Armement : le branle-bas de combat gagne les cabinets

Emmanuel Macron a évoqué dès juin que la France était entrée en « économie de guerre » : encore faut-il que les industriels de la défense arrivent à suivre le rythme.

Florence Loève
21 Nov. 2022 à 05:00
Armement : le branle-bas de combat gagne les cabinets
© Sergey Kohl

« On observe une augmentation du nombre de missions pour le secteur de la défense, surtout depuis la rentrée de septembre », constate Florent Berckmans, associé du cabinet Eight Advisory. Et pour cause : entre l’inflation et la guerre en Ukraine, l’industrie de l’armement est en pleine ébullition. En visite fin octobre à Bourges dans l’usine où MBDA conçoit et teste les moyens de propulsion de ses missiles, Emmanuel Macron a ainsi réitéré ses appels à accélérer la production d’équipements militaires. D’autant que, depuis le début de la guerre en Ukraine en février dernier, la France a livré une partie de son matériel au pays. Mi-octobre, il a ainsi été décidé de livrer 6 nouveaux canons Caesar produits par Nexter, en plus des 18 déjà fournis ; et 20 véhicules blindés Bastion, fabriqués par le groupe Arquus Défense.

Or, comme l’explique Isabelle Carrère, managing partner du cabinet spécialisé sur l’aéronautique et la défense Alba & Co : « Le conflit en Ukraine a éclairé les difficultés des chaînes de production à monter en cadence, en écho aux difficultés déjà constatées dans l’industrie aéronautique dès la sortie de la crise Covid. » Ces obstacles offrent une première porte d’entrée aux cabinets de conseil en stratégie auprès des groupes de la défense. « Une large part de notre activité porte sur la consolidation des supply chains », constate ainsi l’associée.

Ancien directeur de la stratégie de la Direction générale de l’armement (DGA), Jean-Pierre Devaux abonde : « Si vous voulez une économie de guerre, il faut se poser la question de la restructuration industrielle. Avec un tissu de TPE et de PME, on ne parviendra pas à monter en cadence comme les pouvoirs publics le souhaitent. » Plusieurs problèmes émergent en effet : monter une chaîne de production et former du personnel prend du temps, notamment pour certains métiers très spécialisés. Par ailleurs, « il faut changer les mentalités d’entreprises, qui jusqu’ici travaillaient 8 heures par jour et doivent passer à 24 h par jour », complète cet expert, qui s’est reconverti en consultant freelance.

PME cherche financement

L’accélération de la production nécessite donc de trouver de nouveaux financements. Déjà présent, ce besoin de liquidités s’est accru soudainement cette année. Le fonds Definvenst, créé en 2017 par Bpifrance pour soutenir les PME stratégiques pour la défense française, a ainsi investi à plusieurs reprises en 2022 pour sécuriser des pépites du secteur, telles que MASA qui conçoit des logiciels de simulation de commandement, ou encore l’usineur de précision pour Safran et Nexter HPM. Du côté des fonds privés, Tikehau par exemple est déjà très investi sur la défense, l’aéronautique et la sécurité avec sa filiale ACE.

C’est une opportunité supplémentaire pour les cabinets, qui proposent due diligences stratégiques, recherches de cibles, réflexions sur des stratégies de build-up ou accompagnement de projets de croissance, avec pour clients les dirigeants de sociétés de défense ou bien les fonds.

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Le ministère des Armées s’est-il véritablement mis à une diète raisonnée de conseil ? Pas si sûr aux vues de la dernière attribution de marché sur l’accord quadriannuel à 16 cabinets de conseil pour une valeur totale de près de 50 millions d’euros. Une réduction certes de près de 50 % de budget par rapport à celui de 2018, mais un substantiel marché qui continue à poser question.

Renégocier les contrats

À ces différents fronts s’ajoute un nouveau paramètre qui complique encore la tâche des groupes d’armement : l’inflation. Leurs coûts de production ont brutalement augmenté, du fait de la hausse des prix de l’énergie, mais aussi de matériaux très utilisés dans le secteur tels que le titane et l’aluminium. Cet imprévu amène des questionnements supplémentaires. « Les industriels de la défense sont incités à se demander : quel est l’impact de l’inflation sur leurs activités, comment y faire face, faut-il renégocier avec leurs clients sur des affaires engagées sur plusieurs années, et ce en évitant toutefois de rouvrir des appels d’offres », énumère ainsi Florent Berckmans, associé chez Eight Advisory. Et là encore, les cabinets sont sollicités. « L’évaluation des impacts de l’inflation, leur suivi, les perspectives de refacturation aux grands comptes font partie intégrante de nos missions », complète Isabelle Carrère.

Les industriels doivent répondre à ces différentes questions avant d’engranger de nouvelles commandes. La demande est vouée à croître avec la guerre en Ukraine, et la proposition de loi finance 2023 a confirmé l’augmentation du budget du ministère des Armées, prévue dans le cadre de la Loi de programmation militaire sur la période 2019-2025. De quoi susciter de nouvelles missions également du côté des cabinets, mais principalement prospectives pour le moment. « Certaines missions ont porté sur une analyse des orientations données ou possibles du côté de la Direction générale de l’armement (DGA) », détaille ainsi la managing partner d’Alba.

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Adeline
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defense, armement, ukraine, russie, eight advisory, florent berckmans
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Eight Advisory - strategy & operations
Florent Berckmans
2022-11-15 13:23:08
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