Pony, la start-up de l’ex-Simon-Kucher qui a déjà levé 40 M€
C’est une entrepreneuse alignée avec ses valeurs (écologiques), mais aussi totalement décomplexée dans son ambition de bâtir rapidement un business à succès : nous avons rencontré Clara Vaisse.
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L’ancienne consultante de Simon-Kucher, bientôt 40 ans, est cofondatrice et COO de Pony, un acteur de micromobilité douce qu’elle a lancée en 2018 avec deux ex-banquiers, dont son compagnon, Paul-Adrien Cormerais. Après un test à la gare d’Oxford avec une première flotte, « tout de suite un succès », Pony se déploie depuis en France à un bon rythme : 40 millions d’euros levés au total, dont 23 M€ en 2024 et 29 millions d’euros de chiffres d’affaires visés cette année. Clara Vaisse est à l’aise avec les chiffres, les objectifs et avec ses ambitions. Sûre du fort potentiel de sa start-up.
Un positionnement résolument responsable
Pony… de quoi parle-t-on au juste ? C’est une flotte de vélos biplaces mécaniques et électriques et de trottinettes électriques, made in France. Unique acteur français du libre-service sans bornes, cette entreprise de 200 collaborateurs est aujourd’hui présente dans 23 villes françaises, 15 000 vélos et trottinettes, dont 2000 à Bordeaux. Sa marque de fabrique ? Une idée écoresponsable et un modèle de financement participatif chers à cette ancienne consultante. « Notre obsession, c’est la durabilité et la qualité. Les habitants peuvent acheter un vélo et le remettre sur la plateforme en échange d’une rémunération. Notre objectif est d’équiper toutes les villes françaises de plus de 50 000 habitants, dont Paris. Cela induit une grande complexité opérationnelle, c’est que nous intervenons sur l’ensemble de la chaîne de valeur, de la fabrication, à la gestion de la plateforme, et la logistique just-in-time, la réparation ou les entrepôts. » Un concept original qui a attiré de nouveaux investisseurs lors de la Série B de 2024, comme Aden Invest, La Poste, Blast Club. On est loin de la love money de la création…
Le conseil en stratégie, voie normale pour la « première de la classe »
Et pourtant, Clara Vaisse n’avait pas la vocation entrepreneuriale dans la peau. « J’étais un peu plus une première de la classe qu’une entrepreneuse, je suivais le chemin, et j’ai rencontré pas mal de gens qui faisaient du conseil en stratégie. » Cette double diplômée, ingénieure en génie industriel de Grenoble INP-UGA (2009), puis de l’ESSEC en 2011, après un premier stage chez Louis Vuitton « qui était top », entre ainsi chez Simon-Kucher à Londres, parce que « je voulais absolument habiter Londres ». Alors, la bonne élève postule « dans tous les cabinets ». « J’ai fait une dizaine d’entretiens par cabinet. Simon-Kucher me plaisait le plus, parce qu’ils sont très orientés croissance, chiffre d’affaires, à l’opposé de beaucoup d’autres qui vont faire des due diligence, du cost cutting ou de la réorg qui m’intéressaient moins. »
Un secteur dans lequel la jeune consultante se projetait plutôt à moyen terme sans pour autant faire de plans sur la comète en termes d’évolution pyramidale. « Je ne m’étais pas posé la question sur mon envie d’être directrice, partner ? Je n’avais pas réfléchi tellement à l’après. Ça me plaisait vraiment de faire beaucoup d’analyses, de voir beaucoup de secteurs, de raffiner mes compétences de présentation… » Chez Simon-Kucher, Clara Vaisse se spécialise très rapidement. « Tout de suite même, je ne sais pas si c’est comme cela encore aujourd’hui. J’étais exclusivement Télécom Média Digital, et ça m’a bien plu. C’est ce qui m’a donné l’idée de partir à San Francisco [en 2013, ndlr] dans un échange de 6 mois au sein du cabinet. J’ai notamment effectué une mission assez longue pour une start-up de Legal Tech spécialisée dans le dépôt des brevets. Ils avaient reçu un gros investissement majoritaire ; c’était le moment de reposer certaines. » La mission la plus marquante de ses 4 années de conseil en stratégie pour l’ancienne consultante. « J’ai vu à quel point, même quand on a affaire à une grosse start-up assez mature, on peut reprendre une page blanche et tout reposer. »
Le goût du risque
Clara Vaisse est promue manager en 2014, avant de décider en 2015 de suivre la voie familiale de l’entrepreneuriat.
Car Pony n’est en effet pas une première création d’entreprise pour cette fille d’entrepreneurs d’une « petite entreprise de nettoyage industriel de l’Est de la France ». Clara Vaisse s’est déjà lancé une première fois dans l’entrepreneuriat en Angleterre en 2015, à 25 ans, dans un produit alimentaire qui allait devenir tendance, très tendance même, la sève de bouleau. « J’habitais à l’époque San Francisco, et c’était la mode de l’eau de coco là-bas. Mais un ami qui avait lui-même une amie mannequin m’a conseillé de choisir l’eau de bouleau, avec 4 fois moins de sucre, pour les mêmes bénéfices. » Une entreprise, Sibberi Tree Water, qui a rapidement fait son bonhomme de chemin avec quelque 2000 points de vente en Angleterre dans de grandes enseignes en seulement 2 ans et demi d’existence. Et qu’elle a souhaité revendre rapidement. « Je me suis questionnée sur l’impact à long terme, et j’ai fait le constat que l’impact serait quoi qu’il en soit limité même en cas de grands succès. Et, en même temps, mon compagnon et moi-même réfléchissions déjà à Pony. » Un projet plus ambitieux, qui alliait valeurs écoresponsables et retour en France.
Avoir des parents entrepreneurs, est-ce que cela l’a aidée à se lancer ? « Il est vrai que ça démythifie complètement la peur du risque, de ne pas avoir de contrat, de ne pas être employée, de ne pas avoir tout ce cadre que fournit l’entreprise. Je ne me suis jamais dit que c’était important d’avoir cette sécurité-là. »
À la bonne école du conseil en stratégie
En quoi l’expérience en conseil en stratégie chez Simon-Kuchera a-t-elle été un plus en tant qu’entrepreneuse ? En premier lieu, les capacités analytiques, « le réflexe de prendre du temps pour faire des recherches, le réflexe de savoir où chercher, de ne pas avoir peur d’interviewer des gens, de leur demander ce qu’ils en pensent… » Deuxio, la constitution du business plan, car « on est tellement à l’aise sur Excel que c’est quelque chose qui ne fait pas peur. À ma grande surprise, j’ai rencontré des gens que je trouvais très brillants, qui n’avaient pas fait de conseil en stratégie, et qui se lançaient dans l’entrepreneuriat, et qui ont pu être très intimidés par cet exercice ». Ensuite, le plan d’action, qui « est carré, car on découpe tout en sous-tâches, en 4 ou 5 grandes initiatives, et on met tout cela dans une timeline, mais aussi les capacités de gestion de projet ». Enfin, last but not least, « des compétences qui font parfois rire les gens, les belles présentations commerciales avec de beaux slides, mais c’est très utile de pouvoir en sortir de qualité en quelques jours ».
Alors, les profils de consultants en strat’ sont-ils de bons profils pour la cheffe d’entreprise qu’elle est devenue ? Elle en a recruté quelques-uns, aux postes de directeur d’exploitation ou de chief of staff, même si, jusque-là, les besoins étaient ailleurs, du développeur au mécano… Mais Clara Vaisse ne s’en privera pas, c’est certain. « Il n’y a pas de doute, rien ne leur fait peur. Ils montrent le standard en termes de production de documentation écrite, de présentations lors des comités de direction. Et ensuite, ils sont au global très structurés et ont une volonté d’appliquer des méthodologies. Ça aide vraiment à tirer vers le haut sur certains sujets. Et c’est très confortable en tant que dirigeante. »
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