Big data, révolution du conseil ou simple outil ?

 

Une récente recherche du Pew Research Center conduite aux États-Unis montre que 36 % des Américains sont « certains » que leur emploi existera toujours dans cinquante ans sous sa forme actuelle ; ce taux est à ajouter aux 44 % qui pensent que cela est « probable ».

Cette certitude, quand les avancées de l’intelligence artificielle montrent que la technologie gagne du terrain sur l’homme, peut nous amener à nous interroger de nouveau sur les futures implications que cela pourrait avoir pour le secteur du conseil en stratégie.

 

19 mai. 2016 à 17:28
Big data, révolution du conseil ou simple outil ?

 

Pour un consultant, le conseil serait sûrement un des derniers bastions du propre de l’homme

Activité requérant avant tout du « jus de cerveaux » et des relations humaines, il ne saurait être perturbé. Pourtant, le big data, ou l’art de déceler des corrélations dans d’énormes masses de données de toutes sortes, et un des sujets « chauds » de ces dernières années, pourrait bien chambouler le secteur. Depuis quelque temps maintenant, les cabinets de conseil en stratégie tentent de préempter le sujet en acquérant des entreprises spécialisées – comme McKinsey avec 4tree, ou EY avec BlueStone Consulting – ou en essayant de développer des capacités en interne.

Ces initiatives sont-elles révélatrices d’un changement profond qui s’annonce pour les consultants traditionnels, ou sont-elles simplement destinées à satisfaire une demande des clients en ajoutant une brique « big data » à l’offre de cabinets de conseil qui cherchent des relais de croissance ?

« Cela fait plusieurs années que le big data est un sujet pour nous et nos clients : nous conduisons entre autres des audits des données disponibles au sein de l’entreprise, exploitées ou non, et nous estimons le potentiel business que le client pourrait en tirer, tant au niveau croissance des revenus que réduction des coûts », explique Jérôme Colin, principal chez Roland Berger. L’industrialisation des outils big data est faite au sein de l’entreprise, mais le cabinet a des « employés en interne qui ont les compétences pour fournir des preuves de concept sur les potentiels d’utilisations des données que nous avons identifiés».

Pour Ambroise Huret et Morand Studer, partners au sein d’Eleven, cabinet de conseil en stratégie très positionné sur des sujets relatifs au numérique, ne fait pas du big data qui veut : « Un très grand cabinet de conseil peut acheter de la technologie, des outils ou même des équipes, mais pour être capable d’actionner correctement le levier big data, il faut l’utiliser au quotidien dans l’ensemble de l’organisation ».

Elias Baltassis, directeur big data et analytics au BCG et et co-fondateur d’Opera Solutions, un des leaders dans le secteur de l'analyse de données, explique que la révolution est en marche depuis plusieurs années au Boston Consulting Group : « Mon recrutement il y a trois ans prouve que le sujet est important pour le BCG ». Le cabinet a mis en place des équipes composées de data scientists, appelées équipes Gamma, qui prennent part aux missions aux côtés des consultants pour réaliser les analyses nécessaires.

L’objectif est de sensibiliser chaque consultant aux problématiques du big data, de manière à ce que chacun soit capable de reconnaître des cas d’utilisation potentiels et de réaliser des analyses de base : « nous avons installé des logiciels analytiques sur l’ordinateur de chaque consultant, et nous avons créé l’Analytics University, qui dispense des formations poussées en Big Data et Analytique. Pour l’instant seuls les consultants qui le demandent en font partie mais nous réfléchissons à le rendre obligatoire».

Eleven, lui, développe son offre autour du big data et de la révolution numérique et environ la moitié de ses consultants est capable de comprendre et d’utiliser les outils, ainsi que de suivre leur évolution. Cependant, il ne s’agirait pas de croire que le consultant féru de big data peut s’affranchir des contraintes du métier et simplement enfourner l’ensemble des données de l’entreprise dans un logiciel en attendant que celui-ci formule des recommandations.

Selon MM. Huret et Studer, « il faut s’affranchir du mythe du big data qui donnerait des réponses de manière autonome ! C’est un outil qui permet d’avancer plus rapidement, mais la compréhension du métier est la clef dès le début pour pouvoir orienter le système dans la bonne direction, en formulant des variables pertinentes à analyser. Elle est aussi extrêmement importante pour pouvoir identifier les corrélations qui seront non pertinentes. Par exemple, un logiciel d’analyse pourra trouver une corrélation entre la consommation de glaces et les noyades, et ce n’est qu’en creusant que vous pourrez trouver que la vraie cause du problème, c’est la chaleur ».

Les clients, eux, sont demandeurs

On peut y voir un effet de mode, mais également le signe d’une vraie montée en compétences de leurs équipes qui va obliger les consultants à se pencher, qu’ils le veuillent ou non, sur le sujet : « Il est fini le temps où vous pouviez épater des équipes de direction générale en utilisant des macros intelligentes sous Excel. Aujourd’hui les clients, dans le secteur financier par exemple, ont de vraies compétences et si vous utilisez les mauvais outils, vous créez un décalage par le bas », renchérissent les associés d’Eleven.

Ainsi, le big data ne remplacera pas l’expertise métier et le contact client, mais il deviendra sûrement un outil indispensable pour effectuer des exercices tels que des segmentations clients par exemple. En intégrant 4tree à sa solution « Periscope " (1), McKinsey peut ainsi proposer une solution utilisant le big data pour déterminer des opportunités de ventes croisées.

Néanmoins, si le big data ne va pas ubériser le conseil en stratégie de sitôt, les cabinets auront probablement intérêt à dépasser rapidement le stade de l’association avec des entreprises d’analyse de données et essayer de rendre leurs consultants plus data driven de manière à pouvoir utiliser à plein le potentiel analytique du big data. Ceux qui n’y arriveront pas risqueront de se voir ringardiser par des petites structures beaucoup plus agiles.

Mathieu Rollet pour Consultor.fr

 

(1) Periscope est une solution de McKinsey qui combine l’expérience du cabinet en matière de vente de détail et des compétences en informatique pour assister des clients sur des sujets d’optimisation des prix, des promotions et de la performance.

 

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Ambroise Huret Morand Studer
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