Bis repetita pour Deloitte avec un nouveau rapport comportant des références inventées par l'IA
Après l'Australie, le Canada : un nouveau rapport de Deloitte, destiné à une agence gouvernementale, pose problème.
En août dernier, une affaire similaire, reprise par les médias internationaux, avait éclaté en Australie.
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Que dit « l’affaire Deloitte » des usages et risques pris par les cabinets de conseil en matière d’IA ? En Australie, le cabinet a été contraint de rembourser une partie de ses honoraires.
Le nouveau rapport concerne les ressources humaines en santé
Ce document, rédigé par Deloitte pour le ministère de la Santé de la province de Terre-Neuve-et-Labrador, a été dévoilé au printemps. Il contient plusieurs références inexistantes – parfois manifestement générées par une intelligence artificielle. Sachant que le montant de la facture atteignait près de 1,6 million de dollars.
Le rapport de 526 pages établit la feuille de route du gouvernement pour répondre à la pénurie chronique d’infirmières et de médecins dans la province. Mais des chercheurs cités dans le rapport, interrogés par le média canadien The Independent, affirment que certaines des études utilisées pour étayer des recommandations stratégiques… n’existent pas. Une professeure émérite de l’Université du Nord de la Colombie-Britannique qualifie ainsi l’une des citations de « fausse, potentiellement générée par une IA ».
En réalité, le Canada, et Deloitte, n’en sont pas à leur premier cas « local ». En septembre, un rapport sur l’éducation – d’un montant de 755 000 dollars – avait été retiré du site gouvernemental de Terre-Neuve-et-Labrador après la découverte d’au moins « 15 sources fabriquées ». Il devrait être remis en ligne une fois les erreurs corrigées.
Le détail des nouvelles références falsifiées
Une analyse coût-efficacité attribuée à des chercheuses canadiennes n’a, par exemple, jamais existé : leurs travaux ne comportaient pas de volet financier, ont-elles souligné. Un article prétendument consacré aux « stratégies locales de recrutement » du personnel de santé ? Là encore, les auteurs cités n’en ont jamais entendu parler. Selon la chercheuse Gail Tomblin Murphy, également faussement associée au document, « il semblerait que, pour ce genre de travail, le recours à l’IA se fasse de façon intensive ».
Plus troublant : un lien hypertexte intégré au rapport renvoie bien vers le Journal canadien de thérapie respiratoire, mais pas vers l’article cité. Celui-ci n’existe dans aucune base universitaire selon The Independent.
Ce cocktail rappelle fortement une autre affaire, cette fois en Australie. Là-bas, Deloitte avait été contraint de rembourser une partie de ses honoraires après avoir livré un rapport contenant une citation juridique inventée et des références académiques fictives. Les cabinets concurrents avaient immédiatement rappelé l’importance de contrôles humains systématiques, tandis que le gouvernement australien imposait de nouvelles obligations de transparence sur l’usage de l’IA.
L’IA, un risque systémique pour les politiques publiques ?
À Terre-Neuve-et-Labrador, ces révélations provoquent une onde de choc politique. Le chef d’un parti d’opposition se dit « écœuré », dénonçant une mise en péril de la confiance dans les orientations gouvernementales.
Le contraste est saisissant entre le manque de rigueur visiblement en cause et le discours de Deloitte Canada, qui se présente comme un champion de l’IA « sécuritaire, éthique et efficace ». Dans le rapport sur la santé, le cabinet recommande d’ailleurs d’utiliser l’IA générative pour « soutenir la prise de décision clinique et éclairer l’élaboration de plans de traitement personnalisés ».
L’IA générative ne remplace pas l’expertise
C’est ce que martelaient récemment plusieurs associés de cabinets de conseil en stratégie interrogés par Consultor – après le scandale australien.
Quand l’exactitude des données est la matière première d’un cabinet, l’erreur n’est pas seulement coûteuse : elle est potentiellement dévastatrice pour la réputation de tout un secteur.
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