Conseil en stratégie : bilan 2025 et perspectives 2026
Repli de 1,5 % en 2025, croissance de 2 % anticipée par les acteurs du secteur pour cette année : le président de Syntec Conseil, David Mahé, analyse les principaux résultats de l’étude annuelle dédiée.
Réalisée auprès de trois typologies d’acteurs – dirigeants de cabinets de conseil, sociétés clientes et consultants « débutants » –, la 30e étude annuelle du syndicat représentatif des sociétés de conseil en France témoigne d’une reprise prudente, après deux années de ralentissement ayant succédé à l’euphorie post-Covid.
Un marché qui amorce un rebond
Au sein des métiers du conseil, le conseil « en stratégie et management », tel qu’il est déterminé dans l’étude, représente 77 % de l’activité. En 2025, il a donc enregistré une baisse de 1,5 %.
Pour David Mahé, l’année dernière a été marquée par une nette différence entre les deux semestres. « Nous avons eu une séquence plutôt laborieuse en 2025, avec un début d’année difficile et un second semestre un peu meilleur. Désormais, nous sommes plutôt sur une trajectoire de rebond. »
Sachant que le secteur avait vécu plusieurs années atypiques. « 2021, 2022 et 2023 avaient été des années de forte croissance [respectivement + 12 %, + 12,5 % et + 9 % en données consolidées, ndlr]. Là, nous sommes sur deux années plutôt “flat” », reconnaît le président de Syntec Conseil.
Les projections réalisées fin juin anticipent désormais une croissance de l’activité de 2 % en 2026, accompagnée d’une hausse équivalente des effectifs – dans un contexte économique jugé peu favorable.

Source : restitution de l’étude 2025-26 de Syntec Conseil
Comme le note David Mahé, « l’économie française reste atone et les décideurs manquent de visibilité. Les grands projets de transformation sont souvent mis en stand-by. Les entreprises privilégient davantage des projets de productivité, d’efficacité et d’optimisation ».
Les offres technologiques tirent la reprise
Comme moteurs de croissance, l’étude identifie notamment les missions liées à la transformation digitale et à l’IA/data ou à la cybersécurité, à la supply chain, la performance opérationnelle ou encore la réduction des coûts.
Ce que David Mahé confirme. « Les questions de cybersécurité, de supply chain et de sécurisation des activités sont au cœur des préoccupations de nombreuses entreprises. Elles cherchent à adapter leur organisation à des menaces plus importantes et plus multiformes qu’auparavant. »
Sans surprise, l’IA s’impose également comme un sujet majeur. L’étude montre d’ailleurs que les offres combinant conseil, expertise IA/data et capacités technologiques figurent parmi les plus dynamiques du marché.
Selon David Mahé, cette évolution renforce l’importance de la maîtrise technologique dans certaines missions. « Il y a des cas où un cabinet possédant une expertise technologique dispose d’une légitimité supplémentaire, parce qu’à un moment donné, il faut mettre en œuvre les recommandations et faire des choix technologiques. »
Les dynamiques sectorielles demeurent toutefois contrastées. La défense et l’aéronautique, le transport, la santé figurent parmi les secteurs les plus porteurs, quand les services financiers « reculent » tout en restant demandeurs.
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Mesurer l’impact du conseil : la relation client-consultant devient plus « partenariale »
Malgré les attentes en la matière, la mesure de l’impact demeure expérimentale dans le conseil en strat’. Il faut dire que, jusqu’à présent, les cabinets avaient une obligation de moyens plutôt que de résultats.
En 2025, seules 23 % des missions ont fait l’objet de ce type d’évaluation, une proportion qui devrait atteindre 25 % en 2026. Cette mesure repose encore principalement sur des indicateurs indirects : satisfaction client, Net Promoter Score (NPS), renouvellement des missions ou recommandations.
Et la pratique reste peu structurée. Selon l’étude, 80 % des sociétés interrogées ne disposent pas de méthodologie standardisée quand 76 % n’ont pas formé leurs équipes à cette démarche.
Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette situation, selon David Mahé. Tout d’abord, le succès d’une intervention dépend souvent de nombreux facteurs extérieurs à la mission de conseil. Les effets peuvent également n’apparaître qu’après plusieurs mois, voire plusieurs années. Enfin, il demeure difficile d’isoler précisément la contribution du cabinet parmi l’ensemble des acteurs impliqués.
Pour le président de Syntec Conseil, ce sujet est néanmoins appelé à prendre de l’importance, alors que la profession « n’a pas été habituée à mesurer son impact chez les clients. Les cabinets se sont souvent contentés de vérifier qu’ils étaient satisfaits ».
Quid du regard des clients sur ce sujet ? Beaucoup refusent de placer les cabinets en position « de juge et partie », considérant que l’évaluation finale doit leur revenir, tout en souhaitant que ce type de mesure ait lieu. Paradoxal.
Selon David Mahé, « le résultat appartient aux clients, effectivement. En revanche, cela n’empêche pas d’avoir une conversation avec eux sur notre contribution à cet impact. » Pour les cabinets de conseil, cela induit d’aller vers « davantage de partenariat et d’engagement, au-delà de la livraison ponctuelle d’un livrable ».
L’impact actuel de l’IA sur les attentes clients – et le recrutement
Les entreprises clientes interrogées font de l’utilisation de l’IA dans les cabinets un levier de négociation manifeste, et les conséquences se font sentir sur le recrutement. Si les cabinets anticipent une hausse de leurs effectifs en 2026 – 22 % de renouvellement contre 20 % en 2025 –, ils recherchent davantage de profils expérimentés, pour répondre à la demande « de séniorisation des équipes » : 41 % des recrutements devraient concerner ces profils, contre 37 % de juniors, et 22 % de profils intermédiaires. « Il y a clairement une inflexion, avec une pyramide qui va se muer en tonneau », confirme David Mahé.
Par ailleurs, en interne, les outils d’IA qui automatisent de nombreuses tâches chronophages ne réduisent pas la charge de travail. Car les clients attendent davantage d’analyses, de profondeur et de personnalisation des recommandations.
De ce fait, la vitesse à laquelle les jeunes consultants doivent être pleinement opérationnels est nettement accélérée, selon les cabinets de conseil ayant participé à l’étude.
Pour David Mahé, « la question la plus intéressante du moment » est désormais de savoir ce que les cabinets vont faire du temps dégagé grâce à l’IA. Souhaitent-ils « intensifier le travail des consultants, ou le valoriser en les mobilisant sur autre chose – comme l’innovation, la relation client, l’aide à la décision ou l’accompagnement des transformations » ?
Vers un nouveau modèle économique du conseil ?
L’étude met en évidence la réflexion en cours autour des modes de rémunération.
Actuellement, le forfait domine, à 56 % – contre 28 % pour la rémunération au temps passé. Et ce sont surtout les modèles hybrides qui progressent : 5 % de l’ensemble en 2023, 9 % l’an dernier. Quant au success fee, « qui peut participer à un alignement d’intérêt entre le client et le cabinet, il ne remplacera pas le forfait, estime David Mahé. Mais il peut venir renforcer la valorisation des missions grâce aux résultats obtenus sur le terrain. »

Source : restitution de l’étude 2025-26 de Syntec Conseil
L’étude identifie également l’émergence d’approches encore expérimentales, comme le Consulting-as-a-Service ou l’Outcome-as-a-Service. Avec un risque de « commoditisation » de la prestation intellectuelle à la clé ?
Pour David Mahé, le futur du conseil devrait voir « la valeur du métier se déplacer encore davantage vers l’aide à la décision, l’animation et la transformation, la mobilisation des dirigeants ».
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