La cession de SFR, une « opportunité exceptionnelle » pour les consultants télécoms
Côté consultants, cette acquisition historique, puis l’intégration au sein d’Orange, Bouygues et Free, représentent une belle opportunité.
L’analyse de Kajetan Zwirglmaier, lead monde télécoms de Simon-Kucher et de Guillaume Canu, associé de CMI.
Le 6 juin dernier, un accord a été signé entre Altice France (maison-mère de SFR) et un consortium composé de Bouygues Telecom, Orange et Iliad pour le rachat de SFR. Une transaction qui valorise SFR à quelque 20 milliards d’euros, dette comprise.
Un deal télécoms historique en France
Selon Guillaume Canu, associé de la practice Télécoms de CMI, ce deal est « un montage inédit avec un consortium de trois opérateurs pour acheter le quatrième, avec un partage prévu entre Bouygues, avec une reprise de la base entreprise, Free avec la reprise de la marque grand public Red et Orange absorbant environ 4,9 millions de clients et plusieurs MVNO [i.e. Mobile Virtual Network Operator] ».
Durant cette première phase de pré-deal, des cabinets de conseil en stratégie étaient à la manœuvre. Le cabinet Arthur D. Little a notamment été sollicité pour un appui stratégique à Bouygues Group et Bouygues Telecom tout au long du processus transactionnel. Simon-Kucher et CMI ne sont pas encore intervenus. « En revanche, nous sommes proches de certains d’entre eux sur les missions à venir qui constituent notre cœur de métier », amende Kajetan Zwirglmaier de Simon-Kucher.
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ADL a « fourni un soutien stratégique et de conseil dans le secteur des télécommunications à Bouygues Group et Bouygues Telecom tout au long du processus transactionnel ».
2026-2027 : une période transitoire
Cet accord n’est qu’une première étape pour le secteur des télécoms français, qui doit encore attendre l’avis des autorités de régulation française et européenne d’ici plusieurs mois pour une finalisation effective attendue au second semestre 2027.
Kajetan Zwirglmaier, le lead monde telcos de Simon-Kucher, anticipe : « Mon scénario central est celui d’une opération gagnant-gagnant, à condition qu’elle soit correctement exécutée et encadrée par les autorités. Si elle est approuvée, l’opération SFR constituerait un tournant pour le marché français des télécoms. Son principal effet serait une amélioration structurelle de la taille critique d’Orange, Bouygues Telecom et Free. Dans un secteur fortement capitalistique, c’est essentiel. La taille compte, car elle permet aux opérateurs d’investir davantage et plus rapidement dans les réseaux, la fibre, la qualité de service, les technologies et l’innovation. Le consortium présente d’ailleurs l’opération comme un moyen de renforcer les infrastructures numériques françaises et leur résilience, ce qui est effectivement le cas. »
Même son de cloche du côté de Guillaume Canu de CMI : « Je serais étonné quand même qu’on aboutisse à un blocage total sur ce genre d’opération, mais à un certain nombre de suggestions qui seront faites par les autorités de la concurrence pour procéder à divers amendements de garantie. »
D’ici l’avis des autorités, que va-t-il se passer du côté des clients des cabinets ? « Ils commencent déjà à se préparer, mais l’activité à grande échelle ne démarrera probablement qu’une fois les orientations réglementaires plus claires, vraisemblablement après la première phase de l’enquête des autorités de concurrence, vers la fin de l’année. Les travaux liés au day 1 commercial viseront principalement à assurer la continuité des opérations. Comment fonctionner durant les 6 à 12 premiers mois ? Comment éviter les perturbations pour les clients et comment gérer la base clients de la cible tout en respectant les contraintes de confidentialité ? Ce ne sera toutefois qu’un début ; le véritable travail d’intégration et de création de valeur commencera ensuite », prévoit Kajetan Zwirglmaier.
Des besoins de conseil sur « pratiquement tous les fronts »
Pour les consultants sur le secteur, l’activité dans les prochains mois devrait être « plutôt liée à des activités de post-fusion-acquisition en lien avec les sujets concurrence, salariés et l’anticipation des étapes ultérieures de ce projet, pense Guillaume Canu de CMI. Concernant les conséquences plus larges sur le marché, nous n’avons pas encore de choses très concrètes. Il y a des échanges, des discussions qui s’opèrent. Cela ouvre des perspectives qui sont plutôt intéressantes sur le fond et qui vont nécessiter des compétences assez appuyées sur tous les domaines, toutes les activités, tous les métiers d’un opérateur ». Ce qui parait intéressant aux yeux de l’associé de CMI, ce sont les stratégies que vont adopter les acteurs pendant la période transitoire d’au moins 2 ans et demi durant laquelle les 3 opérateurs vont détenir SFR SA, à savoir « la définition de l’offre, la stratégie sur la partie réseau, la mutualisation et l’optimisation des coûts, le travail sur les contrats…, tout en évitant de se faire rappeler à l’ordre, car le risque d’échange d’informations sera là et sera surveillé de près ».
Le secteur national des télécoms devrait rester plutôt dynamique pour les cabinets, comme l’anticipe le lead global du secteur de Simon-Kucher : « Cette opération devrait entraîner une nette augmentation de l’activité. Une transaction de cette ampleur génère des besoins sur pratiquement tous les fronts, l’intégration des réseaux, des systèmes informatiques et des modèles opérationnels, la réalisation des synergies, la stratégie de marque, la politique tarifaire, la simplification des offres, ou encore la migration des clients et prévention du churn [i.e, le non-renouvellement des abonnements]. »
Une activité de conseil sur le secteur qui devrait, à moyen terme, donc plutôt bien se porter selon Guillaume Canu de CMI : « Cela ouvre la voie à des opérations qui peuvent être intéressantes en termes de M&A au niveau européen et à de la complexité sur le plan opérationnel en termes d’infrastructures, de réseaux, de modèles, de contrats, mais aussi sur le plan humain. Il y a énormément de contrats passés avec des ESN, des fournisseurs d’équipements télécoms. Comme toute opération de cette nature-là, c’est extrêmement complexe et c’est là où les cabinets de conseil, suivant leur métier respectif, peuvent finalement aussi trouver leur compte dans ce genre d’opérations parce qu’elles sont relativement exceptionnelles. »
Passer de 4 à 3 opérateurs, quelles conséquences ?
Les cartes seraient totalement rebattues pour le marché des télécoms français. « Si elle est approuvée, l’opération SFR constituerait un tournant pour le marché français des télécoms. Son principal effet serait une amélioration structurelle de la taille critique d’Orange, Bouygues Telecom et Free », analyse Kajetan Zwirglmaier.
Une façon aussi de « restructurer le marché », selon Guillaume Canu. À savoir, en particulier, repenser la place des acteurs et la dynamique de marché. « Une question stratégique va se poser sur ce que font les opérateurs, en particulier Bouygues et Free, de leurs acquisitions respectives. Quelle définition d’offre ? Quelle recomposition ? Va-t-on rester dans des logiques multimarques ? », complète l’associé de CMI.
Quid de la pression haussière sur les prix due à la concentration du marché ? Le lead global des télécoms de Simon-Kucher se veut rassurant : « Je ne m’attends pas à un retournement de tendance conduisant à une hausse durable. Il est plus probable que l’on assiste à un ralentissement de la baisse des prix. »
En tout cas, cette refonte du marché français des télécoms est une « opportunité considérable et exceptionnelle, pour Kajetan Zwirglmaier de Simon-Kucher ». La disparition annoncée de SFR en tant qu’opérateur indépendant pourrait aboutir, selon cet expert, à un marché français des télécoms « plus sain avec davantage de taille critique, une capacité d’investissement renforcée et une pression tarifaire moins destructrice ».
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