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Aux États-Unis, dans le scandale des fabricants d'opioïdes, ces antalgiques accusés d'avoir rendu des centaines de milliers d'Américains dépendants à la drogue et auxquels 450 000 décès sont attribués depuis 1999, on connaissait depuis début 2019 le rôle de McKinsey  auprès d'un de ces fabricants, Purdue Pharma, le labo détenu par la richissime famille Sackler (relire notre article) qui produit l'un des médicaments mis en cause, l'OxyContin. McKinsey aurait conseillé le laboratoire sur la manière de fortement augmenter ses ventes d'opioïdes, dans un contexte où les mesures de santé publique visant à en réduire la consommation de ces opioïdes se démultipliaient.

Fin novembre 2020, le rôle du cabinet auprès de Purdue Pharma et la nature de ses recommandations se sont considérablement précisés dans des documents légaux déposés devant un tribunal de commerce fédéral de New York et rendus publics fin novembre, et dont le New York Times fait état vendredi 27 novembre. 

Dans ces 160 pages de mails et de slides (les consulter dans le détail pour avoir un aperçu concret des échanges entre le management d'un grand groupe pharma et McKinsey, et entre les associés de McKinsey en interne), il ressort par exemple que dans une présentation de 2017 McKinsey proposait notamment d'accorder des ristournes aux distributeurs d'OxyContin (par exemple les chaînes pharmaceutiques CVS) pour tous les cas d'overdoses qui adviendraient du fait de pilules qui seraient vendues dans leurs magasins.

Chiffre à l'appui : le cabinet estimait par exemple que 2 484 clients de CVS souffriraient en 2019 d'overdoses ou débuteraient des surconsommations du fait de leurs achats d'OxyContin dans ces pharmacies. Autant de cas dont Purdue Pharma pourrait indemniser CVS de 14 810 dollars par personnes touchées, soit un rabais estimé à 36,8 millions — avec l'ambition in fine de maintenir les ventes.

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Extrait d'une présentation de McKinsey à Purdue Pharma, dans laquelle est proposé le principe des rabais calculés en fonction du nombre d'overdoses. 

Des rabais dont les distributeurs contactés par le New York Times — CVS et Anthem — indiquent ne pas avoir bénéficié. 

Après que le rôle de McKinsey auprès de Purdue Pharma a été publiquement établi, quoiqu'aucune poursuite pénale n'a été à ce jour engagée à l'encontre de McKinsey, le cabinet s'est interrogé sur la conduite qu'il avait à tenir, selon des courriels internes également révélés.

Ainsi de ce mail le 4 juillet 2018 entre deux associés — Martin Elling, senior partner spécialiste de la pharma, et Arnab Ghatak, autre partner du cabinet, tous deux parmi les principaux associés à gérer le compte Purdue — qui se demandent s'il ne serait pas approprié de supprimer tous les documents et emails du cabinet en lien avec sa mission auprès de Purdue.  Ainsi écrit Martin Elling à Arnab Ghatak : « Je viens de voir dans le FT que Judie Lewent (directrice non exécutive chez Purdue Pharma) est poursuivie pour son rôle au conseil d'administration de Purdue Pharma. Cela serait probablement logique d'avoir une rapide conversation avec le comité des risques pour voir si nous avons d'autre choix que de détruire tous nos documents et emails. Je doute que non mais comme les choses se durcissent de ce côté-là, on pourrait se retourner contre nous ».

Les documents rendus publics indiquent par ailleurs que les liens entre Purdue et McKinsey sont anciens et remontent à 2008, après que l'Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux menaçait Purdue de restreindre les ventes d'OxyContin. L'agence évoquait par exemple de limiter sa commercialisation aux seuls praticiens de santé qui seraient formés aux conditions dans lesquelles la délivrance de cette molécule serait requise. C'est à cette époque que les liens contractuels entre Purdue et McKinsey s'ouvrirent, pour réfléchir aux voies et moyens de répondre à ces menaces réglementaires — qui n'ont jamais été mises à exécution. 

Aux Etats-Unis, l'industrie pharmaceutique est accusée d'avoir joué un rôle majeur dans cette épidémie, rappelle Le Parisien. Dans les années 1990, elle a particulièrement vanté l'efficacité des anti-douleur opiacés, tout en omettant leur potentiel caractère addictif. Alors qu'ils étaient initialement réservés aux cancers particulièrement graves, ces comprimés ont commencé à être surprescrits pour des maladies chroniques. À mesure que le nombre de dépendants a augmenté, les décès liés à leur surconsommation n'ont cessé de croître.

Purdue Pharma est le principal laboratoire mis en cause. Il s’est placé l’année dernière sous la protection de la loi américaine sur les faillites mais reste visé par plus de 2.600 plaintes déposées par des municipalités, des comtés, des Etats, des tribus ou encore des établissements hospitaliers, rapporte Reuters

Fin octobre 2020, Purdue Pharma et le ministère fédéral américain de la justice (Justice Department) annonçaient un accord à l'amiable de 8,3 milliards de dollars après que le laboratoire avait plaidé coupable concernant des poursuites pénales visant ses politiques de commercialisation de l'OxyContin.

L'épisode Purdue Pharma est l'une des nombreuses affaires polémiques rendues publiques par le New York Times concernant McKinsey (relire notre article). En 2019, la firme avait indiqué qu'elle ne servirait plus aucun client en lien avec la production d'opioïdes. Plus largement, aux prises avec un nombre inédit de polémiques, Kevin Sneader, le nouveau managing partner du cabinet, s'était engagé à un effort de transparence qu'il voulait historique (relire notre article).  

Purdue Pharma McKInsey illustration

Crédit photo : Adobe Stock. 

Commentaires   

0 #5 obrunot 16-12-2020 09:41
aucune surprise.
En 2002, en entretien au BCG, un PL (à l'époque) m'a fait plancher sur un cas : comment élargir le marché des antidépresseurs.
Il s'agissait d'une mission qu'il menait en //
...
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+1 #4 Bertrand 08-12-2020 12:03
Pourquoi je ne suis pas étonné? Ces cabinets n'ont pour éthique que leurs propres intérêts...Depu is Vespasien, on sait que l'argent n'a pas d'odeur.
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0 #3 M. Jasmin 08-12-2020 11:16
Cher "Rien de Nouveau" je vous renvoie entre autres vers l'article de Consultor
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-1 #2 Rien de nouveau 04-12-2020 18:51
Merci M. Jasmin mais étant donné que c'est la même affaire qui ressort une seconde fois, oui ce sont encore les mêmes, par définition...
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+15 #1 M. Jasmin 30-11-2020 22:20
A chaque fois qu'un nouvel article tombe sur ce même cabinet avec ce même genre d'affaire j'ai envie de commenter "toujours les mêmes !" et bien ça y est après un nouveau scandale de la sorte je me lance : toujours les mêmes ! On parle beaucoup de responsabilité en ce moment, je pense qu'on a trouvé les apôtres de l'irresponsabil ité. Un cabinet peut se tromper, un associé peut se tromper... une fois, deux fois... ici la répétition rend ça systémique, ancré et culturel. Les clients, les jeunes diplomés, les salariés devraient se poser des questions. Mais il parait qu'on peut s'asseoir sur sa morale contre quelques billets verts.
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