Le Big Data sonne-t-il le glas du consultant traditionnel ?

 

Le Big Data est sur toutes les lèvres. À en croire certains, il n'est pas seulement incontournable, il pourrait même bouleverser le business.

Les cabinets de conseil en stratégie se sont pour la plupart positionnés sur ce nouveau phénomène, apparemment réservé aux spécialistes, qui pourrait changer profondément le métier de consultant.

 

28 Avr. 2015 à 22:28
Le Big Data sonne-t-il le glas du consultant traditionnel ?

 

Les ordinateurs bientôt capables de réflexion stratégique

Deux hommes face à un écran géant. À l'aide d'un logiciel répondant à la voix, ils définissent des entreprises cibles pour une future acquisition. Dans cette mise en scène, présentée lors d'un TED Talk organisé par le BCG, aucun consultant en stratégie pour mener les débats. Le logiciel, Watson, joue le rôle de l'analyste. Il n'est pas un simple compilateur de données. Son développeur, IBM, assure que le programme est en mesure de faire différentes recommandations et de les justifier, arguments à la clef. Le logiciel est même capable d'apprendre, de s'améliorer. La machine permettra d'ici peu d'offrir des analyses détaillées à une vitesse telle qu'un être humain ne pourra jamais rivaliser. Le Big Data, la capacité d'agréger et d'analyser des milliers de données non structurées, s'apprête à changer la donne en matière de conseil en stratégie.

Le Big Data envahit tous les secteurs

En quelques années, les domaines d'intervention du Big Data se sont très largement étendus. Il ne s'agit plus seulement de mouliner des milliers de tickets de caisse pour adapter les prix. Le cabinet Eleven, très présent sur le marché, s'en est servi pour revoir les drivers de qualité d'un foie gras ou encore pour déterminer l'influence de la météo sur une économie. L'associé de McKinsey Matteo Pacca, responsable de la practice IT, constate un même élargissement du domaine d'intervention du Big Data : « Au départ, le champ d'exploitation privilégié était dans la distribution, le B to C et le pricing », précise Matteo Pacca. « Désormais, nous avons recours à ces méthodes dans bien d'autres domaines comme l'industrie énergétique, la finance, la santé ou encore les politiques publiques ». Le partner cite par exemple la possibilité de mettre en place des stress tests à l'échelle d'une économie nationale « Bien sûr, le nombre de données est important. Plus il y en a, plus la construction est intéressante ».

Le président d'Ekimetrics, Jean-Baptiste Bouzige, en est également convaincu, le Big Data sera bientôt incontournable : « La donnée permet d'enrichir les réponses à toutes les questions que se pose le top management ». Pour ce spécialiste du domaine, comprendre le Big Data, savoir l'utiliser « sera à l'avenir une expertise incontournable pour le top management d'une entreprise. Il évite toute décision au feeling ». Le marché a d'ores et déjà explosé. Fondée en 2006, Ekimetrics compte désormais 80 consultants et intervient dans 40 pays différents. Un succès qui aiguise l'appétit des acteurs traditionnels. « Tout le monde nous demande si nous sommes à vendre, s'amuse Jean-Baptiste Bouzige. Et la réponse est non ! » Le dirigeant ne ferme en revanche pas la porte à des partenariats pour des missions. Il sait que les acteurs du marché feront appel à lui. Notamment parce que selon lui, " nous sommes complémentaires des cabinets classiques. C'est un métier de niche, il est difficile pour eux de monter une équipe spécialisée".

Certains cabinets font appel à des spécialistes

McKinsey, très présent dans le domaine, a fait l'analyse inverse. D'après Matteo Pacca, partner au bureau parisien et responsable de la practice Business Technology, « cela fait une dizaine d'années que nous constituons des équipes dédiées aux advanced analytics, et nous avons considérablement accéléré depuis 2011 ». McKinsey a alors recruté des profils nouveaux, du statisticien au développeur informatique. Le réseau mondial compte aujourd'hui quelques centaines de spécialistes, coordonnés mondialement. Le partner précise que récemment, McKinsey est passé à une autre étape, celle des partenariats. « Nous avons constaté que nous avions besoin de quelques offres prépackagées. Nous ajoutons des briques ». Pour cela, McKinsey s'allie à des développeurs. En début d'année, le cabinet a annoncé un partenariat avec Satmap. Son logiciel permet d'optimiser l'organisation des centres d'appel. McKinsey y intégrera systématiquement les données de ses clients. Eleven, pour qui le Big Data est une part importante de son offre, fait également parfois appel à des partenaires. Le cabinet travaille notamment avec le laboratoire de Polytechnique ou celui de l'université de Lyon, mais c'est exceptionnel. Le cabinet préfère développer la compétence en interne.

Le consultant traditionnel n'est pas mort, mais il va devoir changer

Eleven a choisi de ne pas réserver le Big Data aux seuls ingénieurs et docteurs en mathématiques. Morand Studer, associé du cabinet, y tient, le spécialiste du Big Data doit être un consultant et intervenir à toutes les étapes de la mission : « Moins on découpe, plus on est efficace dans l'analyse des données ». Eleven forme donc la plupart de ses équipes à la discipline. « Lorsque l'on est dans le Big Data pur, les outils actuels ne sont pas très user friendly. Mais cela reste accessible à quelqu'un qui veut s'y mettre ». Morand Studer préfère d'ailleurs parler de data science : « Nous savons utiliser les outils, mais notre compétence, c'est plutôt de faire parler les données ». L'entreprise emploie naturellement des ingénieurs, mais d'autres profils font l'affaire. « Un HEC un peu matheux peut très bien s'y intéresser. » Mais pour le moment, les doubles profils sont des moutons à cinq pattes, d'après Morand Studer : « La perle rare est très difficile à trouver, donc nous formons en interne ». Les écoles ont d'ailleurs saisi l'importance du sujet. Un cours y est consacré au sein de la majeure finance de HEC depuis cette année. Polytechnique vient tout juste d'ouvrir une majeure dédiée au Big Data et à la data science. Morand Studer, qui intervient à HEC, assure que les étudiants sont de plus en plus intéressés par le sujet. À en croire le consultant, ils n'ont pas vraiment le choix. Pour Morand Studer, « comme avec Excel il y a trente ans, la data science va se développer et devenir incontournable ». Le consultant traditionnel a donc encore un avenir, à condition de savoir prendre le train du Big Data à temps.

Gillian Gobé pour Consultor

 

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commentaires (1)

Yann Gourvennec
30 Avr 2015 à 11:44
Oui bien sûr les consultants seront remplacés par des machines ... et il ne faudra pas oublier de les rebooter de temps en temps pour plus d'efficacité !

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