A.T. Kearney veut montrer l'exemple en matière de gouvernance

 

 

Chez A.T. Kearney, les  partners élisent les membres du Board et leur managing partner. Ce dernier nomme ensuite son comité exécutif (Senior Leadership Team) comme le ferait un Premier-Ministre. Les règles du jeu sont démocratiques. Résultats : les Américains ne sont pas les plus représentés dans le leadership monde. Le groupe est présidé et dirigé par le hollandais Johan Aurik et les Français ont aussi des places importantes.

 

30 Jui. 2016 à 14:06
A.T. Kearney veut montrer l'exemple en matière de gouvernance

 

En mai dernier, Sébastien Declercq, managing partner chez A.T. Kearney se rendait à Chicago, au 227 West Monroe Street, au pied du Franklin Center où se trouvent les bureaux du cabinet de conseil. L'imposant gratte-ciel de granit et d'acier de la fin des années 80 rappelle des buildings des années 1920 et la création du cabinet de conseil en 1926 par James O. McKinsey et Andrew Thomas Kearney.

Le dirigeant du bureau parisien, 47 ans, a grimpé les marches. Il fait désormais partie du cercle des 12 directors of the Board. Élu en janvier 2015, il participe donc à l'une des 5 réunions par an du Conseil, dont une a toujours lieu à Chicago.

« Lors de la dernière réunion du Board, nous avons validé la stratégie à trois ans et défini la trajectoire pour réaliser Vision 2020 qui vise à doubler de taille et à être dans le top 3 des cabinets de conseil », évoque Sébastien Declercq. Au sein du Board, le Français dit vouloir « représenter l'intérêt de l'ensemble des partners, sans distinction de practice ou de géographie, comme le font tous les autres membres du Board » .

Un Hollandais à la tête du cabinet

Rares sont les Européens qui siègent habituellement au Board des grands cabinets de conseil américains. A.T. Kearney cultive, lui, une approche d'ouverture dans sa gouvernance. Surtout depuis sa reprise de contrôle par MBO au groupe EDS par ses propres partners en 2006. Acheté par le géant informatique EDS en 1995, il avait dû se confronter à une gouvernance très corporate et des résultats décevants.

Le pouvoir est revenu entre les mains des partners. Dès 2006, le français Xavier Mesnard, partner d'A.T. Kearney, avait été ainsi élu au Board. Aujourd'hui au sommet du groupe, le hollandais Johan Aurik, installé à Londres, préside le Board of Directors, et ce pour un deuxième mandat de 3 ans, commencé en janvier 2016. Johan Aurik est aussi à la tête de la « senior leadership team » d'A.T. Kearney, équivalent du comité exécutif.

« C'est en général un "citoyen du monde" qui connaît bien les différents marchés. Johan Aurik, ancien responsable de la zone EMEA (Europe, Moyen-Orient, Afrique) a été réélu Managing Partner pour trois ans en 2015 et travaille avec des clients partout dans le monde. Il est porteur de notre stratégie de croissance et c’est aussi ce qui a plu aux partners », souligne Sébastien Declercq.

Parmi les 8 membres de la senior leadership team, on ne compte finalement que 2 Américains : le directeur du marketing et le responsable juridique. La zone Amériques a même été confiée à un Suisse, Daniel Malher. On retrouve une Française : Christine Laurens, directrice financière du groupe depuis 2014, désormais installée à Chicago. Sortie d'HEC, elle a rejoint A.T. Kearney en 2002.

Par régions, les Français ont aussi des places importantes dans les practices. Jérôme Souied dirige la practice private equity M&A pour la zone EMEA, Nicolas Lioliakis est leader de la practice financial services pour la même zone et Eric Gervet mène l'équipe globale « Digital » d'A.T. Kearney.

« Un partner égale un vote»

Comment sont choisis les membres dirigeants du cabinet ? Chez A.T. Kearney, on décrit les règles du jeu comme transparentes et démocratiques. « Nous avons inscrit dans nos statuts la règle : "Un partner, un vote", quelle que soit sa place ou son ancienneté dans la firme », se félicite Sébastien Declercq.

Pour choisir leurs membres du Board (12 partners qui ont un mandat de trois ans, renouvelable une fois), « les 350 partners du groupe élisent à la majorité des voix, après deux tours, leurs nouveaux représentants », explique Sébastien Declercq qui a obtenu de cette manière son siège. Peut-être un peu moins démocratiquement, « un premier tour vise à établir une liste de 7-8 candidats au niveau mondial, désignés par leurs pairs. S'ils acceptent de concourir, ils sont ensuite invités à présenter leurs convictions et à participer aux forums d'échange avec les partners », ajoute-t-il. Au final, le Managing Partner (Johan Aurik) a été élu par l'ensemble des partners et nomme les 8 membres du senior leadership team.

Pour participer à ce jeu démocratique, il faut évidemment faire partie du partnership. « Tous les 6 mois, la candidature de nouveaux partners est étudiée. Un comité d'élection au niveau mondial étudie chaque cas pour le compte du Board. Deux membres du comité qui n'appartiennent pas à la région du candidat se saisissent du dossier. Ils interrogent le futur partner, ses pairs, ses clients, ses équipes. Sa nomination est ensuite présentée au Board pour validation », explique Sébastien Declercq, qui est aussi à la manœuvre en tant que membre du Comité d’élection des partners au niveau mondial.

Après l'aventure EDS, Sébastien Declercq croit fermement au modèle de gouvernance de sa firme, « peut-être l'un des meilleurs des cabinets ».

Thibaud Vadjoux pour Consultor.fr

 

0
tuyau

Un tuyau intéressant à partager ?

Vous avez une information dont le monde devrait entendre parler ? Une rumeur de fusion en cours ? Nous voulons savoir !

écrivez en direct à la rédaction !

commentaire (0)

Soyez le premier à réagir à cette information

1024 caractère(s) restant(s).

signaler le commentaire

1024 caractère(s) restant(s).

Manuel de survie

  • Le consulting à la recherche des représentants du personnel perdus

    Tickets restaurants, intéressement, télétravail… Dans les cabinets de conseil en stratégie, comme dans n’importe quelle entreprise, les représentants du personnel sont obligatoires et interviennent sur divers sujets. Pourtant, ils y sont souvent totalement méconnus, évoluant dans des cultures d’entreprises peu portées à la revendication.

  • Handicaps : l’inclusion selon Kea

    Le handicap dans l’entreprise, sujet tabou. Le secteur du conseil en stratégie n’échappe pas à la règle et n’est, pour le moins, pas des plus exemplaires en matière de travail des personnes en situation de handicap. Quelques expériences fonctionnent pourtant.

     

  • Dans le secret des sources des consultants

    Les consultants multiplient les canaux d’information : appels téléphoniques dans leur réseau ou au-delà, appels au débotté (alias cold call), appels masqués (alias blind calls), déjeuners ou cafés informels… Enquête. 

  • Consultant recherche infos à tout prix

    Depuis une dizaine d’années, des plateformes d’intermédiation agrègent des milliers d’experts. Les consultants y ont abondamment recours, en particulier dans le domaine du private equity. Enquête. 

  • Congé pat’ : McKinsey double à son tour les 28 jours

    Nommée en août dernier comme directrice générale de McKinsey France, Clarisse Magnin-Mallez, 45 ans, première femme à la tête du géant du conseil en France, fait du bien-être de ses salariés-parents l’une de ses priorités.

  • La vie de stratège en BD – Épisode 4 : classe affaires

    Avec la reprise de l’activité de conseil post-covid, quoique le télétravail restera une composante importante, les déplacements chez les clients vont reprendre de plus belle. Si les capitales du business font rêver, Paris, Londres ou New York, la réalité des missions chez les clients peut être un soupçon moins exotique. Nouvel épisode de notre BD sur le conseil en stratégie, Consultix.

  • Étude : des « Baby Partners » rarement passés par l'opérationnel

    Dix ans de maison, des expériences préalables dans l’industrie, peu d’entrepreneuriat : voilà quelques-uns des traits caractéristiques du parcours type des partners des cabinets de conseil en stratégie. Avec quelques exceptions notables.

    Découvrez les résultats de l’étude de Wit Associés pour Consultor.

  • 300 clients, 700 copils, 5 déménagements : 30 ans de consulting

     

    Quarante-quatre ans de carrière, trente-cinq de conseil en stratégie, dont vingt-cinq passés sous le label Kearney dont il est devenu un associé énergie et pricing : Laurent Dumarest a vu s’enchaîner les révolutions technologiques et s’est frotté aux clients et aux projets les plus inattendus. Jeune retraité, il n’en a pourtant pas fini avec le conseil, au contraire.

  • Avocat et consultant : la difficile équation

    Ce sont des profils plutôt atypiques au sein des cabinets de conseil en stratégie. Certains avocats choisissent la strat’ plutôt que le barreau. Ils y sont recherchés, non pas pour leur connaissance du droit, mais pour leurs qualités personnelles, d’éloquence ou de rigueur. Les avocats-consultants Rémi Philippe, senior consultant chez Kea & Partners, et Grégoire de Vogüé, ex du BCG et d’Ares & Co, avocat chez Taj, donnent leur point de vue.

Manuel de survie
A.T. Kearney, AT Kearney, Sébastien Declerq, James O. McKinsey, Andrew Thomas Kearney, Xavier Mesnard, Johan Aurik, Daniel Malher, Christine Laurens, Jérôme Souied, Nicolas Lioliakis, Eric Gervet, board, senior leadership team, gouvernance, directors, organisation, mondiale, board, partner
3753
Jerôme Souied Nicolas Lioliakis Sébastien Declercq Xavier Mesnard
2021-11-09 12:10:14
0
Non