Éric Philippon, de stratège à philanthrope

Ancien consultant chez A.T. Kearney puis investisseur pendant vingt ans, Éric Philippon met son expérience à profit pour aujourd’hui diriger sa fondation FAMAE qui finance la transition environnementale.

Il parle de millions d’euros avec une facilité non feinte, qualifie les deals qu’il a faits dans sa carrière d’investisseur de « vachement marrants » et se dit profondément convaincu par le réchauffement climatique.

31 Oct. 2018 à 13:42
Éric Philippon, de stratège à philanthrope

« Les cabinets de conseil, c’était la sortie vers le haut après l’X »

À 52 ans, Éric Philippon, ancien consultant en stratégie chez A.T. Kearney, consacre volontiers son quotidien à sa fondation FAMAE, spécialisée dans le financement des green tech. « Parce qu’aujourd’hui on peut investir intelligemment dans un monde sans déchets, sans pollution. On est dans la zone rouge, la prise de conscience est réelle. »

Mais pour en arriver là, le chemin d’Éric Philippon n’était pas tout tracé. Diplômé de l’École polytechnique (1990), le jeune homme revient à Paris après avoir passé un an à San Diego (Cailfornie) « essentiellement pour faire du surf », s’amuse-t-il aujourd’hui.

Alors âgé de 26 ans — après un master à l'École nationale de la statistique et de l'administration économique et un semestre à l'University of California San Diego — il reçoit une proposition du cabinet A.T. Kearney. « Les cabinets de conseil, c’était la sortie vers le haut après l’X, explique-t-il. La voie pour les gens qui voulaient pédaler plus vite et le conseil en stratégie, la voie royale. »

Il choisit ce cabinet car le courant passe bien avec le dirigeant, qui était alors Jacques Tassel. « Un baroudeur » , se souvient-il. L’équipe est petite et il y a un côté « pratique » qui plaît à Éric Philippon. Pendant six ans, il suit les étapes traditionnelles : consultant, associate, manager.

Il part un an en Asie et un an au Brésil pour des missions d’organisation et de stratégie. Quelques missions le rapprochent de fonds d’investissement. « Et c’est là qu’un chasseur de têtes est venu me chercher », se souvient l’ancien consultant.

De stratège à capital-investisseur

« Fin 1998, je me retrouve donc à la Caisse des dépôts pour du LBO (leverage buy out) », avec la sensation d’avoir fait le tour du métier de consultant. « Je ne me voyais pas faire ça toute ma vie de toute façon. »

C’est là que l’entrain d’Éric Philippon pour l’investissement se déploie. « On a constitué un fonds de 1,6 milliard de francs, un gros montant pour l’époque. C’était assez marrant bien qu’en 1999, le LBO n'était pas très sexy », reconnaît l’investisseur, avec un franc-parler qui lui semble coutumier.

« On nous prenait pour des blaireaux car on investissait autant dans des boîtes d’ingénierie que de parking, dans les signaux hertziens ou l’immobilier. On a fait de super deals », reconnaît-il. Il restera à la Caisse des dépôts six ans et deviendra même membre du directoire.

Son équipe s’effrite mais Éric Philippon n’est pas prêt à s’arrêter là. Avec un collègue, il crée alors un fonds d’investissement. Une aventure qui durera deux ans. « On s’est ensuite rapproché de 123 Venture (aujourd’hui 123 Investment Managers) pour des petits investissements et on a développé la boîte. »

Là encore, l’investisseur énumère des « deals vachement marrants ». Et en dix ans, il grimpe rapidement les grades du private equity jusqu’à récupérer la direction générale de 123 Venture.

La prise de conscience

Et puis, en 2016, l’électrochoc. « Une crise de la quarantaine en retard » peut-être, ou « une évolution logique après un enchaînement d’événements ».

« Sur l’île d’Oléron où j'ai grandi, on allait nettoyer les plages avec les professeurs », se souvient-il. En 1999, une tempête ravage la maison de ses grands-parents, située au bord de plage. « On nous avait dit que cela n’arrivait qu’une fois tous les cent ans. Et pourtant, en 2010, c’était la même chose. »

L’époque dans laquelle il vit, l’accumulation des couches jetées lorsque ses enfants naissent au début des années 2000, les catastrophes naturelles l’amènent à vouloir faire quelque chose pour la planète. « Ça m’a tordu les tripes que mes enfants connaissent un monde merdique. J’ai cédé mes actions à mes associés, qui m’ont laissé partir tranquillement. »

Dans l’excitation de la COP21, la conférence internationale sur le climat tenue à Paris en 2015, Éric Philippon décide donc d’agir à son échelle et crée la fondation FAMAE pour soutenir les initiatives vertes. Sous la forme d’un concours, le but est de pousser des start-up ou des entrepreneurs à proposer des solutions environnementales, « à faire émerger des idées déjà existantes ».

En 2017, pour la première édition, Éric Philippon met un million d'euros sur la table pour la récompense du concours « parce que je suis convaincu qu’avec une grosse dotation, que ce soit une boîte à Manchester, une start-up à Besançon ou un mec au fin fond de l’Inde, ça va susciter un intérêt ». Et pour le quinquagénaire, ce n’est que le premier étage de la fusée. « L’ambition est de créer un deal flow pour lever un fonds d’investissement dans l’environnement à hauteur de 100 millions d'euros. »

Les compétences acquises dans le conseil toujours à l'œuvre

Les vingt ans d’expérience dans le private equity ne sont pas si loin. Le conseil, peut-être moins clairement, mais tout de même : pour convaincre, Éric Philippon avoue user de compétences acquises lors de son début de carrière.

« Je sais exprimer de manière claire mes idées. Ma confiance en moi et mon côté versatile, ouvert à tout sont des compétences que j’ai héritées du conseil. Quand il s’agit de présenter deux mois de missions devant des mecs du CAC40, il faut avoir confiance en soi. Quand il s’agit d’investir dans diverses entreprises, il faut être capable d’être expert de tous les domaines. »

Et parce qu’il entend atteindre son objectif et rassurer les investisseurs, Éric Philippon a pris la décision de donner la moitié de sa fortune personnelle — 5 millions d’euros — dans ce fonds pour servir de levier.

« D’ici dix ans, j’espère que FAMAE sera reconnue comme un fonds qui investira dans les green tech. » Une ambition œcuménique, selon ses propos, « l’idée n’est pas de tout garder pour moi, de m’enrichir. Le capital doit être partagé avec l’équipe. Mais l’objectif est d’avoir un impact ».

D’autant que « la France est prête pour les green tech », assure-t-il. Éoliennes, panneaux solaires, eau, on est loin d’être en retard. Bien au contraire ».

Cette vision philanthrope ne parvient tout de même pas à effacer totalement l’intérêt de l’investisseur en série qu’est Éric Philippon. « On ne le fait pas pour des clopinettes tout de même. On finance la transition environnementale mais avec des “business case” qui tiennent la route. » Investir pour la planète, oui, mais pas n’importe comment tout de même.

Audrey Fisné pour Consultor.fr

1
tuyau

Un tuyau intéressant à partager ?

Vous avez une information dont le monde devrait entendre parler ? Une rumeur de fusion en cours ? Nous voulons savoir !

écrivez en direct à la rédaction !

commentaires (1)

Doyon Emmanuelle
27 mai 2019 à 13:25
Félicitation Eric.

Un Entrepreneur brillant, plein d'initiative et toujours en avance sur son époque ...

Bon Vent à FAMAE

Emmanuelle

citer

signaler

1024 caractère(s) restant(s).

signaler le commentaire

1024 caractère(s) restant(s).

L'après-conseil

  • Un tropisme BCG pour la prospective chez LREM

    Pierre Bouillon passe secrétaire général du travail programmatique du parti, endossant ainsi le rôle du jeune économiste David Amiel (29 ans), qui lui devient le lien entre l’Élysée et le QG de campagne du candidat Macron, selon des informations de La Lettre A.

  • Double promo d’ex-consultantes chez Axel Springer France

    Caroline Evans de Gantès, DG de SeLoger France depuis un an, complète son portefeuille. Elle est nommée en parallèle à la tête de Meilleurs Agents, spécialiste de l’estimation immobilière en ligne, mais aussi d’Aviv France, filiale du groupe allemand Axel Springer. Caroline Evans de Gantès vient par ailleurs de promouvoir une autre ancienne consultante, Constance Macret, en qualité de directrice revenus et croissance de Meilleurs Agents.

  • Monitor : Fabien Delon rejoint InsideBoard

    L’ex-partner de Monitor Deloitte qui avait annoncé son départ du cabinet début 2022 rejoint la plateforme SaaS de conduite du changement.

  • Axelle Lemaire quitte Roland Berger pour l’humanitaire

    Axelle Lemaire, secrétaire d’État chargée du Numérique et de l’Innovation de 2014 à 2017, partner chez Roland Berger depuis 2018, élue associée monde il y a quelques mois, vient de prendre ses fonctions à la Croix-Rouge française, en charge de la stratégie, de la transformation et de l’innovation, et devient à ce titre membre du comex.

  • Millet Mountain Group retourne dans le giron familial

    Jean-Pierre Millet, 64 ans, au BCG durant six années, dirigeant et investisseur, descendant de la famille Millet, rachète l’entreprise familiale Millet Mountain Group (MMG).

  • Consultants en stratégie et philanthropie peuvent-ils faire bon ménage ?

    Le métier de consultant n’est pas le même selon que l’on conseille une entreprise, dont le but est de faire du profit, une ONG ou une structure philanthropique, qui cherchent plutôt l’impact dans des grands enjeux sociétaux comme la justice, la santé, l’éducation ou encore l’environnement.

  • Qui est derrière le Google de l’action Climat ?

    Vincent Pappolla, 30 ans, quatre ans de conseil en stratégie chez Monitor Deloitte puis chez GSG by KPMG, lance Notaclimat.com, un portail de l’action Climat des entreprises.

  • Les collants ultrarésistants : un après-conseil en béton

    Jeunes consultants issus du cabinet Vertone, Inès Saadallah, 25 ans, partie en juin dernier, et Axel Delannoy, 26 ans, consultant jusqu’au 17 décembre 2021, font le pari des collants durables, fabriqués en France

  • Ça roule pour l’ancienne Vertonienne

    L’ancienne manager de Vertone, Amélie Guicheney, 35 ans, se lance dans l’entrepreneuriat avec Gaya, et l’ambition de créer des vélos électriques français à la fois polyvalents, connectés et réparables, plus adaptés aux femmes et aux parents. Des vélos pour répondre aux demandes des urbains et des urbaines. 

Super Utilisateur
L'après-conseil
Éric Philippon, atk, a.t. kearney, famae, green techs, environnement, climat, changement climatique, témoignage, entrepreneur, alumni, création d'entreprise, après conseil, vie d'après
3767
2021-09-26 20:06:59
1