Sanofi : les ressorts stratégiques du renvoi de Paul Hudson
La décision inattendue du conseil d’administration du groupe pharmaceutique vient sanctionner la stratégie de l’ex-CEO et projette une image fragilisée du laboratoire.
Sanofi se trouve au milieu d’un interrègne imprévu, entre le renvoi de Paul Hudson le mois dernier et l’arrivée de sa remplaçante, Belén Garijo, le 26 avril. Deux partners spécialistes du secteur – Alban Neveux, CEO d’Advention et Clémence Cahuzac, partner chez Simon-Kucher – évoquent pour nous le contexte et l’origine de cette décision.
« Le cours en bourse de Sanofi n’a augmenté que de 1 % en 6 ans »
La soudaineté de l’annonce a surpris tout le monde, y compris les proches du secteur. « En général, explique Clémence Cahuzac, partner chez Simon-Kucher, pour les changements de CEO des big pharma, il y a quand même une période de transition plus longue, la décision est annoncée plus en amont. Et ce changement intervient dans un contexte où Sanofi n’a pas de mauvais résultats. » Pas très bons non plus, cependant, analyse Alban Neveux, CEO d’Advention : « Il est à ce poste depuis 2019, et en 6 ans, le cours en bourse de Sanofi n’a augmenté que de 1 %, pendant que toutes les valeurs dans la santé explosaient. »
La durée du mandat de Paul Hudson est diversement appréciée : « Les grands laboratoires ont plutôt des dirigeants en place depuis 10 ou 15 ans, estime Alban Neveux. Et Sanofi a une histoire récente de changements fréquents de dirigeants, qui donne une impression de fébrilité, d’instabilité, dans un univers qui a besoin de se projeter sur le temps long. » Pour Clémence Cahuzac (Simon-Kucher), « 6 ans est une durée moyenne pour un grand dirigeant d’un laboratoire pharmaceutique ».
« Sanofi a besoin d’enrichir son pipeline »
Les causes de son renvoi par le board de Sanofi, en tout cas, ne sont pas un secret : elles tiennent avant tout à la stratégie elle-même et à ses résultats. « Paul Hudson a voulu recentrer le groupe sur les activités les plus innovantes, rappelle Alban Neveux. Ce faisant, il a renforcé la dépendance de Sanofi à son médicament star, le Dupixent, qui traite une variété de pathologies. Il a fait un si bon travail commercial que le produit représente désormais plus du tiers du chiffre d’affaires. Or, la molécule va tomber dans le domaine public en 2031. » Il y a donc urgence, et le temps supplémentaire demandé par Paul Hudson pour juger du succès de sa stratégie ne lui a pas été accordé. « Sanofi a besoin d’enrichir son pipeline, d’avoir des relais de croissances pour les années futures », analyse quant à elle Clémence Cahuzac.
Dans son message de départ, Paul Hudson a maintenu ses positions : « Nous avons priorisé l’investissement dans notre recherche scientifique, et c’était la bonne décision à prendre. Bâtir un pipeline innovant et durable prend une décennie. […] L’innovation s’accompagne toujours d’incertitude. Ce n’est pas une faiblesse de notre modèle – c’est la nature même du progrès scientifique. »
« Un mandat de transition »
Comment interpréter le choix de la remplaçante, l’Espagnole Belén Garijo ? Pour Alban Neveux, « Paul Hudson était un profil plutôt commercial. Sa successeure est médecin, ce qui est un plus. Elle a travaillé pendant 15 ans chez Sanofi, ce qui lui donne une réelle connaissance de la maison. Certains contestent cependant sa réussite au sein de Merck », qu’elle a dirigé à partir de 2021.
« Il y a aussi le sujet de son âge, 65 ans », qui semble exclure un mandat de très long terme. Le CEO d’Advention croit savoir par ailleurs qu’« un ou deux profils étaient pressentis en interne, tout en étant jugés trop jeunes et encore insuffisamment expérimentés. L’hypothèse est donc que Belén Garijo serait là pour assurer l’intérim en attendant que ces profils mûrissent, ou qu’un autre candidat externe soit trouvé. » La thèse d’un « mandat de transition » serait donc à privilégier.
Qui pourrait être ce jeune profil envisagé par le board ? Le Figaro évoque le nom de Thomas Triomphe, vice-président exécutif chargé des vaccins, qui présente la particularité d’être le seul membre du comex à avoir un passé de consultant en stratégie – même s’il ne s’est agi que d’un passage de 6 mois chez McKinsey en 2004.
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Depuis 2008, le géant pharmaceutique a noué une relation prédominante avec le cabinet de conseil. Dont l’ampleur suscite parfois interrogations et irritations en interne. Des interventions de consultants que l’entreprise juge normales et nécessaires.
En fait de conseil en stratégie, le nom de Sanofi est davantage associé au BCG, compagnon de route du laboratoire depuis 2008. L’arrivée de Paul Hudson en 2019 s’était accompagnée d’un retour en force du cabinet après une éclipse de quelques années. L’ex-CEO de Sanofi s’entretenait longuement de l’avenir du secteur sur le site du MBB à l’automne 2023. Le BCG a par ailleurs accompagné Sanofi dans l’élaboration de son Accélérateur Digital, qui vise à la « transformation numérique de son réseau industriel mondial », notamment via l’IA. Ajoutons que jusqu’en mai 2025, le DG France du groupe était un alumni du BCG, Paul-François Cossa.
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pharmacie - santé
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