Développement durable : les prestataires de conseil se bousculent au portillon

 

Les 'pure players' historiques, les Big4, les cabinets de conseil en organisation comme Accenture, BearingPoint ou Capgemini, les bureaux de certification comme Veritas rivalisent de prestations de conseil en développement durable.

Un marché sur lequel les cabinets de conseil en stratégie se positionnent à leur tour. Revue des troupes.

 

Benjamin Polle
21 Fév. 2013 à 01:00
Développement durable : les prestataires de conseil se bousculent au portillon

 

Le conseil en développement durable : un marché de plus en plus prisé

Le développement durable est une priorité grandissante des entreprises, et dans son sillage la demande de conseil qui l'accompagne. Une banalité vingt ans après le forum de la terre à Rio ? Pas vraiment : 48% des entreprises, un chiffre qui ne cesse de croître, considèrent que l’environnement a d’ores et déjà fait évoluer leur modèle économique, informe une étude conjointe du MIT Sloan Management Review et, surprise, du Boston Consulting Group. Cette étude a été réalisée auprès de 4 000 dirigeants d’entreprise et rendue publique le 5 février.

"Les collectivités territoriales ont été précurseurs sur le sujet. Elles ont été les premières, en ligne avec les conclusions du Sommet de la Terre à Rio en 1992, à corréler leur stratégie territoriale au développement durable, notamment via les Agendas 21 locaux. Les entreprises ont été obligées de suivre", analyse, Dimitri Cournède, directeur adjoint d’Auxilia, un des nombreux cabinets de conseil en développement durable "pure players", comme ils se qualifient eux-mêmes.

Ces derniers ont vu le jour il y a une dizaine d’années. Ils proposent une seule offre de conseil en développement durable, avec chacune ses spécificités, et entendent bien se distinguer des nouveaux acteurs, très nombreux, qui lorgnent sur ce marché du conseil. En octobre 2011, ils ont même créé l’ADD, l’Association des professionnels du conseil sur le DD (développement durable) et la RSE (responsabilité sociale des entreprises). Leur objectif est "d’assurer la représentation des sociétés de conseil en DD et RSE auprès des acteurs économiques, institutionnels et académiques, nationaux et internationaux, à un moment où les questions de DD et de RSE font de plus en plus partie des enjeux des entreprises".

En France, le développement durable est un secteur économique normalisé, fort de 2% de PIB, de 450 000 emplois et d'environ 12 000 entreprises dont une immense majorité de PME – TPE, selon les chiffres du Commissariat général au développement durable de mai 2012.

"Plusieurs centaines de personnes" chez McKinsey

Le filon est très prisé. "Il y a les Big4 de l’audit principalement pour la vérification des rapports de développement durable (auxquels sont contraintes les entreprises de plus de 500 salariés depuis la loi Grenelle 2, NDLR) ; les cabinets de conseil en organisation, comme Accenture, BearingPoint ou Capgemini ; les bureaux de certification comme Veritas qui élargissent leur premier métier à des aspects de conseil ; et les cabinets de conseil en stratégie, qui font quelques publications sur le sujet et semblent y venir doucement", analyse Pierre Giraud, directeur associé chez Ethicity (racheté en janvier 2012 par l’un de ses concurrents, Greenflex), l’un des fondateurs de l’ADD.

McKinsey & Co, le plus renommé des stratèges, a ainsi étoffé son offre d’une huitième compétence fonctionnelle, le développement durable. "Plusieurs centaines de personnes s'y consacrent", dit l’un de ses porte-parole. De nombreux autres consultants en stratégie s’y sont mis.

"Le conseil en développement durable a émergé au sein de nos activités d’abord de manière incidente, au fur et à mesure des prestations dans nos différents secteurs d’intervention. Et il y a environ un an, nous avons décidé de catalyser ces interventions disséminées dans une structure transversale. Nous sommes persuadés que le développement durable implique une profonde transformation de l’entreprise et que nos outils d’analyse sectoriels s’y appliquent très bien. Parler développement durable dans le secteur des transports ou de l’industrie lourde, est totalement différent", argumente Michael Lierow, partner chez Oliver Wyman à Munich à la tête du Sustainability Center du cabinet créé voici un an. "Plusieurs dizaines de consultants y travaillent, des Européens et des Américains, soit à plein temps, soit à mi-temps en parallèle de leur practice de rattachement".

Tarif journalier moyen d'un consultant en développement durable : 1 000 euros

Aucun d'eux ne s'avance à estimer ce que les prestations de conseil en développement durable représentent dans le total de leur chiffre d'affaires. Ni même à corréler leur niveau d'activité dans ce domaine avec le rythme des négociations internationales sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. « Nous travaillons sur ces sujets depuis 2009 mais la pratique reste émergente et procède d’un long dialogue avec nos clients qui ont une sensibilité sur le sujet. Il est possible de leur proposer du conseil en développement durable, mais après d’autres prestations", admet cependant Benoît Gajdos, associé senior chez Kea & Partners en charge du développement durable et de la RSE.

"L'évolution du marché est difficile à quantifier. Ce qui est sûr c'est qu'il faut apporter de plus en plus de valeur ajoutée à nos clients pour faire la différence, notamment parce qu'ils ont déjà mis en place les bonnes pratiques du développement durable au sein de leur entreprise", analyse Catherine Ronge, présidente de Weave Air (anciennement O2 France).

Ce qui sur le papier est favorable aux cabinets de conseil en stratégie habitués à relier les problématiques les unes avec les autres. Mais attention aux divergences de définition qui existent sur un marché "extrêmement éclaté", dit Pierre Giraud.

Pour Catherine Ronge , "la notion même de développement durable est galvaudée. Le conseil en développement durable reste par principe un marché de niche et de spécialistes. Les gros cabinets ne savent pas improviser le bon langage sur ces sujets et n’ont pas les ressources humaines, les méthodes d’innovation et la créativité adaptées à une question qui est amenée à se diffuser à l’ensemble des organisations".

Et ce pourrait ne pas être le seul obstacle à franchir : le prix en sera un autre. Le tarif journalier moyen d’un consultant en développement durable est de 1 000 euros, loin des standards des prestations de conseil en stratégie.

Prestation_de_conseil_en_developpement_durable

Par Benjamin Polle pour Consultor, portail du conseil en stratégie-21/02/2013

 

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