Atos : le PNF enquête sur les centaines de millions d’euros versés aux consultants
La justice élargit ses investigations à un abus de bien social concernant le recours massif à McKinsey, EY, Deloitte et PwC – alors qu’Atos était en pleine crise.
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Une enquête préliminaire visant Atos avait été initialement ouverte par le Parquet national financier pour corruption privée.
En toile de fond : des « versements massifs » d’honoraires, entre 2022 et 2024, à divers prestataires : conseil, audit, banques d’affaires et cabinets d’avocats.
Des honoraires de conseil au cœur de l’enquête
Selon un article du Monde daté du 1er avril, ces dépenses sont désormais examinées à l’aune de leur proportionnalité et de leur adéquation avec la situation du groupe, alors en pleine dégradation financière.
Maîtres William Bourdon et Lily Ravon, avocats de l’actionnaire minoritaire à l’origine des plaintes, Alix AM (l’une des holdings de l’homme d’affaires Hervé Vinciguerra), dénoncent « les conditions dans lesquelles des personnes (avocats, auditeurs, dirigeants) se sont enrichies très rapidement et massivement, alors que la société Atos rencontrait de très grandes difficultés financières ». Ils estiment que « la cupidité l’a emporté sur toute autre considération ».
McKinsey et EY, principaux bénéficiaires
Les données issues d’un fichier interne d’Atos partagé par un lanceur d’alerte – dont Consultor s’était fait l’écho – permettent de préciser la ventilation des dépenses côté conseil.
McKinsey aurait ainsi perçu 45 millions d’euros en 2022, 57 millions en 2023 et 14 millions en 2024. De son côté, EY aurait bénéficié de 119 millions d’euros en tout sur la période. Des montants qui font des deux cabinets les principaux bénéficiaires de cette manne.
Ces missions s’inscrivaient notamment dans le cadre du projet de scission du groupe, visant à séparer les activités historiques d’infogérance (Tech Foundations) des activités à plus forte valeur ajoutée (Eviden) – un projet finalement abandonné.
Plus largement, les prestations couvraient des domaines variés : « fusions-acquisitions, restructuration, contentieux, marketing et communication, finance… », selon ce document interne.
Atos, premier client de McKinsey en France de 2022 à 2023
Si le groupe informatique et ses équipes dirigeantes successives figurent de longue date parmi les plus gros acheteurs de conseil en France, Atos a même été le client numéro 1 des bureaux français de McKinsey durant l’une des deux années dans le viseur du PNF. Ceci à hauteur de 5 à 10 % des revenus du cabinet.
Et ce recours significatif à McKinsey ne s’est pas limité à la France : en Inde et en Israël, Atos a représenté de 1 à 5 % du chiffre d’affaires des bureaux locaux.
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À l’échelle hexagonale, cette omniprésence aurait suscité des crispations, jouant un rôle dans le départ de Rodolphe Belmer en septembre 2022, un peu plus de 6 mois après sa prise de fonctions à la tête d’Atos. Des missions de McKinsey, notamment, auraient alors été en cause.
La question de la proportionnalité des dépenses engagées
Au-delà des montants, c’est leur justification qui est désormais au cœur des investigations. En effet, la qualification d’abus de bien social pourrait être retenue dès lors que les sommes versées apparaissent « hors de proportion » par rapport aux pratiques de marché.
En cas de procès, la réalité, la quantité et la complexité des prestations effectivement réalisées seront aussi examinées.
Dans ce contexte, les propos des avocats d’Alix AM prennent une portée particulière. Ils évoquent une situation où « l’on s’est servi sur la bête cyniquement au risque d’aggraver, en connaissance de cause, la situation ».
Pour le groupe informatique néanmoins, moyennant « un plan d’économies drastiques », l’horizon semble se dégager un peu : désormais piloté par l’ex-McKinsey Philippe Salle, Atos a publié début mars des résultats encourageants – avant d’annoncer, le 31 mars, la cession à l’État français de ses activités de calcul de haute performance et de calcul quantique pour un montant pouvant atteindre 404 millions d’euros.
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