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Durant ses quatre années chez Kearney, il se spécialise dans le retail puis saute chez Carrefour où il devient le bras droit du directeur des hypermarchés pour la France.

Ce n'est que récemment, à la faveur d'un plan de départs, qu'il a mis sur pied un rêve de gosse : monter son entreprise. Il a lancé en 2019 DeliCrepe, une enseigne de restauration rapide de crêpes artisanales à emporter.

Avec HEC, Nicolas Cantau, aîné d’une fratrie de cinq enfants, fils d’un ingénieur informatique et d’une mère au foyer, avoue avoir fait le choix du « non-choix ». Celui d’une voie royale pour un étudiant plutôt doué, mais qui n’avait pas encore clairement identifié de métier vers lequel s’orienter. « Le conseil n’était alors qu’un concept extrêmement flou, un métier même difficilement identifiable. HEC avait cette approche commerciale qui correspondait cependant plutôt bien à mes goûts et me donnait la possibilité de creuser mes envies et de m’ouvrir un maximum de potentialités. »

En revanche, l’étudiant avait le rêve, depuis le collège, de créer sa propre entreprise… C’est dès la première année de son cursus qu’il « rencontre » le monde du conseil à l’occasion des cours théoriques et des interventions de consultants. « Ils avaient l’air d’avoir des idées claires et le sens de l’organisation et je me suis très vite identifié à eux. Ce secteur m’a aussi attiré par le prisme du business. Et puis, j’y ai vu d’autres avantages. Il permet de ne pas trop se spécialiser, de rencontrer beaucoup de monde, de travailler sur des sujets variés et d’apprendre des méthodologies pointues. »

La mayonnaise Kearney

En 2011, tout fraîchement diplômé, Nicolas Cantau démarche plusieurs cabinets identifiés, les « cadors du conseil » comme des cabinets plus petits, et se soumet aux différentes batteries d’entretiens. « J’ai eu très vite un vrai “fit” avec Kearney. J’ai trouvé qu’il y avait un super équilibre entre un cabinet de taille critique, de reconnaissance mondiale où il est possible de partir à l’étranger, et un bureau à Paris à taille humaine où tout le monde se connaît. »

Il opte donc pour Kearney et réalise des missions dans des secteurs diversifiés, « une des cases que je souhaitais cocher !», que ce soit dans les médias, et plus particulièrement sportifs, le marketing ou le retail. « Le retail est devenu mon principal secteur de prédilection sur de nombreux départements, supply chain, achats, actifs. J’ai pu, par exemple, travailler sur la première supply chain européenne de logistique, mais aussi sur la stratégie financière d’un family office en Suisse. » Mais ce qui l’a peut-être le plus marqué, c’est une mission de six mois au Qatar dans le secteur des médias, « une super opportunité de strat’ à cinq ans d’un acteur international, un diffuseur de sports, avec ensuite son déploiement opérationnel ».

Durant ses quatre années chez Kearney, entre 2011 et 2015, le junior connaît une évolution classique. Entré comme business analyst durant six mois, il est ensuite nommé senior business analyst, avant de monter au grade d’associate un an et demi après. « La progression régulière et rythmée est très motivante. On apprend d’abord à analyser les problèmes, puis à collecter les données, et enfin, à cruncher les bases de données. Comme associate, on nous confie des bouts de mission, on commence à manager… Ce qui permet d’évoluer et je me suis aperçu que ce n’est pas le cas partout. Même en termes de contenus métiers, il faut rapidement prendre des responsabilités, gérer un client en autonomie. Après quatre ans, on résout des problématiques chez des clients tout en manageant des équipes. Tout cela est une expérience extraordinaire. »

Pourtant, Nicolas Cantau y a trouvé ses propres limites : manque de spécialisation, de missions opérationnelles de terrain, d’immersion dans les problématiques bien spécifiques de l’entreprise. Une envie aussi de continuer dans sa quête de développement personnel et de s’approprier son parcours professionnel.

Bonjour Carrefour

Son expertise dans le secteur du retail lui a permis de changer de cap via un chasseur de têtes. Carrefour recherchait alors un consultant interne pour réaliser l’intégration des équipes lors du rachat de Dia par le groupe français de la grande distribution. Bingo ! Un an plus tard, il est nommé bras droit du CEO des hypermarchés France, une business unit de 200 magasins, 50 000 employés et un chiffre d’affaires annuel de 20 milliards d’euros. « J’y ai fait un pas de plus dans l’opérationnel. Et pour la première fois, j’ai eu l’occasion de travailler avec d’anciens collègues consultants, soit que je connaissais directement ou qui étaient des amis d’amis. Je me suis rendu compte que le premier contact entre consultants et opérationnels n’est pas facile, car comme consultant, on n’a pas forcément une bonne compréhension des métiers ni de la dimension humaine très concrète de l’entreprise. Cela a été, pour moi, une façon de prendre du recul sur ce que j’avais appris dans le conseil. »

À la faveur d’un plan de départs volontaires de Carrefour – un quart des effectifs du siège –, l’ex-consultant décide de réaliser son rêve de collégien, la création d’entreprise. « Les planètes se sont alignées, c’était le moment ou jamais, car j’ai pu obtenir des compensations qui me permettaient de prendre des risques. » Mais quelle entreprise ? Là encore, le concept est le fruit d’une belle émulsion, trois jours après son départ de Carrefour, à la faveur d’une rencontre avec un ancien directeur d’hypermarché du groupe, Yvan Mahieu… « Au cours de la discussion, nous avons pris conscience que nous avions un projet qui nous rassemblait… autour de la crêpe. Des mêmes envies, des valeurs communes, le goût de la cuisine, de la simplicité, bref nous étions très complémentaires. »

100 kiosques d’ici quatre ans

D’idées battues et montées en neige est ainsi née DeliCrepe, une enseigne de crêperie artisanale, des crêpes « maison » à emporter vendues en kiosques dans les centres commerciaux et les gares. Premier test réalisé dans un centre commercial de Compiègne il y a quelques mois, qui est suivi en ce mois de mars par la gare Saint-Lazare, puis viendront Châtelet, Marne-la-Vallée et le centre commercial Belle-Épine. Avec l’objectif de créer cent kiosques d’ici quatre ans et au moins trois cents emplois, trois par lieu de vente.

« Le métier de consultant me sert pour tout. Car comme entrepreneur, on touche aussi à tous les domaines : achats, logistique, marketing, RH, finances… Cela nécessite également une bonne analyse des problématiques, une méthodologie de projet et d’organisation, des qualités de restitution à l’écrit comme à l’oral… » L’ancien consultant compte aussi un réseau très actif dans le monde du conseil. Des anciens collègues, pour certains des amis, facilement mobilisables. « C’est même grâce à ce réseau que nous avons pu remporter un concours de votes sur Internet “Made in 92”* ! C’est bien sûr un réseau précieux d’expertises et de connaissances sur lequel je peux compter pour craquer des problématiques, pour des mises en relation, ou comme partenaires financiers potentiels. »

Le conseil a donc été une étape parmi d’autres dans le « gâteau professionnel » que confectionne au fil du temps Nicolas Cantau, « une expérience de maturité ». Mais il reconnaît un manque : celui de la rapidité avec laquelle les consultants avancent sur les projets. « Dans le conseil, la vitesse d’exécution est liée à la facilité avec laquelle les portes s’ouvrent. J’ai toujours, par exemple, eu accès à beaucoup plus de données lorsque j’étais consultant qu’à l’intérieur d’une entreprise. La réalité d’un entrepreneur ne va pas aussi vite que l’on aimerait, car nous dépendons de beaucoup de monde. » Alors en attendant que son « soufflé » entrepreneurial monte, le jeune entrepreneur qui n'est pour l'instant pas à 100% sur DeliCrepe, s’est aussi positionné comme freelance dans un domaine qu’il connaît un peu : le consulting !

De quoi se payer et financer son projet le temps qu'il émerge, et une éventuelle porte de sortie si l'aventure ne prenait pas.

Barbara Merle

*DeliCrepe a reçu en février dernier le Prix des internautes 2020 de Made in 92, 5e édition du concours des jeunes entreprises des Hauts-de-Seine, récompensant douze lauréats, avec une dotation de plus de 40 000 euros.

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