Les impôts australiens et marocains de McKinsey (eux aussi) dans le viseur

Après que le parlement français a jugé anormal le niveau des impôts payés par McKinsey, en Australie et au Maroc, la fiscalité du cabinet apparaît également très en deçà des taux moyens.

Consultor.fr
25 mai. 2022 à 05:00
Les impôts australiens et marocains de McKinsey (eux aussi) dans le viseur
Illustration Adobe Stock

Le Centre for International Corporate Tax Accountability and Research (CICTAR), un groupe australien de recherche sur la fiscalité des entreprises, s’est récemment ému du niveau d’impôt sur les sociétés acquitté par McKinsey en Australie.

Selon des chiffres du CICTAR rapportés par la presse australienne, sur les 850 millions de dollars de chiffre d’affaires atteint par le cabinet sur deux exercices fiscaux, 2019-2020 et 2020-2021, le cabinet n’aurait réglé un impôt sur les sociétés que de 1 million de dollars australiens.

En cause : les charges portées dans les comptes du cabinet au titre des services facturés par des entités internationales qui lui sont rattachées ont, elles, atteint 134 millions de dollars en 2019 puis 91 millions de dollars en 2020.

« Des transactions discutables vers des tierces parties à l’international permettent de soustraire aux obligations fiscales australiennes qui, ironiquement, paient les contrats que McKinsey continue à remporter », déclare le CICTAR.

Ce n’est pas la première fois que McKinsey est mis en cause sur ce sujet.

à lire aussi

31/08/16
philippines_map

 

La cour d’appel (Court of Tax Appeals) des Philippines a offert une belle victoire à McKinsey. Le cabinet se voit rembourser pour plus d’un million d’euros (57 millions de pesos philippins) au titre des années 2011 et 2012. C’est plus de la moitié des 97 millions de pesos initialement payés.

 

 

Au Maroc, un mois plus tôt, les médias marocains mettaient en avant les pratiques d’optimisation similaires du cabinet en ce qui concerne ses activités marocaines et africaines (le Maroc fait office de hub subsaharien). Sur les 287 millions de dirhams (environ 26 millions d’euros) de chiffre d’affaires de McKinsey au Maroc et en Afrique subsaharienne, le cabinet réglait cette année, sur un résultat négatif de 33 millions de dirhams, un impôt de 565 209 dirhams (soit environ 52 000 euros).

Et d’année en année, la logique est la même : des résultats imposables continuellement négatifs et ce alors que le cabinet établi au Maroc depuis 2004 a vu ses effectifs passer de 66 à 111 consultants entre 2016 et 2020, pour 8 partners.

En cause comme en Australie : des rémunérations de consultants venus de l’international en assistance du bureau marocain ainsi que des charges d’expertise qui sont refacturées au bureau et diminuent de manière significative son résultat.

Ce même mécanisme est mis en cause par le Sénat français au sujet de McKinsey dans son rapport sur l’influence des cabinets de conseil privés sur les politiques publiques, rendu public le 17 mars 2022.

Les sénateurs regrettaient alors que le cabinet ait systématiquement présenté des résultats fiscaux négatifs par le mécanisme des prix de transfert – qui permet à une maison mère de refacturer à ses filiales des frais qui lui permettent d’arriver à un résultat négatif (relire notre article).  

Une pratique dont s’est saisie la justice française : le parquet national financier (PNF) français indiquait le 6 avril avoir ouvert une enquête préliminaire du chef de blanchiment aggravé de fraude fiscale.

Australie, Maroc, France… mais aussi en Norvège, en 2015.

0
tuyau

Un tuyau intéressant à partager ?

Vous avez une information dont le monde devrait entendre parler ? Une rumeur de fusion en cours ? Nous voulons savoir !

écrivez en direct à la rédaction !

commentaire (0)

Soyez le premier à réagir à cette information

1024 caractère(s) restant(s).

signaler le commentaire

1024 caractère(s) restant(s).

Monde

  • L’ambition nord-américaine de PMP
    27/09/22

     « PMP Strategy accélère sa croissance en Amérique du Nord avec un nouveau bureau à Toronto », vient d’annoncer le cabinet. 

  • Big Four + conseil = je t’aime, moi non plus (le retour)
    22/09/22

    Après qu’EY a annoncé son plan de scission de ses activités d’audit et de conseil, le modèle pluridisciplinaire des géants de l’audit est remis en question. Dans l’immédiat, le marché se prépare à l’arrivée d’un nouveau concurrent.

  • Au Canada, EY Parthenon met la main sur une boutique spécialiste de l’ESG
    16/09/22

    La marque de conseil en stratégie d’EY intègre AFARA, une boutique d’une quinzaine de consultants répartis entre Toronto et Calgary.

  • EY : la scission du conseil et de l’audit entre dans le vif du sujet
    15/09/22

    Quelques jours après l’officialisation à l’échelle mondiale d’un plan de scission des activités d’audit et de conseil, les quelque 350 partners français doivent à présent s’accorder sur les détails de la séparation et ses impacts sur les activités de conseil et de conseil en stratégie : ce qui ne sera pas une mince affaire.

  • Oliver Wyman : un T2 à près de 700 millions de dollars
    15/09/22

    695 millions de dollars. Tel est le niveau d’activité enregistré par Oliver Wyman dans le monde au T2 2022 a fait savoir le cabinet dans les résultats trimestriels publiés par sa maison-mère Marsh McLennan.

  • Guerre des talents : aux US, les MBB sortent le chéquier
    31/08/22

    Dans un marché des talents ultraconcurrentiel, et malgré le retournement de la conjoncture macro-économique, McKinsey, le Boston Consulting Group et Bain (MBB) mettent en œuvre de colossales augmentations de salaire aux États-Unis pour attirer les meilleurs talents.

  • Enquête : ce que 114 000 documents internes disent du « McKinsey way »
    30/08/22

    McKinsey s’était engagé à publier tous les documents internes en lien avec ses missions de conseil réalisées durant quinze ans sur les médicaments antidouleurs (opioïdes) qui ont causé 500 000 morts par overdose en vingt ans aux États-Unis. 114 921 documents internes ont été mis en ligne le 30 juin 2022. Ils dévoilent l’envers du business du scandale sanitaire.

  • La Commission européenne fait son examen de conseil
    16/08/22

    Quelques mois après que le Sénat français a dénoncé l’influence des cabinets de conseil privés sur les politiques publiques hexagonales, la Cour des comptes de l’Union européenne (ECA) a rendu un rapport pointant les dépenses galopantes de consulting de la Commission européenne – dont celles de conseil en stratégie. François-Roger Cazala, représentant français de l’ECA et rapporteur de ce document, nous en explique les enjeux.

  • Roland Berger de nouveau dans la course aux acquisitions ?
    11/08/22

    Le cabinet vient de racheter Polarixpartner, une société de conseil spécialisée dans la réduction des coûts dans l’industrie. Une première acquisition depuis trois ans.

Monde
mckinsey, senat, australie, maroc
10640
McKinsey
2022-05-24 12:55:26
0
Non