La dirstrat d’une biotech au cœur d’une transaction record dans la médecine nucléaire
L’ancienne consultante Mathilde Marret est la directrice de la stratégie de l’un des leaders mondiaux du diagnostic en médecine nucléaire.
- Les Galeries Lafayette misent sur une ex-BCG pour piloter la stratégie du groupe
- Arthur D. Little recrute une senior advisor chez Ipsen
- Patrick Biecheler : du conseil en stratégie à la banque d’affaires
- Un expert santé pharma quitte le navire Bain
- « Dans le conseil, on côtoie des gens pas marrants. Je n’ai pas voulu ça pour Cepton » Jean Reboullet
- Pharma : les années conseil du nouveau DG de bioMérieux
- Sénat : les conseils de la « Big Pharma » passés au gril
- Pharma : la relocalisation, un coup com’ ?
Fondé en 2015, Curium, qui est piloté par le Belge Renaud Dehareng, vient de signer la plus grosse transaction de l’histoire de la médecine nucléaire – une opération à 7 milliards de dollars.
Alumni du conseil passée par Roland Berger et le BCG, Mathilde Marret, également membre du comex du groupe, s’est confiée à Consultor.
Cette valorisation record constitue « un vote de confiance dans la médecine nucléaire »
Le 20 novembre dernier, Curium a donc officialisé une transaction à 7 milliards de dollars. Un tournant structuré autour d’un « véhicule de continuation » piloté par CapVest, son actionnaire historique.
L’opération fait entrer des investisseurs de tout premier plan. « Il y a Goldman Sachs, les fonds ICG et CVC… Pour nous, c’est à la fois une continuité avec notre investisseur historique, que nous connaissons depuis 10 ans, et la chance de voir arriver d’autres gros investisseurs », explique-t-elle.
Au-delà de ce montant record, Mathilde Marret insiste sur le sens stratégique : « Très concrètement, c’est un vote de confiance dans le marché. Ces investisseurs croient à la fois dans la médecine nucléaire, conceptuellement, et dans la capacité de Curium à rester l’un des leaders du secteur. »
Curium l’est déjà, avec 14 millions de patients par an dans plus de 70 pays. La biotech a réalisé un chiffre d’affaires d’un milliard de dollars en 2024. Cette année, la biotech a complété l’acquisition de Monrol, avant d’acquérir Nucleis – deux opérations qui lui permettent d’augmenter sa capacité de production de lutétium -177, un isotope clé pour les futurs traitements radiopharmaceutiques, tout en densifiant son réseau européen de sites de fabrication et de distribution de radiotraceurs pour l’imagerie nucléaire.
Si, actuellement, 80 % du marché mondial de la médecine nucléaire relève encore du diagnostic, la bascule arrive. « Dans une dizaine d’années, on table sur un marché d’une valeur d’environ 35 milliards de dollars. C’est la modalité de l’oncologie qui croît le plus vite. »
Le virage thérapeutique : deux premiers traitements dès 2026
Depuis sa création, Curium a bâti son développement sur le diagnostic. L’enjeu des 5 années à venir sera d’accélérer la thérapie, premier big bang du secteur depuis 20 ans.
La transaction de novembre « nous donne de la visibilité sur à peu près 5 ans, pour mettre les derniers détails de nos deux produits de thérapie en marche et, surtout, continuer à développer les produits qui suivront ».
Le principal candidat ? Un radioligand thérapeutique pour le cancer de la prostate. Il s’agit d’un traitement de nouvelle génération qui associe une molécule ciblant directement les cellules tumorales et un radio-isotope chargé de les détruire de façon localisée.
« On a fini l’étude de phase 3. Il nous reste à analyser les résultats et à soumettre à la FDA l’année prochaine », explique Mathilde Marret. Le lancement aura d’abord lieu aux États-Unis, « le principal marché en oncologie », avant l’Europe et le Japon.
La technologie laisse entrevoir un potentiel immense. « Il y a une vraie conviction que la médecine nucléaire peut transformer la façon dont on traite les cancers. Mais il faut réussir le développement clinique : ce sont des processus de 10 ans, extrêmement complexes », souligne Mathilde Marret.
Du conseil en stratégie au comex d’une biotech en pointe
Avant d’être l’une des voix stratégiques de Curium, Mathilde Marret a passé près d’une décennie dans le conseil en strat, chez Roland Berger de 2011 à 2016, puis au BCG, de 2016 à 2021.
Pour cette diplômée de Sciences Po Lyon et de l’ENS Ulm en 2011, également titulaire d’un master en commerce international de HEC, ce choix initial visait « à se laisser le plus de portes ouvertes possible ». Elle n’avait pas alors « de vision de carrière très précise » et se disait « que le conseil [lui] permettrait d’explorer ».
De projet en projet, la consultante va se concentrer sur certains secteurs et/ou expertises. « Au BCG, devenue “principal”, je me suis spécialisée dans la pharma et le private equity. » Deux expertises qui s’imbriquent très précisément… chez Curium.
Et le conseil continue de structurer son quotidien. « Mon expérience de consultante me sert tous les jours, dans la capacité à résoudre des problèmes. Un problème complexe se découpe en plusieurs petits problèmes plus simples. Et c’est aussi vrai dans les RH, la finance ou les opérations qu’en stratégie. »
Pourquoi Curium ? Avec quelle feuille de route ?
Son arrivée chez Curium découle d’un alignement des planètes. « C’était au cœur de mes deux expertises. Et j’y ai rejoint un ancien de Roland Berger, Ciril Faia [l’actuel CEO Europe de Curium, ndlr], avec qui j’avais beaucoup travaillé. » Par ailleurs, Mathilde Marret avait travaillé « sur Curium au BCG, lors de la transaction précédente. Ce fut le projet le plus intéressant de toute ma vie de consultante ».
Aujourd’hui, elle pilote la stratégie et la communication du groupe, avec une équipe d’une quinzaine de personnes qui constitue « le vivier de talents pour les leaders de Curium 2032 ou 2035 ».
Sa mission principale : « Penser loin. » Mathilde Marret dit beaucoup réfléchir « à horizon 10 ans : quels sont les produits de l’avenir, quelles aires thérapeutiques, quels marchés ? Nous travaillons main dans la main avec Curium BioPharma pour définir les innovations à venir ».
Elle orchestre aussi l’exercice stratégique annuel qui fixe l’allocation du capital, les priorités d’innovation et l’ouverture de nouveaux marchés. Et, au comex, elle participe à la direction collective : « Comme les autres membres, je contribue à la prise de décision pour donner une direction à Curium. »
Un tuyau intéressant à partager ?
Vous avez une information dont le monde devrait entendre parler ? Une rumeur de fusion en cours ? Nous voulons savoir !
commentaires (1)
citer
signaler
pharmacie - santé
24/11/25Un collectif d’entreprises issues de l’agroalimentaire et de l’assurance santé, réuni à l’initiative de Kéa, s’apprête à lancer une application pour sensibiliser les consommateurs aux enjeux sanitaires de l’alimentation.
19/11/25Whit Bernard, ancien associate partner chez McKinsey, vient de revendre au géant américain la startup pharma qu’il a cofondée en 2022, Metsera.
17/11/25Après 13 années « intenses » chez Ipsen et un parcours construit sur quatre continents, Audrey Schweitzer va contribuer au développement des Life Sciences chez Arthur D. Little.
17/11/25Kiro, créée par Alexandre Guenoun, vient d’être sélectionnée pour la deuxième fois par le programme gouvernemental d’accompagnement des entreprises innovantes.
13/10/25Après plusieurs décennies à accompagner les acteurs publics de la santé – notamment –, François Farhi passe de l’autre côté du miroir.
10/10/25Houda Kamoun rejoint l’équipe strat de Publicis Sapient comme associate managing director.
26/09/25Quelques mois après avoir quitté PMP Strategy, Malo Talarmin et Ewenn Billant annoncent la reprise de SEBBENE Médical, spécialiste de la mise à disposition de solutions et d’équipements de diagnostic.
18/09/25L’acquisition du cabinet Norska – fondé en 2021 – est « l’une des briques » servant les objectifs de développement de CMI, confie l’associé Benoît Caussignac à Consultor.
05/09/25Sven Sommerlatte, actuellement DRH monde du groupe pharmaceutique Boehringer Ingelheim, va prendre la présidence de la filiale française à partir du 1er octobre 2025.