L'affaire Gupta fait trembler McKinsey
Rajat Gupta est accusé de délit d’initié par la SEC
Aux Etats-Unis, on parle déjà d'un scandale « plus gros que celui de Madoff » et on se demande si « Raja Gupta va détruire McKinsey » (CNBC). Ce qui rend l’affaire si exceptionnelle, c’est la stature de l’homme accusé : le CEO emblématique de McKinsey de 1994 à 2003.
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Il a siégé par la suite au sein de grands comités de direction américains. C’est sans doute l’homme le plus au cœur du cercle des dirigeants des grandes entreprises américaines (Bloomberg), et celui qui a accumulé le plus d’informations stratégiques sur ces entreprises.
Les accusations
Rajat Gupta est suspecté d’avoir fourni en 2008 des informations confidentielles à Raj Rajaratnam, le fondateur du hedge fund Galleon, concernant l’investissement de 5 milliards de dollars de Warren Buffet chez Goldman Sachs, ainsi que sur les résultats trimestriels de l’entreprise, dont il était au comité de direction. Ces informations auraient permis à Galleon d’empocher quelque 18M€ sur des opérations boursières.
Un autre accusé dans cette affaire, Anil Kumar,senior partner de McKinsey jusqu’en 2009 et proche de Gupta, a déjà plaidé coupable.Ce scandale avait éclaté en octobre 2009. Aujourd’hui, la SEC fonde sa plainte contre Gupta notamment sur des preuves de communication téléphonique entre lui et Rajaratnam, juste après (23 secondes exactement) le conseil d’administration de Goldman Sachs auquel Gupta participait (communication qui a été suivie des transactions financières de Galleon).
Gupta, qui a quitté le comité de direction de Goldman Sachs en 2010 suite à cette affaire, a décidé de plaider non coupable devant les tribunaux.
Mais le scandale ne s'arrête pas là. De forts soupçons pèsent également sur la divulgation possible de la proposition de rachat de Gillette par Procter & Gamble en 2005 - il avait formulé cette proposition alors qu’il travaillait pour McKinsey. On le soupconne d’être à l’origine d’une fuite ayant causé des mouvements spéculatifs anormaux en Bourse – pour là encore des millions de dollars de bénéfices.
Les répercussions possibles pour McKinsey
S’il est prouvé que Gupta est bien coupable de ce dont on l’inculpe, ce jugement pourrait être lourd de conséquence pour McKinsey – même si seules les accusations pour l’affaire de Goldman Sachs, alors qu’il avait quitté McKinsey, sont retenues.
Rajat Gupta est une figure emblématique du cabinet, avec 34 ans de boutique, dont 9 ans (la durée maximale) en tant que Managing Partner (l’équivalent de PDG). Sous son règne, McKinsey a connu un développement impressionnant en termes d’effectifs, de nombre de bureaux dans le monde et de chiffre d’affaires.
McKinsey a bâti son business model sur une réputation impeccable – elle est aujourd’hui l'une des meilleures au monde – et une culture du secret qui garantit à ses clients une confidentialité absolue. Voir son ancien directeur dévoiler des informations de la sorte est très grave pour l’image de « la Firme » (comme ses alumni l’appellent), ne serait-ce que pour les suspicions qu’elles provoquent.
Les consultants de McKinsey se montrent très inquiets des suites de l’affaire (CNBC), et à raison. Si sa réputation est ternie de la sorte, McKinsey aura bien du mal à rattraper les répercussions que ce scandale peut avoir sur sa capacité à convaincre ses clients – mais également à attirer les meilleurs étudiants du monde. Ces consultants ont bien sûr en tête la descente aux enfers d’Arthur Andersen suite à l’affaire Enron… En outre, comme le souligne The Economist, ses concurrents n’hésiteront sans doute pas à tirer le meilleur parti de cette affaire.
Les journalistes de CNBC, conseillent avec un brin d'ironie à McKinsey de tester la méthode de « reconstruction de la réputation d’entreprise » que le cabinet de conseil en stratégie a exposée dans le McKinsey Quaterly de Juin 2009.
Contactés par Consultor, les responsables de McKinsey se sont dit consternés et profondément déconcertés par la mise en cause d'anciens collègues dans l'affaire Galleon, ajoutant que les comportements dont il est fait état devant les tribunaux sont radicalement opposés à leurs valeurs, à leurs règles et à leur culture.
Consultor, le portail du conseil en stratégie - 04/03/2011
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