Aéro-défense : la guerre des talents est déclarée
Depuis quelques mois, la « chasse » est ouverte sur les profils seniors du secteur ultra stratégique qu’est l’aéro-défense.
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- Vincent Desportes, data-IA et défense, un nouveau partner dans l’actu
- Acteurs de la défense : 2026, c’est quitte ou double
- Avencore renforce son partnership Défense
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Les voyants au vert pour 2026
En effet, l’activité du secteur connaît un essor significatif depuis le début du conflit en Ukraine, et qui s’est intensifiée depuis un an. Et ce, au gré des crises géopolitiques internationales exacerbées par les discours bellicistes de Donald Trump, acte II. Et, depuis quelques jours, avec les offensives militaires sur l’Iran. C’est ce que confirme Jean-Sébastien Gros, associé dédié de Mews Partners, qui compte à date 4 associés aéro-défense en France. « Le secteur aéronautique a mené un réajustement de ses investissements post-covid il y a 2 ans, mais nous avons compensé cet effet investissements post-covid il y a 2 ans, mais nous avons compensé cet effet. Depuis, la croissance est repartie, portée par les enjeux géopolitiques, et nous prévoyons une hausse de 20 % du marché ASD (c.-à-d. Aéro, sécurité, défense) pour les 2 ou 3 ans à venir. »
+50 % d’activité en Europe en 2025, c’est ce qu’affiche le cabinet Oliver Wyman. « En 2025, nous avons réalisé une croissance du CA à deux chiffres. En 2026, nous prévoyons des ratios identiques, plus portés par la défense », pointe l’associé aéro-défense Archag Touloumian. Même son de cloche chez Avencore, par la voix de Maxime Bremond. « Nous observons aujourd’hui une croissance soutenue à la fois dans la Défense et l’Aéronautique. Cette dynamique se traduit plus encore fortement sur la Défense. »
Pour Arnaud Bodji, le secteur tricéphale, aéro-spatial-défense, en croissance à 2 chiffres depuis 3 ans, devrait continuer sa lancée cette année.
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Produire plus, plus léger, plus vite, plus fort, moins cher. Tel est le leitmotiv martelé en ce début 2026 aux acteurs français de la défense, une année qui serait décisive. Le point avec des associés dédiés, Éric Ciampi et Archag Touloumian d’Oliver Wyman, et Vincent Desportes d’Avencore.
Objectif : crédibilité-légitimité des recrues
Face à l’explosion des besoins et à la montée en complexité des sujets, les cabinets renforcent leurs troupes pour aligner à la fois expertise, crédibilité et réseaux. Et en premier lieu, le haut de la pyramide. Depuis un an, on assiste à un véritable mercato des partners aéro-défense et des profils capés au sein des cabinets présents sur ce secteur-clef. Au tableau des recrutements, des ex-hauts fonctionnaires défense ou armées, des anciens dirigeants de programmes complexes (avions, missiles, spatial, cyber), ou encore des associés les plus capés capables de parler à la fois souveraineté, (cyber)sécurité, géopolitique et rentabilité. Des profils, non pas d’« experts défense », mais dotés d’une légitimité industrielle incontestable. Et qui ont de fait un accès direct aux décideurs : ministères, agences spatiales, industriels souverains.
Pour preuve, le BCG s’était notamment adjoint en début d’année dernière les services de Stéphane Israël, patron d’Arianespace depuis 2017 et ancien VP d’Airbus. Un expert qui ne sera finalement resté que 9 mois.
Autre prise de marque, chez Oliver Wyman également. Avec un consultant historique du secteur : Guillaume de Ranieri, des débuts dans l’aéro, chez le constructeur Socata, puis 25 années passées chez McKinsey. « L'arrivée de Guillaume vient parfaitement compléter notre équipe en France, nous couvrons maintenant tous les grands industriels Français de la défense, de l’aéronautique civil et du spatial, que nous accompagnons aussi bien des projets de stratégie et M&A que des projets de transformation opérationnel et digital », souligne Éric Ciampi. Ce dernier arrivé complète la team française et européenne, 6 associés en France, 15 en Europe. Ou encore, Bain qui a débauché au printemps dernier le partner du BCG, Ali Rekik, expert du secteur depuis une vingtaine d’années, chez Roland Berger entre 2000 et 2013.
Le cabinet Arthur D. Little a misé sur les doubles casquettes de consultants très expérimentés et d’experts industriels. Le bureau parisien a ainsi recruté un associé du cabinet spécialisé Archery, Grégoire de Belenet, fin connaisseur de l’industrie aéro-défense (Areva, Astrium, Technic Atome), et a promu en 2024 Matteo Ainardi, un ancien d’EADS et d’Eutelsat, comme managing partner pour la France et le Maroc. Un cabinet qui tend à renforcer son effectif « actuellement composé de 5 associés sur le secteur », annonce Arnaud Bodji. Un renfort nécessaire, car « 90 % des projets sont remportés via notre réseau, avec des relais locaux en Europe ».
Quant à Mews Partners, l’équipe d’associés dédiée, déjà copieuse, avec une dizaine actuellement, 3 de plus qu’il y a 2 ans, va consolider encore ses forces. « Cette année nous allons recruter deux nouveaux associés, dont un en Allemagne, et une vingtaine de nouveaux collaborateurs, dont une dizaine de profils expérimentés, du senior au manager », annonce Jean-Sébastien Gros.
L’arme des senior advisors
Autre levier de poids pour les cabinets pour répondre à un besoin accru de compétences nouvelles, les seniors advisors. Et c’est aussi sur ces profils que la « chasse » est particulièrement active, comme le pointe Éric Ciampi d’Oliver Wyman. « Nous en avons une trentaine en Europe, une demi-douzaine en France (i.e, notamment Vincent de Crayencour, Alexandre de Juniac, ou Jean-Christophe Alessandrini) avec des profils différents, des ex-membres de boards ou des compétences plus opérationnelles, qui nous apportent une crédibilité supplémentaire sur ces sujets. » Des profils sur lesquels s’appuie le cabinet ADL, une douzaine « est spécialisée aéro-défense », d’après Arnaud Bodji, et vise encore à se renforcer, car « c’est une force de crédibilité accrue ». Ou encore chez Avencore, comme le confirme Maxime Brémond. « En parallèle de nos équipes internes, nous pouvons faire appel selon les expertises nécessaires à des senior advisors externes. Nous avons un réseau d’anciens clients ou dirigeants industriels qui nous apportent régulièrement leur regard sur certains enjeux. »
Des cabinets sous pression pour retenir leurs pépites ?
Mais ces experts consultants ne se trouvent pas sous le sabot d’un cheval. La pression extérieure s’est-elle ainsi démultipliée sur ces profils seniors ? Pas plus, pas moins, d’après le partner du cabinet de conseil en stratégie Oliver Wyman, Éric Ciampi. Autre point de vue, celui de Jean-Sébastien Gros de Mews Partners. « Il y a régulièrement de la chasse extérieure chez nous, mais nous bénéficions d’une très bonne rétention. » Chez ADL, on reconnaît aussi que ce secteur en forte croissance, actuellement sous les feux des projecteurs, est devenu attractif, avec « une chasse aux talents active pour démarcher les experts en poste », comme le souligne Arnaud Bodji.
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commentaires (1)
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aéronautique - défense
13/02/26Néophyte dans l’exercice, Vincent Desportes, nouvel associé d’Avencore de 32 ans, se prête pourtant volontiers au jeu de l’interview. En posant cependant une réserve : « Je n’aime pas trop parler de moi. »
11/02/26Produire plus, plus léger, plus vite, plus fort, moins cher. Tel est le leitmotiv martelé en ce début 2026 aux acteurs français de la défense, une année qui serait décisive. Le point avec des associés dédiés, Éric Ciampi et Archag Touloumian d’Oliver Wyman, et Vincent Desportes d’Avencore.
19/01/26Vincent Desportes, 32 ans, spécialiste en data science et défense d’Avencore, intègre aujourd’hui le partnership.
05/01/26Après avoir passé près de 9 ans au sein du cabinet, Sébastien Verrot quitte le spécialiste du pricing et de la stratégie commerciale.
03/12/25Selon des bruits de couloir, l’ancien partner de « McK » – jusqu’en septembre 2024 – s’apprêterait à intégrer le bureau parisien d’Oliver Wyman. Le cabinet ne confirme pas à ce stade.
02/12/25Avec le projet Bromo – du nom d’un volcan indonésien –, Airbus, Thales et Leonardo s’engagent dans une opération plus que complexe. Plusieurs centaines de millions d’euros par an de synergies sont attendus dès 2030.
26/11/25Promu partner en décembre 2023, Pierre-Jean Beranger a quitté le cabinet fin octobre – pour rejoindre le fonds souverain qatari.
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08/10/25Chargée de piloter le programme de sous-marins nucléaires AUKUS, l’Australian Submarine Agency a confié au BCG une mission initialement estimée à 2,7 millions de dollars. Depuis, le budget a été multiplié par 4 !