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Arifi 002Le bilan que Yazid Arifi tire de ses années dans le conseil n'est pas que tendre. 

Passé par les bancs de HEC, il a fait ses premières armes dans le consulting avant d’effectuer un virage à 180 degrés… Il est aujourd’hui directeur d’une école démocratique et milite pour la France Insoumise.

Le préalable à l'entrée dans le conseil pour éviter les fausses routes

Avec un père diplomate, le jeune Yazid voyage dès son plus jeune âge dans les capitales européennes. Né à Rabat en 1989, il débute son parcours scolaire à Rome puis entre au collège à Genève. De retour au Maroc, il rejoint le lycée Descartes qui abrite une prépa ECS (économique et commerciale option scientifique).

Bon élève, scientifique, le jeune garçon est très vite orienté vers les filières d’excellence : après deux années de prépa au lycée Descartes, il décroche son billet pour la France et HEC puis poursuivra dans deux cabinets de conseil, Monitor et Exton. L'expérience pour le moins mitigée qu'il y a vécue aurait probablement été la même dans toute autre maison. Sa mésaventure illustre la nécessité d'un bon alignement de valeurs entre le secteur et ses consultants, pour éviter des divorces douloureux et rapides.

C’est en toute méconnaissance du système scolaire français (prépas, grandes écoles, etc.) et en suivant avec naïveté les conseils de ses professeurs qu’il se retrouve en école de commerce…

« On m’avait vaguement expliqué que je ferais un mélange de philosophie, d’histoire et de mathématiques, précise-t-il. Or j’ai vite découvert que nous étions destinés à faire du marketing, de la banque ou du conseil. J’ai eu tout de suite l’impression d’être en décalage, les autres élèves venaient pour la plupart de Louis-le-Grand, de Stanislas, de Saint-Louis. Ce milieu était très sociologiquement marqué : l’Ouest parisien, des parents et/ou grands-parents qui eux-mêmes venaient du sérail… »

Malgré ces constatations, pas question de renoncer après les efforts consentis, surtout que le jeune homme était persuadé que ce diplôme lui serait « utile d’une manière ou d’une autre ».

Le choix du conseil par défaut

Fraîchement émoulu, il doit trouver rapidement un emploi pour des raisons financières (logement) et pour renouveler son titre de séjour. Si durant son année de césure il a effectué un stage de six mois chez Monitor (2012), il n’éprouvait pas le désir de retourner dans le consulting.

« J’avais fait ma dernière année à HEC dans la majeure Alternative Management [qui propose de former les étudiants à une autre image de l’entrepreneuriat et du management]. Le diplôme en poche, je faisais des démarches pour trouver un emploi dans l’ESS (économie sociale et solidaire) : j’ai cherché dans le monde mutualiste, au sein de coopératives, etc., mais en 2013 le contexte économique n’était pas particulièrement favorable. »

L’option de retourner dans le conseil refait surface. Yazid Arifi recontacte alors Monitor et intègre le groupe Monitor-Deloitte en janvier 2014 ; la société avait été rachetée par Deloitte (fin 2012). « Je me disais que ce serait une expérience temporaire dont j’essaierai de tirer profit, car il s’agit d’un métier très formateur ne serait-ce que pour les méthodes de travail et la rigueur. » Très vite il enchaîne les missions qui durent deux ou trois mois avec un rythme de travail important.

« Nous avions une équipe venue de chez Roland Berger, connu pour ses méthodes de management plutôt dures. Le côté très individualiste de ce monde m'a marqué. » Si d’aventure des collègues étaient absents (maladie, congés, etc.), personne ne semblait le remarquer, chacun travaillait dans son univers cloisonné.

Ses missions sont multisecteurs pour plusieurs entreprises. « J’ai travaillé sur des missions d’aide au lancement d’un nouveau produit ou de conquête d’un nouveau marché, de soutien stratégique à des entreprises pharmaceutiques qui allaient perdre leur licence sur tel ou tel produit et allaient être concurrencées. Nous devions les défendre auprès du législateur pour in fine préserver leur monopole. J’ai travaillé sur des missions où nous avons accompagné des rapprochements entre assureurs pour inventer de nouvelles offres et tirer un maximum de profit de celles-ci. »

Il passe un peu moins de deux ans chez Monitor Deloitte et le décalage ressenti en école de commerce perdure. Si ses collègues (du même grade) étaient plutôt « sympathiques », ils ne semblaient pas se poser les mêmes questions sur l’utilité sociale de leurs actions, sur l’impact de leurs missions.

En sus, l'agitation entraînée par le rapprochement de Deloitte et Monitor avait généré un climat de stress, de pression très palpable au niveau des équipes de management. « J’y ai retrouvé le même stress, la même pression qu’en prépa. Chez Monitor, un manager nous supervisait et nous notait à la fin de la mission ; il y avait un suivi des notes tout au long de l’année puis une évaluation finale qui permettait de vous classer. » Finalement, Yazid Arifi décide de quitter Monitor en novembre 2015.

Bis repetita chez Exton

Le jeune homme avait été déçu par son premier poste. Monitor (après son rachat) était une entreprise qui « n’avait plus rien à voir avec celle que j’avais connue pendant mon stage […] Les managers et collègues que j’y avais fréquentés n’étaient plus là. »

Ayant effectué un stage de six mois (en 2011) dans une salle de marché à la BNP et réalisé une mission pour la Banque Populaire, Yazid Arifi rejoint Exton Consulting, cabinet spécialiste des services financiers.

Pourquoi s’entêter dans le consulting alors que l’expérience Monitor n’avait pas été concluante ? « J'ai rejoint ce cabinet dans l'espoir d'intégrer une structure à taille humaine, avec des rythmes de travail raisonnables et une ambiance agréable », explique-t-il a posteriori.

Il n’y reste même pas un an et y fait une seule mission qui dure huit mois. « Chez Exton, ma mission consistait à venir en soutien auprès d’une grande banque française qui souhaitait revoir son fonctionnement sous couvert d’améliorer l’expérience des clients : optimiser les ressources, modifier la taille des portefeuilles des conseillers commerciaux pour qu’ils puissent se consacrer aux clients à forte valeur et identifier de nouveaux moyens pour répondre aux besoins. »

Ses supérieurs étaient satisfaits de son travail, mais ont concédé qu’il ne semblait pas « passionné et pleinement investi ». En effet, au cours de l’année 2016, de profonds changements adviennent : il découvre en février le concept d’école démocratique et obtient sa naturalisation en juin.

Il quitte définitivement le monde du conseil en stratégie en août 2016.

Une certaine ambivalence

Yazid Arifi a noué des amitiés au lycée et en prépa. Le comble ? Beaucoup ont suivi le même parcours que lui et travaillent dans le conseil, l’audit ou le secteur bancaire.

« Ma compagne est elle-même consultante, s’amuse-t-il. Mes proches qui sont dans le conseil ont une certaine forme de lucidité parce qu’ils arrivent à être critiques et qu’ils comprennent mes choix. M’avoir dans leur entourage contribue à les faire réfléchir, je pense. »

Par exemple, sur les missions pro bono menées par différents cabinets de consulting, il répond sans hésiter : « Il y a sans doute du greenwashing [se donner une bonne image écologique usurpée, NDLR] et de l’optimisation fiscale. Cela leur permet notamment de faire passer une partie de la rémunération des consultants sous le coup de l’exonération fiscale, car ils font passer ça sous forme de “dons” pour les associations. De plus, c’est une partie très marginale de leurs activités. »

Aujourd’hui, il est directeur d’une école démocratique dans le 19arrondissement de Paris, où il accueille plus d’une quarantaine d’élèves par an entre 4 et 18 ans suivant les principes d’égalité (chaque enfant a une voix dans les décisions collectives, quel que soit son âge) et de liberté (pas de contraintes dans le choix des enseignements ni dans l’emploi du temps).

Il est parfaitement conscient que ses années de consultant lui ont apporté une véritable valeur ajoutée. Il a acquis des méthodes de travail, d’organisation qui lui ont permis d’être très efficace, de prendre du recul, d’élaborer des stratégies à long terme, de s'interroger sur les directives opérationnelles…

Outre sa casquette de directeur d’école, il s’est investi dans la politique. Il milite depuis 2014 pour le Parti de gauche (devenu la France Insoumise) et après avoir été suppléant sur la liste de la 13e circonscription de Paris pour les législatives, il nourrit désormais des ambitions plus locales.

Il souhaiterait monter une liste pour les municipales en 2020 à Pantin.

Là encore il ne se berce d’aucune illusion : il a retrouvé des mécanismes qu’il réprouve de docilité, de fidélité au chef, de non-remise en question des décisions… À 30 ans, Yazid Arifi se retrouve face à ses propres ambivalences et, en politique, devant les mêmes contradictions. Celles qu’il avait abhorrées dans le monde des affaires. La quête de l'idéal se poursuit. Elle passera peut-être, aussi, par la plus difficile des victoires : marier ses idéaux avec des réalités têtues et pragmatiques.

Justine Mattioli pour Consultor.fr

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