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« Nous sommes au premier jour des 25 prochaines années » – Éric de Bettignies, Advancy

C’est l’histoire d’un cabinet, Advancy, dont Éric de Bettignies, alors 10 ans d’expérience pro à son actif, et Sébastien David, consultant junior, auraient, selon la légende, esquissé le business plan sur une nappe de restaurant. C’était en 1999.

Barbara Merle
07 Mai. 2026 à 14:00
« Nous sommes au premier jour des 25 prochaines années » – Éric de Bettignies, Advancy
Éric de Bettignies et Sébastien David, D.R.

Un quart de siècle plus tard, ces deux complices des débuts sont toujours aux manettes d’Advancy. Des personnalités aux styles pour le moins contrastés. Le feu et le roc. « Nous sommes complémentaires et c’est nécessaire », soutient le duo en cœur.

D’un côté, l’aîné, Éric de Bettignies, 59 ans, extraverti, spontané, self-confident, affiche sa fierté lorsque l’on évoque Advancy, version 2026. « Notre regard croisé nous a permis de faire de notre petit cabinet une référence mondiale dans les domaines où nous sommes présents. » Voilà qui est dit. De l’autre, Sébastien David, 50 ans, est la face posée et analytique du duo, pesant ses mots, attentif à la justesse du message délivré. Un associé plus à l’aise pour partager sur ses dossiers de fond que sur son propre parcours. Et les rôles sont bien établis dans cette alchimie advancienne ; une association de contraires assez courante dans le top management des entreprises. Jeu de rôle ou pas, cela fonctionne depuis bientôt 3 décennies pour le tandem. 

Le match chez A.T. Kearney 

En 27 ans donc, ces ingés diplômés de l’école des Mines Paris ont fait passer ce qui était au départ une petite boutique indépendante française de 4 consultants à un cabinet de la place qui revendique 300 consultants au sein de 9 bureaux en France et à l’international. Éric de Bettignies annonce d’emblée la couleur. « C’est à la fois une gourmandise et une jubilation de se dire que nous ne sommes qu’au premier jour des 25 prochaines années. »

Ces deux-là se sont rencontrés au sein d’un autre cabinet de conseil en stratégie, A.T. Kearney, dans lequel Éric de Bettignies était entré en 1995 en tant que manager, après 6 années chez Arthur Andersen, puis 2 années chez Lagardère Groupe, « in charge of special affairs ». Sébastien David a été quant à lui recruté par Kearney à la sortie de ses études en 1998.

Et ça matche tout de suite entre les deux consultants qui décident rapidement de créer ensemble leur propre boite de conseil. Chez Éric de Bettignies, l’hyperactif, l’entrepreneuriat vient de très loin. « Depuis que je suis petit, je savais que j’allais créer une société, mais pas tout seul, à deux. Très vite aussi, j’ai su que consultant était un très beau métier. Avec Sébastien, nous avons une vision commune, nous nous voyons comme les médecins des entreprises et à la fois comme développeurs des talents internes. Nous pensions avoir un côté différenciant que nous n’avions pas rencontré dans nos cabinets, c’est-à-dire savoir où l’on va et comment on y va. » Plus une question d’opportunité du côté du mesuré Sébastien David, comme il le reconnait aisément. « Tous les chemins mènent à Rome. J’ai choisi le conseil parce qu’il m’a très tôt offert un terrain d’apprentissage exceptionnel. Et j’y ai découvert un métier que je trouve admirable. »

Des débuts sur un coin de table 

Créer un cabinet français à l’aube du 2e millénaire dans un paysage du secteur largement dominé par les grands cabinets internationaux, quelques cabinets européens d’origine (Roland Berger, OC&C Strategy, L.E.K.) et de très rares made in France (Mars, CVA, Estin)… était-ce de l’inconscience ? Les deux ingés y ont plutôt vu un fort potentiel à exploiter, et ce, à la Préhistoire du partage de la donnée, comme le rappelle Sébastien David. « Les années 90 sont marquées par une immense révolution technologique, celle des balbutiements de l’internet. Par ailleurs, les clients n’avaient pas de direction stratégique et l’accès à l’information était extrêmement difficile. » La décision est prise ; reste à structurer l’idée. « Nous avons écrit le business plan sur une nappe en papier de restaurant », racontent les compères ; un bout de papier qu’ils auraient longtemps conservé comme totem. Une méthode pour le moins artisanale qui n’était pas une première, se rappelle Sébastien David. « Chez Kearney, sur une longue mission, nous avions élaboré ce premier plan lors d’un déjeuner sur la carte des desserts. » 

Le cabinet est officiellement créé début 1999, le plus jeune des consultants évolue alors toujours chez Kearney. Le bureau ? « Il était déjà dans l’Ouest parisien, mais il faisait moins de 10m2 », se souvient Éric de Bettignies. Avec un premier client et une première mission, pour Péchiney, qui avait décidé de suivre les consultants entrepreneurs. « C’était un premier travail très opérationnel, d’ailleurs contre l’avis général à cette époque. Et nous avons réussi à faire augmenter la production de 30 % d’une usine d’aluminium qui travaillait pour Airbus en un an sans investissements. » Comment ? « En allant voir et en aidant les opérationnels à prendre des décisions difficiles. »

Un choix restreint de secteurs 

Avec ce symbole de l’industrie française du XXe siècle comme vitrine (en situation critique à la charnière des années 2000), le tandem décide ainsi de miser dans un premier temps sur le secteur de l’industrie. « Nous avons donc commencé avec les métiers de la chimie et des matériaux que nous avons petit à petit diversifiés avec les industries et les services, mais aussi avec le secteur de la santé alors en très forte croissance », confirme Sébastien David. 

Deuxièmeclient capté par Advancy, année 1, Disneyland Paris, « une entreprise qui n’était alors pas en super forme, avec un sujet de croissance qui plafonnait, raconte Éric de Bettignies. Nous avons pu identifier et montrer les 2-3 goulots qui freinaient cette croissance. » Et une nouvelle opportunité pour le tout jeune cabinet de se diversifier en créant le secteur tourisme, puis, dans un 2e temps, « d’autres secteurs en prise directe avec le client final, les biens de consommation, la distribution, le luxe. L’industrie apprend les process, le BtoC apprend la réactivité et le sens du service. » Laurence-Anne Parent, elle aussi issue de Kearney, a rejoint le cabinet en 2003, pour y développer la practice retail, biens de grande consommation et luxe. 

Le vaisseau Advancy était lancé. Diversification, mais une sélection volontairement restreinte de secteurs seulement, « parce que l’on ne peut pas être bons sur tout et, très tôt, nous avons compris que notre savoir-faire sectoriel serait une force décisive », assure Éric de Bettignies. Le cabinet reste encore aujourd’hui focalisé sur 6 secteurs : chimie et matériaux, industries, santé, ingrédients et sciences de la vie, biens de conso, retail-luxe-voyage-hôtellerie. « Nous sommes naturellement très à l’aise dans les secteurs où la compréhension analytique, scientifique, technique ou industrielle crée une véritable barrière à l’entrée », met aussi en avant Sébastien David.  

Puis, très vite, les deux consultants qui n’ont pas froid aux yeux voient les choses en grand. Ils décident de se déployer par une stratégie d’internationalisation, car « on ne peut pas faire de la stratégie sans être mondial, soutient sans détour Éric de Bettignies. En 2006, alors que l’on n’était que 40, on ouvre le bureau à Shanghai, en 2009, très rapidement après la crise financière, on se lance dans le PE, en 2015, on ouvre Londres, puis New York en 2019 ». 

Une méthode made in Advancy ? 

En 2026, et ce quart de siècle passé, l’heure est venue de faire un point d’étape pour les associés. Très positif, notamment en termes de chiffres partagés par les associés. Le cabinet affiche 2500 missions au compteur, « plusieurs centaines chacun et chacune d’entre elles est en quelque sorte un enfant intellectuel », appuie Sébastien David. Le Petit Poucet du secteur est devenu un acteur de la place présent en France et aux quatre coins du monde (Europe, Asie, Australie, Amérique du Nord et du Sud) : selon les dirigeants, plus de 100 millions d’euros de chiffre d’affaires réalisés en 2025 (65 M€ en 2022), 40 % de l’activité à l’international, près de 300 consultants au global, dont 150 à Paris. 

La solidité du modèle ? « Notre méthode, c’est observer un problème stratégique avec une dimension opérationnelle et inversement », garantit l’analytique Éric de Bettignies. Mais aussi des équipes fidèles selon le fédérateur Sébastien David. « Une très grande partie de nos managers, de nos principals et de nos partners ont grandi dans le cabinet. 80 % de nos associés ont commencé leur carrière chez Advancy avant de devenir, au fil des années, des références reconnues dans leurs géographies et leurs secteurs. »   

Des échecs ? « Oui, d’après les associés, comme la première ouverture de l’Allemagne ou de Hong Kong. » Mauvais casting dans les deux cas. Sur les missions ? Plutôt des décisions assumées de mettre fin à des missions. « Depuis nos débuts, il y a eu deux ou trois missions pour lesquelles nous sommes allés voir le client, car il ne voudrait pas prendre la direction que nous proposions » déroule l’aÎné. « Le mois dernier, j’ai arrêté à mi-parcours une mission de redressement opérationnel et d’efficacité commerciale parce que nous avons estimé et dit aux actionnaires que nous n’étions pas dans le bon timing », expose Sébastien David. 

Le premier jour du reste de la vie d’Advancy 

Comment ces deux associés dans un partnership à date de 9 associés à Paris (22 au total de Sydney à New York) se projettent-ils dans l’avenir ? « Je suis l’homme d’un futur bientôt révolu. Ce n’est pas une personne qui va guider son avenir », philosophe Sébastien David. « Aujourd’hui, Advancy compte 40 actionnaires, car nous proposons à nos consultants dès 3 à 4 années de présence d’entrer au capital. Nous sommes d’abord une force collective. Le reste du futur, ce sont nos clients qui nous demandent de continuer à croitre. Le futur sera certainement fait d’autres secteurs ajoutés à notre panoplie et de croissance géographique. » Éric de Bettignies, quant à lui, ne compte pas passer le témoin tout de suite. « Les Allemands mettent la retraite à 70 ans, et j’ai encore des choses à faire et à transmettre. Depuis que nous avons créé le cabinet, il y a eu seulement 2 ou 3 matins où je n’ai pas eu envie de venir, j’étais certainement malade. Nous sommes là encore pour assurer la transmission des savoirs, des méthodes, de l’approche culturelle. La transition sera réussie si le jour où je pars, personne ne s’en rend compte. » 

Et Éric de Bettignies l’annonce sans détour, Advancy compte bien prendre encore une autre dimension dans les prochaines années. « Nous avons réalisé beaucoup de croissance organique depuis 27 ans, nous sommes arrivés à une taille qui permet de passer à des options plus rapides. »

Advancy Éric de Bettignies Sébastien David
Barbara Merle
07 Mai. 2026 à 14:00
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Éric de Bettignies, Sébastien David, cofondateurs, Advancy, cabinet français, entrepreneuriat, industrie, croissance organique, internationalisation
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2026-05-07 13:24:25
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