"Si nous ne fournissons pas un travail d’excellence, je nous donne deux ans avant de fermer boutique" (Olivier Vitoux, managing director CVA Paris)

 

'Nous ne sommes pas le BCG ou McKinsey : si nous ne fournissons pas un travail d’excellence, je nous donne deux ans pour fermer boutique.

Si la qualité n’est pas reconnu par nos clients, quelle différence ferez-vous avec les grands du secteur ? Cela coûte aussi cher, et vous n’avez même pas la signature.'

Olivier Vitoux (31 ans), managing director chez CVA Paris est le deuxième  patron, après Jean-Marc Le Rouxd'un cabinet de conseil en stratégie domicilié en France à répondre à Consultor, dans le cadre d'une série que nous leur consacrons.

Benjamin Polle
21 Déc. 2012 à 18:00
"Si nous ne fournissons pas un travail d’excellence, je nous donne deux ans avant de fermer boutique" (Olivier Vitoux, managing director CVA Paris)

 

Consultant junior, senior puis associate, en à peine deux ans

Sur le papier, Olivier Vitoux n’est pas un grand original dans le secteur du conseil en stratégie : classe préparatoire en 1999 au centre catholique Madeleine Danielou de Rueil-Malmaison, MBA à l’Essec en 2001, puis entrée chez Corporate Value Associates dans la foulée. Il y fait son stage de fin d’études, et obtient son premier poste de consultant, "dans la seule optique de postuler auprès des plus grands ensuite", se remémore-t-il. "Une personne de McKinsey m’avait expliqué que les entretiens dans les cabinets de conseil en stratégie se voulaient très complexes. Pour prétendre à être reçu, encore fallait-il se préparer, et de préférence "chez les petits". Les étudiants d'écoles de commerce ne connaissent que les plus grands, tout ce qui brille".

Lui accepte, malgré une direction chez CVA jugée peu souple, surtout en matière de RH. Celle-ci est alors connue pour ne pas courber l’échine le temps des conjonctures défavorables. Et les faits donnent raison à la rumeur : En 1999 et 2000, deux tiers de la centaine de consultants parisiens de CVA sont remerciés. Quatre ans plus tard, lorsqu’il intègre le cabinet en tant que consultant, la donne est différente : Son arrivée coïncide avec une première vague de réembauches de 5 jeunes consultants.

 

"Un coup de jeunesse et de légèreté" qui lui donne des ailes : consultant junior, senior puis associate, en à peine deux ans, quand il en faudrait bien quatre en théorie. "C’est beaucoup plus rapide que la moyenne. Parce que CVA est une société d’entrepreneurs depuis ses débuts, et nous recherchons des profils à même de surclasser les progressions normées. C’est en situation de tension ou de déséquilibre que l’on cerne le mieux ceux qui peuvent progresser le plus vite".

Ce petit côté darwinisme des affaires, exacerbé dans le conseil en stratégie, ne semble pas l’affecter : "Chez CVA, le top performer progresse toujours plus vite". Et il sait de quoi il parle : passé senior manager en juillet dernier, il a été choisi patron du bureau parisien après 6 ans de maison, rien que ça. De quoi susciter la jalousie des autres partners ?

"Ils ont pris la décision eux-mêmes ! Mon profil a été perçu comme une bonne solution, entre ma proximité avec les consultants et la confiance que me porte les partners. Je suis dans un rôle de facilitateur". Un parcours "d’apprentissage phénoménal", synthétise-t-il. "C’est effarant tout ce que j’ai pu apprendre". Notamment dans les quatre practices que le bureau revendique excellentes : les services financiers (ce qui n’est pas original), l’énergie, les mines et le triptyque défense, sécurité et transport. Non sans difficultés à ses débuts : Chaque mission était nouvelle, traitait d’un sujet différent et ne se déroulait jamais dans le même pays. "J’avais beaucoup de mal à capitaliser d’une mission sur l’autre".

Il en faut plus à celui qui est tombé jeune dans la marmite du défi personnel à tous les niveaux. Au lycée, il s’associe avec un étudiant d’Angers dans le création d’une petite société "avec l’espoir de prendre ma part du boom Internet". La première aventure dure trois ans et demi. À la sortie de l’Essec, en 2004, il se laisse tenter par un petit tour par l’armée. "Une forme d’ouverture d’esprit d’autant plus intéressante que dans les écoles d’ingénieur et de commerce, malgré la pluralité des profils, règne une grande homogénéité. Je voulais voir ce qu’était la vie, la vraie".

 

Qualité des missions, reconnaissance et rémunération

La bougeotte, toujours la bougeotte, comme dit lui-même celui qui est désormais réserviste dans la marine. Un besoin de suractivité que satisfait pleinement le conseil de direction générale. Les semaines sans fin et la pression de "réinventer la roue, voire le châssis" à chaque mission, ne l’effraient pas.

D’autres, nombreux, ne font d’ailleurs pas de vieux os dans les murs du bureau du XVIe arrondissement de Paris. Durée de vie moyenne d’un consultant chez CVA : 2 ans, avant de se tourner vers d’autres cabinets, ou d’autres métiers.

"Si à aucun moment, la pression avait été trop forte, je serais aller voir ailleurs. C’est un secteur ultra exigeant, où il faut trouver le mouton à cinq pattes capable de s’épanouir professionnellement et personnellement, malgré la charge de travail. Sinon, une carrière dans le conseil n’est pas viable", argumente-t-il. Un équilibre qui passe nécessairement par "la qualité des missions, la reconnaissance des autres et la rémunération", analyse-t-il lucidement. Un dernier point sur lequel Olivier Vitoux refuse le canon des classements habituels : "CVA est largement dans le tier one des cabinet de conseil, peut-être même au-dessus des plus grands".

 

Même si un cabinet de la taille de CVA ne jouit d’aucune notoriété au-delà de la stricte valeur que lui accorde ses clients. "Nous ne sommes pas le BCG ou McKinsey : si nous ne fournissons pas un travail d’excellence, je nous donne deux ans pour fermer boutique. Si la qualité n’est pas reconnu par nos clients, quelle différence ferez-vous avec les grands du secteur ? Cela coûte aussi cher, et vous n’avez même pas la signature".

Une signature dont il assure se passer allègrement, même si un transfert chez la concurrence se ferait sans trop de difficultés étant donné son parcours. "Je ne mets pas mon orgueil là-dedans", plaide-t-il, sans non plus trop vouloir s’avancer sur une prochaine élection au rang de partner. "Je ne suis pas pressé, on verra. En Afrique, je suis passé officier avec trois semaines de métier dans les bottes. Quelle crédibilité avais-je à côté d’un sous-officier  de 30 ans de carrière ? Je m'astreins à une humilité maximale, à laquelle je pousse mes collaborateurs". Pas si typique que ça, en fait, Olivier Vitoux, dans un univers professionnel où la progression se joue aussi à l'égo.

Par Benjamin Polle pour Consultor, portail du conseil en stratégie-24/12/2012

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