Corruption : McKinsey joue cartes sur table

 

Quatre ans après avoir été mis en cause en Afrique du Sud pour avoir bénéficié de contrats publics via des intermédiaires locaux soupçonnés de corruption, McKinsey continue de collaborer avec l’État d’Afrique du Sud qui lui demande des comptes et poursuit une opération de transparence de grande ampleur.

Maj le 01/06/2021 : le 26 mai 2021 McKinsey annonce qu'il accepte d'augmenter le remboursement d'honoraires de 43 à 63 millions de dollars.

 

21 Déc. 2020 à 05:00
Corruption : McKinsey joue cartes sur table

 

Dans une série de communications détaillées rendues publiques sur le site sud-africain de la firme le 9 décembre, la veille du témoignage de trois seniors partners de la firme devant la commission nationale sud-africaine, qui, depuis deux ans, a entendu des dizaines de ministres ou ex-ministres, élus, hommes d’affaires ou hauts fonctionnaires qui témoignent des pratiques de corruption sous la présidence de Jacob Zuma, McKinsey a indiqué son souhait de rendre 650 millions de rands (environ 43 millions de dollars) d’honoraires pour des missions conduites chez Transnet, société publique de logistique, et la compagnie aérienne nationale, South African Airways.

Raison de cette décision : il s’agit de contrats obtenus via des partenaires locaux – Letsema, Regiments et Trillian – dont certains sont accusés en Afrique du Sud d’avoir indûment bénéficié de contrats publics, par l’intermédiaire des Gupta, une puissante famille indienne réputée très proche de l’ancien chef de l’État Jacob Zuma.

Par cette décision, McKinsey réitère celle prise en 2018 qui l’avait amené à restituer environ 70 millions de dollars d’honoraires pour une mission conduite pour le groupe énergétique sud-africain Eskom, via l’intermédiaire local incriminé Trillian.

Dans une déclaration de vingt pages, diffusée par McKinsey, Jean-Christophe Mieszala, l’ancien directeur général de McKinsey pour la France, qui avait rejoint le comité opérationnel mondial pour occuper des fonctions de chief risk officer justement créées en réponse au scandale sud-africain, est notamment revenu sur l’ampleur des investigations conduites en interne depuis le déclenchement du scandale.

Il a ainsi rappelé que McKinsey a mandaté deux sociétés d’avocats – Norton Rose Fulbright et Morrison & Foerster – pour conduire une enquête interne. Que quelque neuf millions de documents et un million d’e-mails internes ont été passés en revue. Que 115 actuels et anciens collaborateurs de McKinsey ont été entendus – dont certains ont été sanctionnés. Qu’une troisième entreprise spécialisée dans les enquêtes techniques et scientifiques, dont le nom n’est pas rendu public, a été également mandatée par la firme pour passer en revue les historiques téléphoniques ou les historiques de dépenses de la firme. Enquête dont Jean-Christophe Mieszala a indiqué à la commission d’enquête sud-africaine qu’elle ne montre aucun comportement corrupteur de la part de McKinsey.

Jean-Christophe Mieszala a, toujours dans cette communication, précisé les mesures correctives apportées par la firme du point de vue de la sécurité, en Afrique du Sud et dans le reste du monde. Elles incluent : une sélection de partenaires locaux drastique en Afrique du Sud, la création d’un comité risques régional…

Les règles de compliance mondiales ont été renforcées dans le secteur public (relire notre article sur le développement de McKinsey dans le secteur public) dans la manière de valider de nouveaux clients.

Chaque partner, où qu’il se trouve, doit désormais obtenir l’accord de ses pairs pour servir un client qui n’a plus été adressé depuis deux ans et toute collaboration avec une organisation publique ou une entreprise détenue par des autorités publiques doit désormais faire l’objet d’un enregistrement auprès de la fonction des risques. Des recrutements d’équipes internes spécialisées dans la lutte contre la corruption sont intervenus. Une hot-line interne a été ouverte pour toute personne qui souhaiterait donner l’alerte sur des pratiques corruptrices dont elle serait témoin.

Ces nouvelles mesures s’ajoutent aux précédentes décisions annoncées par la firme en Afrique du Sud, en plus du remboursement des honoraires à Eskom. Vikas Sagar, l’ancien senior partner du bureau de Johannesburg, a définitivement quitté ses fonctions chez McKinseyIl avait débuté un congé sabbatique en juillet.

Fraîchement nommé au cours de l'été 2018, le nouveau managing partner mondial de McKinsey, Kevin Sneader avait présenté des excuses publiques dans ce dossier et annoncé le remplacement du directeur de la division africaine.

 

Crédit : Représentation du drapeau de l’Afrique du Sud Adobe Stock

 

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