Psy à la cinquantaine : la folle reconversion d’un ex-partner

 

On peut dire que le nouveau choix de vie professionnelle d’Olivier Favre n’est pas des plus banals.

À la surprise générale, le vice-président de Mars & Co s’est installé comme psychothérapeute, hypnothérapeute cette année.

25 Sep. 2019 à 10:23
Psy à la cinquantaine : la folle reconversion d’un ex-partner

 

C’est une décision qui a dû faire sensation au sein du cabinet de conseil de l’emblématique Dominique Mars. Olivier Favre, qui a passé sa carrière de consultant chez Mars & Co durant près de vingt-cinq ans, démissionne en 2018 pour ouvrir un autre type de cabinet, aux antipodes du conseil : un cabinet de psychothérapie, d’hypnothérapie et de respiration holotropique (Ofavretherapie.com). C’est un double changement de vie, tant professionnelle que personnelle, puisque Olivier Favre a en même temps quitté Paris pour la Savoie, et Aix-les-Bains, son berceau familial.

Un projet tenu secret

Cette décision a été longuement mûrie et préparée par l’intéressé – il s’est formé durant plusieurs années à différentes pratiques pendant ses congés, week-ends ou soirées –, mais sans en faire état jusqu’au moment clé. Personne ou presque personne (cf. encadré) n’était, en effet, dans le secret, y compris le « big boss », Dominique Mars.

« Je ne souhaitais pas donner le sentiment que j’allais quitter le cabinet. Et je voulais également m’assurer que je faisais le bon choix. » Alors l’annonce a été officiellement faite seulement à l’occasion de sa démission.

Premier prévenu bien sûr, Dominique Mars, qui, passé l’effet de surprise, s’est révélé plus que compréhensif. « Dominique s’est montré ouvert et extrêmement souteneur. Il n’était pas heureux que je m’en aille, mais il m’a dit que je faisais un choix courageux. »

Vraisemblablement aussi, le boss préférait-il ce départ plutôt que de le voir partir chez la concurrence !  Et du côté des clients, même son de cloche. Surprise et bienveillance de la part des PDG et DG à qui Olivier Favre a annoncé sa nouvelle vocation.

Après une carrière de stratège, l’usure du rythme et du stress

Et pourtant, ce consultant a eu un remarquable parcours professionnel, et déjà plusieurs vies. Celui qui se rêvait jeune musicien ou garde forestier n’avait pas le conseil « dans la peau ».

Première bifurcation, en 1992, il sort diplômé de Centrale Paris comme ingénieur économiste. Il fonde avec un camarade de promo dès 1991 une start-up, AS/Tech, une SSII, l’une des toutes premières sociétés de services informatiques à s’intéresser à l’internet, en développant entre autres, la messagerie, CaraMail.

« Au bout de quatre ans, j’en avais fait le tour et j’avais envie d'un horizon plus vaste. J’ai alors repensé à mes cours de stratégie d’entreprise à Centrale qui m’avaient séduit. Avec ma formation d’ingénieur qui intéresse de nombreux cabinets, j’ai donc postulé directement auprès de plusieurs d’entre eux, qui, pour la plupart, m’ont reçu. Mon choix pour Mars s’est fait au feeling. J’ai aimé les personnes que j’avais alors rencontrées, dont Dominique Mars bien sûr, personnage charismatique. Je trouvais également intéressant leur modèle spécifique, basé sur l’exclusivité et le conseil analytique, bien adapté à mon profil. »

Entré comme junior chez Mars & Co en 1996, Olivier Favre est nommé project manager en moins de quatre ans, puis vice-président dès 2006. « C’est un cabinet de taille moyenne, les principes de promotion y sont plus flexibles. La formation est totalement “maison’’, on grandit avec sa culture, ses outils. Quand on fonctionne bien, tout peut aller très vite. »

Des années passionnantes, où il dit avoir eu la chance d’aborder de nombreux grands clients dans des secteurs diversifiés, en France comme à l’international.

« Cette maison reste familiale avec un très haut niveau de conseil et une base de clientèle parmi les meilleures de la profession. J’ai pu avoir accès à des problématiques stratégiques de directions générales avec les responsabilités que cela implique, partout dans le monde. J’ai été très heureux de mon parcours. Ma décision de reconversion n’est pas due à une lassitude au sein du cabinet, je n’ai jamais eu la volonté d’en partir, je m’y suis toujours senti très bien, à ma place, même si des chasseurs de têtes m’ont régulièrement approché. Loin de me sentir dépassé par les nouvelles générations qui sont arrivées, je m’en suis trouvé enrichi, dans nos façons de penser, de travailler. En revanche, le rythme, le stress me pesaient de plus en plus. À la quarantaine, j’avais de nouvelles priorités. Ce travail, très prenant, ne correspondait plus à ce que je voulais, à ce que je voulais être. J’avais envie d’aider les êtres humains à affronter les passages difficiles. »

Le déclic pour sauter le pas d’un changement de vie

Deux mondes… Entre le conseil et ces thérapies destinées à aider les personnes en détresse ou confrontées à une difficulté particulière, le fossé est abyssal. Olivier Favre, bien loin de toutes ces considérations « psy » durant de nombreuses années, a eu affaire à la psychothérapie pour des raisons personnelles, il y a environ dix ans maintenant. « Je ne connaissais pas ce monde, je n’avais aucune sensibilité particulière par rapport à ces approches. Avant, j’avais la vision type du jeune consultant qui fonce, veut réussir, gravir les échelons, avoir une bonne rémunération. Et puis, j’ai vécu un bouleversement intérieur qui m’a fait apparaître comme essentielle la question du sens donné à ma vie. Une nuit dans un avion entre Paris et Nouméa, trente heures de voyage pour aller voir un client important, j’ai su que je devais changer de métier, orienter ma vie différemment. J’aspirais à autre chose. Ce n’est pas une crise, mais plutôt la maturité de la quarantaine et les prises de conscience de ma propre psychothérapie qui m’ont amené à ce choix. » Le train de sa future nouvelle vie se mettait en marche.

Pendant quelques années, alors qu’il se formait à différentes approches de psychologie, mais aussi en hypnothérapie, en respiration holotropique, ou en yoga, Olivier Favre reconnaît avoir parfois dû faire le grand écart entre son job de consultant et sa nouvelle vocation, dans des univers où les valeurs peuvent être opposées. « D’un côté, on aide uniquement l’humain, de l’autre, l’objectif. Au final, l’entreprise est toujours plus profitable, l’humain peut y apparaître secondaire. Même s’il est vrai que certaines entreprises, et les cabinets de conseil en particulier, font de plus en plus attention au bien-être, à la qualité de vie au travail. »

Contrairement au conseil, dans ces approches thérapeutiques, pas de pression du résultat, pas de stress lié à l’urgence ou à un éventuel échec, pas d’outil analytique, pas d’algorithmes pour répondre à la demande. Elles ne travaillent que sur la complexité de l’être humain, de son conscient et de son inconscient.

Pourtant, pour l’ex-consultant, certaines qualités nécessaires à un bon consultant et à un bon thérapeute peuvent se révéler assez similaires. Des qualités qu’il met bien sûr en œuvre dans son nouveau métier : engagement, persévérance, écoute, accompagnement personnalisé, travail en équipe.

« Pour bien conseiller, il faut comprendre l’humain qui est derrière. Chaque interlocuteur est différent, il n’existe pas de méthode toute faite, et nous devons proposer des solutions sur mesure. C’est aussi vrai pour chaque patient. »

Ce choix de vie totalement assumé n’est pourtant pas si simple. Passer du statut de vice-président d’un cabinet de conseil en vue, avec tous les avantages que cela suppose, à celui d’un « jeune » thérapeute inconnu tout juste installé en région est loin d’être évident. Olivier Favre s’est aussi préparé à ce changement de vie. « C’est un long chemin à faire que de changer de statut social. Les répercussions matérielles et financières peuvent s’anticiper. Mais ce qui ne se prépare pas, c’est le statut social, la reconnaissance, on passe de la lumière à l’anonymat. C’est un redémarrage à zéro. Et en même temps, je trouve cela formidable, retrouver cette simplicité, cette humilité. Et j’ai été très soutenu dans ma reconversion. Je sais que je peux compter sur le cabinet au cas où… Dominique Mars m’a dit à mon départ : “Tu fais partie de la famille’’. C’est très fort ! »

Alors peut-être que l’ex-consultant interviendra au sein des cabinets de conseil comme thérapeute pour aider les consultants à gérer leur stress ou à devenir plus performants. Il se dit que certains cabinets utilisent les services d’hypnothérapeutes pour cela. Sur ce point, Olivier Favre ne connaît pas de cas… Pour l’instant, nulle envie pour lui de proposer ses services dans les entreprises. Il privilégie avant tout les particuliers. Mais sait-on jamais ? Pourquoi ne pas accompagner les consultants tentés par un choix de vie différent ? Il a déjà le carnet d’adresses…

Par Barbara Merle pour Consultor.fr

Encadré Fabien Jacquot bis

2
tuyau

Un tuyau intéressant à partager ?

Vous avez une information dont le monde devrait entendre parler ? Une rumeur de fusion en cours ? Nous voulons savoir !

écrivez en direct à la rédaction !

commentaires (2)

Menjoz Jean
02 Oct 2019 à 10:55
Bon courage Olivier! Tu rejoins du même coup ta famille qui va te soutenir si besoin.
On se verra peut-être avec tes parents en Savoie
Bien cordialement

citer

signaler

Pascaline popper
26 Sep 2019 à 10:47
Bravo Olivier et 1000 vœux pour ce nouveau cap ...

citer

signaler

1024 caractère(s) restant(s).

signaler le commentaire

1024 caractère(s) restant(s).

L'après-conseil

  • Sur orbite

    Thomas Hiriart, 37 ans, vient de quitter le BCG pour rejoindre Ion-X en tant que DGA, une start-up deeptech qui développe un nouveau type de propulseur pour satellite.

  • Une Kéiste sur le front des législatives dans l’Aisne

    La senior consultante de Kea & Partners, Fatima El Ouasdi, 28 ans, a pris un congé sans solde du cabinet afin de se présenter comme candidate de la majorité présidentielle aux élections législatives dans la deuxième circonscription de l’Aisne.

  • De la stratégie du conseil à la stratégie des échecs

    Encore consultant au Boston Consulting Group il y a moins de deux ans, Julien Song, 29 ans, a plaqué le conseil en stratégie pour revenir à son rêve d’enfant : devenir joueur professionnel d’échecs.

  • Un tropisme BCG pour la prospective chez LREM

    Pierre Bouillon passe secrétaire général du travail programmatique du parti, endossant ainsi le rôle du jeune économiste David Amiel (29 ans), qui lui devient le lien entre l’Élysée et le QG de campagne du candidat Macron, selon des informations de La Lettre A.

  • Double promo d’ex-consultantes chez Axel Springer France

    Caroline Evans de Gantès, DG de SeLoger France depuis un an, complète son portefeuille. Elle est nommée en parallèle à la tête de Meilleurs Agents, spécialiste de l’estimation immobilière en ligne, mais aussi d’Aviv France, filiale du groupe allemand Axel Springer. Caroline Evans de Gantès vient par ailleurs de promouvoir une autre ancienne consultante, Constance Macret, en qualité de directrice revenus et croissance de Meilleurs Agents.

  • Axelle Lemaire quitte Roland Berger pour l’humanitaire

    Axelle Lemaire, secrétaire d’État chargée du Numérique et de l’Innovation de 2014 à 2017, partner chez Roland Berger depuis 2018, élue associée monde il y a quelques mois, vient de prendre ses fonctions à la Croix-Rouge française, en charge de la stratégie, de la transformation et de l’innovation, et devient à ce titre membre du comex.

  • Millet Mountain Group retourne dans le giron familial

    Jean-Pierre Millet, 64 ans, au BCG durant six années, dirigeant et investisseur, descendant de la famille Millet, rachète l’entreprise familiale Millet Mountain Group (MMG).

  • Consultants en stratégie et philanthropie peuvent-ils faire bon ménage ?

    Le métier de consultant n’est pas le même selon que l’on conseille une entreprise, dont le but est de faire du profit, une ONG ou une structure philanthropique, qui cherchent plutôt l’impact dans des grands enjeux sociétaux comme la justice, la santé, l’éducation ou encore l’environnement.

  • Qui est derrière le Google de l’action Climat ?

    Vincent Pappolla, 30 ans, quatre ans de conseil en stratégie chez Monitor Deloitte puis chez GSG by KPMG, lance Notaclimat.com, un portail de l’action Climat des entreprises.

Super Utilisateur
L'après-conseil
Mars & Co, Mars, Olivier Favre, reconversion, personnalité étonnante, après conseil, vie d'après, témoignage, artiste
3786
Mars & Co
Dominique G. Mars Fabien Jacquot
2022-02-10 19:16:27
2
Non