Rachat d’une start-up par une mutuelle : l’associé d'Oliver Wyman « n'aurait pas fait le deal »
Au cœur du dossier judiciaire entourant l’acquisition de Salva par la mutuelle Garance, un avis externe retient l’attention : celui d’Arthur Chabrol, associé pilote de l’assurance chez Oliver Wyman.
L’acquisition de Salva par Garance, annoncée en mai 2024 comme une opération destinée à démocratiser l’épargne grâce à un système de cagnottage lié aux achats du quotidien, fait aujourd’hui l’objet de plusieurs procédures judiciaires.
La mutuelle a notamment déposé plainte en mars 2026 pour escroquerie, corruption active et passive, abus de biens sociaux et abus de confiance contre son ancien président Serge Crouin, et contre l’entrepreneur Serge Bueno et sa société.
Une acquisition au cœur d’une bataille judiciaire
L’affaire remonte à 2024. Lors du salon VivaTech, la directrice générale de Garance, Virginie Hauswald, rencontre Serge Bueno, fondateur de la société alors dénommée « Le Projet Fou », qui deviendra Salva. La start-up, filiale de la société Smart Good Things Holding détenue en partie par Tony Parker, commercialise des cartes cadeaux permettant de constituer une épargne retraite grâce au cagnottage généré par les achats du quotidien.
Selon les informations de News Assurances Pro, les cédants cherchaient initialement à lever 5 millions d’euros dans le cadre d’un tour de table de 30 millions d’euros. L’opération se transformera finalement en une acquisition de Salva par Garance, finalisée en mai 2024.
Le média spécialisé rapporte également que plusieurs alertes auraient été formulées en amont du rachat, portant notamment sur la valorisation de la société, jugée excessive par le conseil juridique de la mutuelle, ainsi que sur le niveau de risque de l’opération.
L’intervention remarquée d’un associé d’Oliver Wyman
Parmi les experts sollicités par Garance figure Arthur Chabrol, associé d’Oliver Wyman depuis 2023, en charge des secteurs de l’assurance et de la gestion d’actifs. Également passé par EY, Arthur Chabrol a été directeur des risques d’Aviva France, puis directeur général de l’assurance de personnes du groupe Aviva.
Comme l’intéressé l’a confirmé à Consultor, il est intervenu avant la finalisation de l’opération, au printemps 2024, en présentant une courte synthèse aux membres du comex de Garance. Ceci « en toute indépendance, sur la base des seuls éléments qui lui avaient été communiqués par la mutuelle ».
Arthur Chabrol a alors estimé que le mécanisme de financement envisagé via un « complément de prix » était risqué, préconisant un paiement différé. Plus encore, interrogé sur l’opération s’il était investisseur, il a répondu qu’il ne réaliserait pas le deal, le jugeant « trop atypique ».
L’associé précise ne pas avoir été de nouveau consulté après cette présentation et n’avoir réalisé aucune mission pour Garance dans le cadre de cette opération. Il indique par ailleurs s’être contenté de faire « son travail de consultant, en offrant une vue objective et extérieure ».
L’acquisition a été approuvée par le conseil d’administration de Garance le 17 mai 2024, avant d’être présentée publiquement quelques jours plus tard comme une opération stratégique destinée à accélérer la démocratisation de l’épargne en France.
Deux ans plus tard, le dossier est entre les mains de la justice.
Au-delà du volet pénal, les anciens dirigeants de la mutuelle, Serge Crouin et Virginie Hauswald, sont poursuivis en responsabilité civile devant le tribunal du commerce pour faute de gestion.
Et la gouvernance actuelle de Garance fait face à une crise : le 11 juin dernier, un groupe de délégués a revendiqué la révocation du conseil d’administration ainsi que celle des dirigeants effectifs, Florent Combes et Sophie Létang, la validité de l’initiative étant contestée par ces derniers.
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