Consultants en stratégie et philanthropie peuvent-ils faire bon ménage ?
Le métier de consultant n’est pas le même selon que l’on conseille une entreprise, dont le but est de faire du profit, une ONG ou une structure philanthropique, qui cherchent plutôt l’impact dans des grands enjeux sociétaux comme la justice, la santé, l’éducation ou encore l’environnement.
Il peut cependant parfois arriver que les frontières entre ces deux mondes paraissent se confondre. Dans une chronique du Washington Post, le professeur de politique internationale à la Fletcher School of Law and Diplomacy de l’université Tufts, Daniel W. Drezner, se penche sur le cas des Open Society Foundations (OSF), qui ont annoncé au printemps 2021 vouloir changer de stratégie.
Finies les subventions à diverses causes, l’organisme à but non lucratif du milliardaire américain George Soros veut désormais se concentrer sur la lutte contre l’autoritarisme et les attaques à la démocratie. Ce qui implique la suppression de plusieurs programmes et l’absorption de certains par d’autres, plus globaux.
Cette décision a soulevé de nombreuses questions, notamment concernant le rôle joué par Bridgespan, le cabinet de conseil non-profit fondé par des anciens de Bain et sollicité par OSF dans le cadre de sa réorganisation.
Le changement de stratégie d’OSF serait-il réellement motivé par une volonté interne de mieux cibler un domaine d’action ? Ou est-il le résultat des recommandations du cabinet pour aller vers davantage de rationalisation ?
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Aujourd’hui, certaines fortunes choisissent de demander conseil à un tiers pour distribuer leurs dons à différentes causes. Et pour se faire, le cabinet à but non lucratif Bridgespan, fondé par des anciens de Bain, est devenu LA référence.
Pour le personnel d’OSF, peu de doutes. Ces derniers ne gardent pas un bon souvenir de la mission Bridgespan décrivant au New York Times « une rationalisation de type entreprise recommandée par Bridgespan ».
Des comparaisons avec les fondations Gates et Ford, également accompagnées par Bridgespan, auraient notamment été faites, soulignant des frais généraux plus élevés et des montants de subventions plus faibles chez OSF que chez ces deux autres structures.
Des comparaisons qui interrogent le professeur de politique internationale Daniel W. Drezner : « Cela pourrait avoir du sens dans un secteur à but lucratif où l’objectif est de faire plus de profits », explique-t-il, mais quid « face à des défis comme le recul de la démocratie et la montée de l’antilibéralisme ? »
Michaël Ciccarone, manager au bureau de New York de Bridgespan (relire notre article), expliquait en 2020 à Consultor que la question est bien de savoir quel est l'objectif principal.
Le consultant d’un cabinet qui accompagne une organisation à but non lucratif doit adopter une méthodologie adaptée à la particularité de son client. Sa mission n’est pas de faire plus d’argent mais « d’avoir un impact et de mettre en œuvre une stratégie pour augmenter cet impact », assurait-il.
Confondre la recherche d’impact et la recherche d’efficacité et de rentabilité : c'est là que réside le danger. Et c’est ce danger que pointe Daniel W. Drezner dans le Washington Post : le recentrage des interventions d’OSF pourrait en réalité aboutir à une efficacité moindre dans l’atteinte de l’objectif principal, qui reste « la construction de démocraties dynamiques et inclusives dont les gouvernements sont responsables devant leurs citoyens ».
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