Fondée par deux consultants, Jimmy, la start-up du nucléaire, lève 80 M€
Passés par eleven, Antoine Guyot et Mathilde Grivet ont fait appel à Avencore pour leur dernière levée de fonds.
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Entrés chez eleven, diplômes en poche à la fin des années 2010, le duo avait en ligne de mire l’entrepreneuriat responsable. « Je suis parti d’eleven en novembre 2019 en souhaitant créer plutôt un projet dans le secteur de la finance écologique », confirme à Consultor Antoine Guyot. Arrive alors la pandémie de covid, l’arrêt des activités et du temps à revendre pour la réflexion. Eurêka ! « Au départ, durant le premier confinement, en creusant, c’était un peu une grande blague entre copain », s’amuse-t-il aujourd’hui.
L’idée fondatrice de Jimmy est partie d’un constat scientifiquement établi : l’industrie est le 3e plus gros émetteur de CO2 dans le monde avec 19 % des émissions de gaz à effet de serre et, notamment, la consommation de chaleur du secteur particulièrement polluante, puisque très majoritairement issue des énergies fossiles. « Un peu par hasard, je suis tombé sur cet état de fait et je me suis dit qu’il y avait quelque chose à cracker dans ce domaine », raconte ainsi Antoine Guyot.
Jimmy, « du pur conseil en stratégie »
Une piste prometteuse, du « bon sens », pour le cofondateur de Jimmy. « J’ai ainsi regardé de plus près la demande d’énergie en Europe et réalisé une évaluation des coûts de l’électricité et de la chaleur nécessaires. On voit que les coûts du mégawatt heure nucléaire sont peu chers, mais que les deux tiers de l’énergie produite pour l’occasion sont renvoyés dans l’air. Toute la question est : lorsque je casse l’uranium, je crée de la chaleur et je m’obstine à faire de l’électricité. Alors, pourquoi ne pas créer directement de la chaleur ? Quand on fait notre modèle Excel, c’est une analyse de base de consultant. Au final, Jimmy, c’est du pur conseil en stratégie dans la mesure où il n’y a aucune considération technique. »
Conclusion de ce case cracking inédit, la création de Jimmy quelques mois plus tard. Cette start-up conçoit et opère des générateurs thermiques utilisant un mini-réacteur nucléaire (à la place des brûleurs fossiles) se branchant sur les installations existantes afin de décarboner la chaleur industrielle.
Pour cela, l’ancienne collègue d’eleven, Mathilde Grivet, quitte définitivement eleven en 2021 pour s’impliquer à 100 % dans le projet jugé suffisamment prometteur. « Notre analyse de marché s’est révélée juste, validée par la réglementation dans une phase où le marché industriel est en train de réfléchir à trouver une alternative au gaz moins chère et décarbonée », atteste le CEO de Jimmy. Un coup de billard à trois bandes permettant ainsi à la fois la décarbonation de l’industrie, un gain de compétitivité et la souveraineté énergétique grâce à l’utilisation du nucléaire français. Les clients de Jimmy : les industriels utilisateurs de vapeur, à l’instar du secteur de la chimie, du papier ou de l’agroalimentaire…
Le CEO, Antoine Guyot, 32 ans (X promo 2013), a été consultant data scientist chez eleven entre 2018 et 2019, la cheffe du développement, Mathilde Grivet, 31 ans (HEC 2014), a elle aussi été consultante dans ce cabinet entre 2018 et 2021. Sur les quelque 80 collaborateurs de Jimmy aujourd’hui, deux autres anciens du secteur : la cheffe de projet industrialisation depuis 2023, Mathilde Lusseau (X Mines) a passé une année chez Avencore à sa sortie d’école, et le directeur de programme depuis un an, Jean Ramamonjisoa (Centrale Supélec) était au BCG entre 2022 et 2025.
Et le CEO en est certain, « c’est parce que l’on vient du conseil que l’entreprise a été validée par l’État et les investisseurs. Nous avons trouvé une innovation de marché et d’usage ».
Une 3e levée de fonds en 5 ans
Afin de développer son concept, la start-up a réalisé une première levée de fonds en 2021 de 2,2 millions d’euros (M€), une seconde fin 2022 de 17 M€, et vient de lever 80 M€. Cette 3e levée de fonds va permettre à Jimmy de construire son premier réacteur (graphite et gaz) près de Reims d’ici 2031, via un partenariat stratégique avec Onet Technologies, et d’atteindre le marché européen en développant des sites en France et en Finlande. « Nous vivons un changement d’échelle. Depuis 4 ans, il s’est agi de dessiner le bon objet avec les bons paramètres de puissance et de coûts, et définir les bons clients. Aujourd’hui, le but est d’aller dans la réalisation du premier réacteur avec la contractualisation des fournisseurs », détaille Antoine Guyot.
Ce financement de 80 millions d’euros, moitié public, moitié privé, a été officialisé par le Président de la République le 10 mars dernier, dans le cadre du plan France 2030, lors du sommet international du nucléaire à Paris. Jimmy fait partie des deux lauréats de la phase 2. Une levée de fonds menée par Crédit Mutuel Impact pour laquelle Ademe Investissement, Omnes Capital et Serena se sont notamment engagés, en plus de ses actionnaires historiques que sont Noria et Even, un investisseur et un groupe coopératif agroalimentaire engagés dans la transition énergétique durable.
Avencore appelé en amont du closing
C’est dans le cadre de cette récente levée de fond que le cabinet Avencore a réalisé une mission spécifique de due diligence dite technique ou industrielle. Pourquoi le choix de ce cabinet ? Le CEO de Jimmy explicite. « À la suite de notre première analyse, nous devions valider et avoir un second avis sur les coûts afin de rassurer les investisseurs. Nous avons testé et proposé plusieurs cabinets aux investisseurs. Avencore a un bon niveau de regard : la capacité à rentrer dans des éléments techniques, de juger notre avancement et leur méthodo nous a semblé pertinente. »
Cette mission de « due diligence technique » de quelques semaines menée en ce début d’année a été orchestrée par les associés d’Avencore Romain Grandjean et Fabrice Vigier. « Nous avons été mandatés pour porter un regard technique et industriel sur les hypothèses dimensionnantes du business plan. Pour un industriel comme Jimmy Energy, démontrer la maturité technique et la crédibilité industrielle de la solution est un enjeu central dans le cadre d’une levée de fonds – ce qu’une due diligence purement financière ne permet pas d’établir. Par ailleurs, au-delà du rapport d’évaluation destiné aux investisseurs, ce type de mission est aussi l’occasion de formuler des recommandations opérationnelles à l’industriel, qui peut donc lui aussi extraire de la valeur de l’intervention », expose Romain Grandjean.
Une due diligence technique, une mission classique pour le cabinet Avencore dédié au monde industriel, mais rarement publique. Les spécificités d’une telle mission selon Romain Grandjean ? « Ce qui distingue cet exercice des autres due diligences non financières – stratégiques notamment –, c’est qu’il ne s’agit pas de qualifier l’opportunité de marché, mais la capacité de l’entreprise à la saisir : ses choix techniques, ses partenariats industriels, sa capacité d’exécution. C’est un diagnostic de l’intérieur, fondé sur des éléments tangibles et vérifiables, pas sur des projections. »
Pour ce faire, le cabinet Avencore a mis en place une équipe resserrée, « dans le cadre d’une intervention courte et intense », comme le précise Romain Grandjean, uniquement de profils très seniors, « de plus de 8 années d’expérience sur ces sujets, des experts du nucléaire, de l’ingénierie système, de l’industrialisation ». Une mission qui potentiellement pourrait se poursuivre dans la phase opérationnelle.
Pour Jimmy, suite à cette levée de fonds, ce changement d’échelle va également passer par du recrutement, une cinquantaine de personnes sur 3 ans, notamment des consultants, afin « d’améliorer nos compétences dans le suivi des réalisations, mener à bien les contrats, avec une limite, celle que les consultants n’ont pas d’expérience terrain », pointe Antoine Guyot. Et deux enjeux de taille à moyen terme pour la start-up française selon le CEO : répondre favorablement aux critères des autorités de sûreté et passer à la phase exécution avec les fournisseurs externes.
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