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Acteurs de la défense : 2026, c’est quitte ou double

Produire plus, plus léger, plus vite, plus fort, moins cher. Tel est le leitmotiv martelé en ce début 2026 aux acteurs français de la défense, une année qui serait décisive. Le point avec des associés dédiés, Éric Ciampi et Archag Touloumian d’Oliver Wyman, et Vincent Desportes d’Avencore.

Barbara Merle
11 Fév. 2026 à 14:00
Acteurs de la défense : 2026, c’est quitte ou double
Frégate de Naval Group (© Naval Group)

Pour les 4500 PME/ETI et la dizaine de grands donneurs d’ordre de la BITD, la Base industrielle et technologique de défense, ce récent mot d’ordre d’intensification implique « un changement complet de paradigme », selon Vincent Desportes d’Avencore.

« Et la partie se joue maintenant : les industriels en ont pleinement conscience et ont déjà engagé le chemin de la transformation, pour réduire leurs cycles, produire davantage et gagner en compétitivité », affirme-t-il. Même sentiment d’urgence du côté d’Archag Touloumian d’Oliver Wyman. « Notre industrie fait énormément d’efforts pour augmenter ses capacités industrielles, mais ça prend du temps », prévient-il. La « bonne nouvelle », cependant, selon Éric Ciampi, tête de pont des opérations d’Oliver Wyman Paris, est que « tout le monde a un carnet de commandes bien rempli sur les prochaines années ».

Concrètement, c’est un véritable changement de cap aux yeux de Vincent Desportes, en passant « d’une économie de flux à une économie de stocks », en clair, « tourner la page des petites séries et des livraisons s’étalant sur des décennies, souvent décalées ». Et de faire un move radical de série « sur l’intégralité de notre production », d’après Éric Ciampi. Et ce, dans une industrie où la notion de prix était jusqu’alors taboue. 

Un monde en mutation qui oblige

Le contexte géopolitique a bien sûr profondément rebattu les cartes depuis 4 ans avec le début de la guerre en Ukraine. Depuis un an, les nouveaux périls aux quatre coins du monde ont convaincu le gouvernement français d’accélérer son effort de défense et d’ouvrir toujours plus les vannes financières. Un accompagnement financier a été annoncé en grande pompe lors des vœux du Président Macron aux Armées en ce début d’année, 3,5 milliards d’euros supplémentaires. Et ce, dans le but d’atteindre un budget de 64 milliards d’euros en 2027, soit 2 % du PIB, initialement prévu pour 2030. Pur effet d’annonce ? « Pour monter en puissance, il faut le budget qui va avec. Le coût social du réarmement doit être accepté par la sociétéalors que nous vivons une dure réalité économique et sociale dans notre pays », nuance un associé du secteur qui préfère rester anonyme.

Nous serions ainsi entrés dans une nouvelle ère, celle de la new defense, comme l’explicite le partner d’Avencore, « d’une économie de guerre décrétée politiquement à une nouvelle économie de défense imposée par l’instabilité du monde et la réalité des conflits ». Cette nouvelle économie de défense impliquerait une triple rupture, comme le détaille Vincent Desportes. Un, des objets « en faisant cohabiter des systèmes toujours très complexes et des objets plus simples à produire en masse, avec la nécessité de droniser les armes ». Deux, une rupture de la compétition, car « nous en avons fini avec les marchés captifs domestiques, les clients d’hier deviennent des concurrents d’aujourd’hui (Inde, Turquie…), mais aussi avec une émergence d’acteurs plus petits en France et en Europe, très agiles, capables de lever des capitaux et de vendre des produits de défense ». 

Trois, un dialogue plus direct s’instaurerait entre industriels et forces armées. « La multiplication des simulations grandeur nature impose aux industriels de prouver la performance plus tôt dans leur processus de développement, sur le terrain et non plus sur le papier, accélérant les essais en mer, sur terre et dans les airs. »

Un paquebot Défense difficile à manœuvrer

Le révélateur du manque d’agilité des acteurs français de la défense ? Une offre insuffisante de production, notamment en armes. Un paradoxe lorsque l’on sait que la France est le 2e pays exportateur mondial du secteur. En toile de fond, comme l’explicite Éric Ciampi d’Oliver Wyman, notre approche « d’orfèvrerie » en la matière. « Le défi pour les industriels de la défense est de passer d’une production quasi “artisanale” de quelques dizaines d’équipements par an à une production industrielle de plusieurs centaines d’équipements par an, en réduisant significativement les délais de production et en garantissant la qualité et la performance des produits reconnues à l’échelle internationale. » Archag Touloumian complète : « Ce d’autant plus que le leadtime est devenu un différenciant majeur dans la concurrence entre les acteurs internationaux sur les marchés export. »

Autre écueil des industriels de la défense qui auraient des cycles de développement de nouveaux produits trop lents, entre 5 et 7 ans, ne correspondant plus aux exigences du New Defense. « Ces cycles apparaissent désormais en total décalage avec les exigences du new defense. L’industriel se retrouve alors hors compétition, avec un risque élevé d’être dépassé sur le time-to-market, selon Vincent Desportes d’Avencore. Face à ce défi, une voie s’impose : ne plus repartir de la feuille blanche. Il faut passer du développement spécifique à une logique de catalogue, capitalisable et réutilisable. C’est un terrain de jeu formidable pour les consultants, car cela suppose de transformer en profondeur les processus et les mentalités chez les industriels. » Une production d’armes ralentie également à cause de « l’écart entre la communication gouvernementale sur des productions et les commandes fermes, “sonnantes et trébuchantes” », selon un associé qui souhaite rester discret.

Ce qui bloque également, d’après Éric Ciampi, une supply chain du secteur qui ne serait pas consolidée sur notre territoire. « Nous avons une multitude de petits acteurs qui n’ont pas tous les moyens d’investir en capex pour augmenter leurs capacités de production. Va ensuite se poser la question des compétences, notamment mécaniques et électriques, puis celle de la digitalisation des usines pour faire face au manque de personnels. »

Faire décoller le « module transfo »

Pour que pour les différents acteurs, clients des cabinets, puissent se transformer rapidement, les experts pointent plusieurs priorités, notamment structurer les filières de la supply chain, moderniser les capacités industrielles (industrie 4.0), investir dans les innovations de rupture (le quantique et l’IA), et garantir la souveraineté. « Tout cela est ancré auprès de nos clients français et européens, avec de beaux succès réalisés en 2025, et des capacités de production qui ont pu déjà être multipliées par 2, 4 voire 6. Ce n’est pas pour autant suffisant afin de subvenir à nos besoins futurs », analyse Éric Ciampi d’Oliver Wyman.

Selon ces experts du secteur aéro-défense, « l’avion » de la transformation devrait pourtant décoller. Pour preuve, selon Archag Touloumian, les nouveaux acteurs entrants dans la boucle avec « leur portefeuille produits plus focalisé, une approche agile et centrée sur les produits, et accompagnée d’une montée en puissance de production ». Pour exemple, Harmattan.AI, entreprise française qui conçoit et réalise des systèmes technologiques pour les applications de défense. « Ils ont levé 200 millions d’euros avec Dassault afin de passer leur production de drones à l’échelle et offrir une capacité non couverte pour le moment », appuie le partner d’Oliver Wyman, qui cite également Delair, spécialisée dans les drones, ou encore Exail, expert de la robotique autonome, des systèmes de navigation et des drones.

L’accélérateur de cette transformation ? Des nouveaux modes de collaboration à l’échelle européenne. Avec notamment le passage d’une logique sous-traitance à une logique de partenariat, comme l’illustre Vincent Desportes. « Par exemple, les filiales allemandes de MBDA et de Rheinmetall qui collaborent pour développer des systèmes d’armes laser anti-drones, notamment pour la défense navale. »

Avencore Oliver Wyman Archag Touloumian Éric Ciampi
Barbara Merle
11 Fév. 2026 à 14:00
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aéronautique - défense

Adeline
aéronautique - défense
BITD, industrie de défense, réarmement, Oliver Wyman, Avencore, transformation industrielle, budget défense, drones, souveraineté
15229
Avencore Oliver Wyman
Archag Touloumian Éric Ciampi
2026-02-11 13:59:20
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