Quand l’unité anti-crash industriel de Bercy en appelle aux consultants

 

Au sein de la direction générale du Trésor, le comité interministériel de restructuration industrielle (CIRI), régulièrement sollicité par des entreprises en difficulté, collabore parfois avec des consultants en stratégie.

 

26 Déc. 2018 à 05:12
Quand l’unité anti-crash industriel de Bercy en appelle aux consultants

 

Au côté de la délégation interministérielle à la transformation publique et de l’Agence des participations de l’État, qui sont parmi les plus gros pourvoyeurs de missions de conseil avec le ministère de la Défense en France, le CIRI est l’une des portes d’entrée des consultants dans le secteur public.

Comment et quand le CIRI collabore-t-il avec des cabinets de la place ? Voici quelques réponses glanées à Bercy.

Mai 2018, le volailler Doux est repris pour la troisième fois en cinq ans. Le tribunal de commerce de Rennes tranche en faveur d'un consortium emmené par le groupe LDC (Loué, Le Gaulois...).

Quelques mois plus tard, autre entreprise, même scénario. Le tribunal de commerce d’Évry (Essonne) désigne Jellej Jouets (détenue à 90 % par le fonds américain Cyrus Capital), associée à l’enseigne nordiste du jouet Picwic, pour reprendre la société Toys’R’Us France, en redressement judiciaire, et ses magasins dans lesquels travaillent 1 100 salariés en contrat à durée indéterminée.

Entre ces deux entreprises, aucun lien. Hormis le comité interministériel de restructuration industrielle (CIRI), l’unité de Bercy qui fêtera bientôt ses quatre décennies d’existence (création en 1982).

Le CIRI, un service gratuit destiné aux entreprises qui le saisissent, poursuit deux objectifs principaux : défendre les intérêts de créanciers publics et essayer de faire émerger un accord équitable, avec au besoin le recours à des consultants externes.

Doux, Toy'R'Us, Tati, William Saurin : tous sont passés par le CIRI

L’an dernier, son secrétaire général Louis Margueritte (X 2007), et son équipe de cinq rapporteurs ont été sollicités par vingt-huit nouvelles entreprises engagées dans une procédure préventive (mandat ad hoc, conciliation ou sauvegarde) – dont Doux et Toys’R’Us.

Le comité se prévaut d’avoir contribué à la préservation de 22 910 emplois cette année-là. La méthode est toujours la même. Un cas d’entreprise en difficulté qui compte au moins 400 salariés est signalé au CIRI, par des administrateurs judiciaires ou des commissaires aux comptes par exemple, qui reçoit le dirigeant.

Le CIRI enfile alors des habits de médiateurs. Il réunit toutes les parties prenantes (entreprise, banques, créanciers) dans un bureau du 4étage du bâtiment Colbert, l’un des nombreux édifices du dédale de Bercy. Tati ou la Financière Turenne Lafayette (William Saurin et Garbit) sont aussi passés sur le billard du CIRI, lors de ces réunions de la dernière chance toujours extrêmement confidentielles et souvent nocturnes.

L’objectif est alors de donner de l’air à une entreprise sous pression. Ce qui peut passer par une renégociation des échéances de prêts auprès de banques, des échéances sociales et fiscales auprès de l’Urssaf ou du Trésor, ou la recherche d’un repreneur.

Comme dernièrement avec Doux où le CIRI avait aussi mis sur les rangs le volailler ukrainien MHP, finalement écarté par le tribunal de commerce. Le plus souvent, faute de données récentes ou de données suffisamment objectives faites en dehors de l’entreprise, cette démarche passe par une Independant Business Review, une revue du plan d’affaires d’une entreprise en difficulté.

Quand les consultants entrent en piste

« L’idée est de challenger les prévisions de trésorerie et le modèle économique d’une entreprise en retournement », explique Louis Margueritte. Pour le volet financier, il y a les incontournables : les Big Four, Eight Advisory, Accuracy, AlixPartners

Mais aussi, ponctuellement, « sur quelques dossiers par an » selon Louis Margueritte, le CIRI fait appel à des cabinets de conseil en stratégie. Bercy ne les mandate pas directement mais peut les suggérer aux entreprises.

« Libre ensuite aux entreprises de choisir le cabinet qui leur semble le plus pertinent, de le mandater ou pas », appuie Louis Margueritte. Parmi les cabinets souvent vus ces dernières années au CIRI figurent au premier chef McKinsey et le BCG, mais aussi Advancy.

« Ils vont évaluer tout ce qui n’est pas financier : le positionnement stratégique de l’entreprise, son avantage concurrentiel ou la pertinence de la transformation envisagée », détaille Louis Margueritte.

Ce que confirme Éric de Bettignies, l'associé fondateur d'Advancy. « Nous sommes très volontiers consultés par le CIRI. Bercy apprécie, lorsque les dossiers deviennent plus complexes, l'apport d'un avis externe solide sur la viabilité stratégique de telle ou telle entreprise, l'opportunité de poursuivre telle ou telle activité », dit-il. Chez Advancy, il n'y a pas un référent secteur public qui gérerait les relations avec le CIRI. Les consultants, fonction de l'entreprise en difficulté et de leur domaine d'expertise, peuvent participer à l'une des réunions de la dernière chance et à forte pression au ministère de l'Économie. « Si vous n'aimez pas la pression, changez de métier », s'amuse Éric de Bettignies, au sujet de ces réunions mêlant toutes les parties prenantes des entreprises à sauver. 

Autre obligation des passages à Bercy, « l'extrême confidentialité, ajoute Éric de Bettignies. Parce qu'on a vite fait de perdre un fournisseur si la réputation de la société est dégradée. » L’équilibre précaire nécessaire au sauvetage d’une entreprise en difficulté peut rapidement être mis en péril.

Un micro-filon porteur 

Le micro-filon n’est en tout cas pas amené à se tarir pour les cabinets de conseil. Car si le total des défaillances d’entreprises baisse (– 2,7 % sur douze mois selon les chiffres de l’Insee de septembre), la pile de dossiers qui arrivent au CIRI grimpe : quarante dossiers en 2018. Automobile, métallurgie, agroalimentaire sont particulièrement candidats à l’assistance du CIRI. Et, avec lui, à celle des consultants.

Benjamin Polle pour Consultor.fr

0
tuyau

Un tuyau intéressant à partager ?

Vous avez une information dont le monde devrait entendre parler ? Une rumeur de fusion en cours ? Nous voulons savoir !

écrivez en direct à la rédaction !

commentaire (0)

Soyez le premier à réagir à cette information

1024 caractère(s) restant(s).

signaler le commentaire

1024 caractère(s) restant(s).

industrie lourde

  • Réindustrialisation : Bercy fait appel au BCG

    C’est une information de Challenges : le Boston Consulting Group a été mandaté en septembre par Bercy pour une nouvelle étude sur la réindustrialisation de la France et doit rendre sa copie en ce mois de novembre. La réindustrialisation étant l’un des objectifs prioritaires de Bruno de Le Maire dans le cadre du Plan de relance présenté en septembre dernier : 100 milliards d’euros (Mds€) au total dont pas moins de 35 Mds€ consacrés au développement d'industries innovantes. À cela s’ajoute les 30 Mds€ déployés sur cinq ans pour France 2030, le nouveau plan d'investissement pour la France de demain, dévoilé par le gouvernement en octobre. 

  • McKinsey : le patron des industries au niveau mondial débarque à Paris

    McKinsey & Company France annonce l’arrivée du Français Hugues Lavandier, directeur associé senior. Cette arrivée porte l’effectif du partnership parisien à soixante-dix personnes, dont vingt-deux directeurs associés seniors, selon le décompte de Consultor.

  • Bernard Birchler, associé de Bain, un administrateur plus strat’ pour LISI

    Selon La Lettre A, Bernard Birchler, senior partner chez Bain & Company, expert des industries manufacturières et de process, entre au conseil d’administration du groupe LISI, dans le cadre d’un renouvellement souhaité par l’entreprise dans le contexte de crise.

  • Consultants wanted pour la filière industrielle des Pays de la Loire

    Les régions se penchent sur leur avenir industriel. À l’instar d’Auvergne-Rhône-Alpes et de l’Occitanie qui travaillent actuellement sur leurs « industries du futur » (pour lesquels le cabinet Cylad Consulting a été choisi comme un référent, relire ici), le conseil régional des Pays de la Loire vient de lancer un appel d’offres pour une mission intitulée : « Accompagnement des entreprises ligériennes dans des stratégies de relocalisation et sécurisation de leurs chaînes d’approvisionnement ».

  • Un directeur de Mawenzi nommé CEO de Sepro Group

    Directeur chez Mawenzi Partners jusqu’en décembre dernier, Charles de Forges, 46 ans, vient d’être nommé DG de Sepro Group, fabricant français de robots de presse à injection plastique. Une entreprise vendéenne, l’un des leaders mondiaux sur le secteur, qui réalise 85 % de son business hors de France.

  • Arkema : un « Mac » prend les rênes de la croissance des polyamides

    Le consultant David Dupont, près de quatre ans chez McKinsey, rejoint, début janvier, le groupe français Arkema, spécialisé en matériaux chimiques dits de spécialité (8,7 milliards d’euros de CA en 2019, 20 500 collaborateurs, présent dans 55 pays).

  • INDEFI épaule Ardian pour un investissement dans la réfrigération industrielle

    INDEFI à nouveau aux côtés d’Ardian. Dans sa prise de participation majoritaire au capital de Syclef, le spécialiste d’Aix-en-Provence créé en 2003 dans l’installation et la maintenance de systèmes de réfrigération industriels et commerciaux (800 salariés, 15 acquisitions depuis 2015), Ardian (via son fonds Ardian Expansion) s’est tourné vers INDEFI pour la due diligence stratégique – l’une des spécialités du cabinet.

  • L’industrie du futur, saison 2 pour Cylad

    Le cabinet CYLAD Consulting a été choisi par la région Auvergne-Rhône-Alpes comme référent du plan national régions/État « 10 000 PME vers l’industrie du futur », quelques mois après la région Occitanie, dont nous faisions l’écho ici en décembre dernier. CYLAD fera ainsi partie de la dizaine de référents pour le lot « éval’stratégie » défini par la région Auvergne-Rhône-Alpes.

  • Roland Berger à la rescousse d’Ascoval : les secrets d’une mission coup-de-poing

     

    Six jours. C’est en tout et pour tout le temps accordé à Roland Berger sur le dossier de l’aciérie Ascoval de Saint-Saulve (Nord). Le site est en redressement depuis la liquidation judiciaire en février de son principal actionnaire, Asco Industries, et le refus de son racheteur, l’aciériste suisse Schmolz+Bickenbach, de prendre possession de l’usine des Hauts-de-France.

    Le spécialiste français des tubes sans soudure Vallourec – copropriétaire à 40 % d’Ascoval – finit de compliquer la donne quand il annonce qu’il ne soutiendra pas financièrement le plan d’Altifort. Cette PME de la Somme se propose de reprendre l’aciérie de Saint-Saulve avec investissements et embauches à la clé.

industrie lourde
ditp, ape, délégation interministérielle à la transformation publique, francois gobillard, big bang, fonction publique, secteur public, map, rgpp, modernisation action publique, révision générale des politiques publiques, bercy, ministère de l’économie, marché public, CIRI, advancy, eric de bettignies
3468
Éric de Bettignies
2021-10-30 11:34:09
0
Non