Eleven ou le pari du Petit Poucet
Série « Nouvelle vie d’associés » 2/6. L’accès au rang d’associé fait vibrer ce secteur. C’est la consécration derrière laquelle courent ceux qui survivent à des parcours longs, résistent à la charge de travail, acceptent de renoncer à leur vie privée… Alors comment y sont-elles et sont-ils arrivé(e)s et comment se sentent-ils (elles) quand ils (elles) touchent au but et sont élu(e)s ? Leur vie professionnelle est-elle chamboulée du tout au tout ? Quelle sera la prochaine étape ? Nous avons posé toutes ces questions à plusieurs associé(e)s parisien(ne)s récemment élu(e)s dont nous publions les portraits dans le cadre d’une série.
Épisode numéro deux : Monté à bord chez Eleven par rejet des valeurs et du gigantisme des marques historiques, Maxime Caro vient d’être coopté associé.
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(dans l'épisode précédent : Xavier Landreau et Guillaume Teboul élus en juillet 2018 chez Exton)
Un parcours d’artisan technophile qu'il ne changerait plus à présent et qui lui a permis de devenir partner en un peu moins de dix ans — une durée légèrement plus courte que la moyenne du secteur en France.
Tout a commencé « par une histoire de bateau ». C’est en ces termes que Maxime Caro, aujourd’hui associé d’Eleven Strategy, raconte sa première rencontre avec les fondateurs du cabinet, « tous férus de voile », « dans le cadre du sponsoring du club de voile de l’École des mines de Paris ».
Une autre façon d’exercer le métier au quotidien
Peu après, fraichement diplômé (promotion 2007) et après un Volontariat international à l'étranger (VIE) chez Saint-Gobain aux États-Unis, le jeune ingénieur et aspirant consultant se laisse tenter par cette toute jeune structure, créée quelques mois plus tôt. « Je m’étais pas mal interrogé pour savoir si j’avais envie d’aller chez des grands noms du conseil. Finalement, je n’ai pas postulé dans ces cabinets parce que je ne me retrouvais pas dans les valeurs affichées. J’ai choisi de rejoindre des personnes dont je connaissais déjà les qualités humaines : la voile est un sport porteur de valeurs de confiance, de crédibilité, de respect et d’humilité. »
Dès sa création, Eleven s’est positionné sur les problématiques de stratégie relatives aux ruptures technologiques. Or, ce côté mécano du conseil plaît à Maxime Caro qui, dès son plus jeune âge, a toujours eu « une curiosité pour le “comment ça marche”, techniquement ». La culture de la donnée rapidement développée par Eleven lui convient bien, se souvient celui qui affiche aujourd’hui un double profil de consultant et de data scientist.
Par exemple, se remémore-t-il, « au début, nous avons beaucoup travaillé dans le secteur des infrastructures autoroutières et sur le futur de la concession automobile, en développant de nouvelles offres en France et à l’international ». C'est dans ces premières missions qu'une des offres phares d'Eleven trouve ses origines : le start-up studio ou l'incubateur délégué ont eu recours Total et d'autres grandes entreprises.
Promu associé le 1er janvier 2018, un peu moins de dix ans après son arrivée au sein du cabinet, Maxime Caro n’a plus grand-chose, aujourd’hui, du moussaillon monté à bord de cette « start-up du conseil en stratégie » dont l’activité enregistre une forte croissance — +30% par an aux dires du cabinet.
Désormais, le passionné de voile est à la fois membre à part entière de l’équipage et de l’équipe qui tient la barre. L’association n’a jamais été pour lui « un sujet de crispation » : « J’espérais pouvoir participer de façon un peu plus resserrée à la suite de l’aventure », compte-tenu notamment du « rythme de développement d’Eleven et du poids du private-equity, sur lequel j’interviens de façon intensive depuis plusieurs années ».
Une promotion qu’il avait vue venir et à laquelle, sans aucune préparation spécifique, il dit avoir été bien introduit grâce à la croissance des missions. « Nous avons eu un tel volume de missions en raison de la croissance du cabinet que cela a constitué un test en soi ». Pourquoi lui et pas les autres ? C’est la quantité des missions qu’il a menées qui a été, selon lui, un des critères décisifs dans le processus de cooptation : « La question de l’association se pose assez naturellement quand le volume des projets que vous gérez commence à peser dans l’équilibre du cabinet ».
Plus une minute à soi
Plusieurs mois après, le jeune associé a déjà une bonne idée de ce que sa cooptation a changé dans sa vie de consultant. Les relations avec les autres associés évoluent : « On est beaucoup plus directement associé aux prises de décision, notamment en ce qui concerne la gestion du cabinet ».
Côté clients, « l’affichage du titre a un impact important sur le plan commercial : c’est valorisant pour moi et c’est valorisant pour le client », lorsque ce dernier apprend que son interlocuteur a été coopté associé. En termes d’objectifs commerciaux, « tous les partners participent au développement commercial dans une logique plus collective qu’individuelle », précise-t-il. Quant à la prise de participations au capital du cabinet, « elle s’est faite davantage dans un schéma de start-up en croissance que selon les modalités traditionnelles ».
Si le passage au statut d’associé n’a pas, selon lui, d’impact sur la quantité de travail, il en a sur la nature de ce travail : « On a un nombre croissant de projets à gérer en parallèle et, mécaniquement, les journées sont faites de réunions avec les équipes, de réunions avec les clients... Il devient plus difficile d’avoir un moment pour soi, ne serait-ce que pour répondre à ses mails, et on n’a plus le temps d’être concrètement en production. C’est ce qui change le plus. On a beau le savoir, tant qu’on ne l’a pas véritablement vécu, cela reste assez théorique. »
Un agenda de plus en plus chargé qui peut l’éloigner du fond des missions. « Comme j’aime toujours autant rentrer dans les sujets et comprendre le sous-jacent, c’est parfois chronophage… » Tout jeune papa – « j’ai un fils depuis cinq mois », confie-t-il avec un sourire –, il continue de pratiquer des sports nautiques – « la voile, le kitesurf, l’aviron… le week-end et pendant les vacances » –, même s’il reconnaît disposer de moins de temps à y consacrer.
Mais « j’y arrive quand même, et il le faut, parce que le sport fait partie de mon équilibre ». Le sport, ou le besoin de prendre le large ? « Les deux. Quand je fais de l’aviron sur la Seine, je ne suis plus à Paris. » Bien sûr, il n’a pas échappé aux radars des chasseurs de têtes et aux propositions d’aller voir si l’herbe est plus verte ailleurs. Toutes déclinées par peur de ne pas retrouver le même esprit d'entreprendre et la même croissance. Sans doute le goût du grand large.
Miren Lartigue pour Consultor.fr
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