qu’elle a sinon du mal à se projeter dans une entreprise dédiée à un sujet unique. Une future senior advisor de McKinsey toute trouvée ?

Barbara Merle pour Consultor.fr

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