McKinsey France : succession ouverte après un règne cataclysmique
Baisse des effectifs en France, vague de départs d’associés, fin de l’activité secteur public, image dégradée : Clarisse Magnin aurait pu espérer un meilleur bilan - et un contexte global moins ardu.
- Chez Safran Helicopter Engines, une mission de McKinsey fait grincer des dents
- The Economist voit le BCG dépasser McKinsey et devenir leader mondial en 2027
- McKinsey : témoignages exclusifs sur l'énorme crise du partnership français
- Contraction des effectifs, influence… : la patronne de McKinsey France fait le point
- McKinsey inaugure sa nouvelle adresse rive gauche
- Chine : McKinsey ampute ses effectifs d’un tiers
- H-7 avant Cash Investigation : la patronne France de la Firme en perdition face à Élise Lucet
- Cash Investigation fait sa rentrée sur McKinsey : Clarisse Magnin-Mallez face à Élise Lucet
Pourtant, pour Clarisse Magnin, en 2021, tout avait bien commencé. Celle qui avait évolué durant près de 3 ans au sein du cabinet à Boston, dans le New Jersey et à New York, tout juste élue patronne de McKinsey France – une première –, bénéficiait alors du rebond post-Covid, les demandes de conseil atteignant leur apogée l’année suivante.
Clarisse Magnin affichait d’ailleurs des objectifs ambitieux, souhaitant voir doubler les effectifs du cabinet pour atteindre 1 500 consultants. En 2025 ces derniers sont, de son propre aveu, « environ 700, contre 800 au pic de 2023 ».
Dans l’intervalle, la machine judiciaire en France – qui s’est intéressée à la participation de consultants et poids lourds de McKinsey France à la campagne électorale du candidat Emmanuel Macron en 2017, ainsi qu'à l’optimisation fiscale qu’aurait réalisée le cabinet (il n’aurait versé aucun impôt sur les sociétés durant 10 ans en France) – a fait dérailler la belle mécanique. McKinsey France est toujours visé par trois procédures judiciaires distinctes.
En parallèle, l’impact des accords financiers conclus par McKinsey avec la justice US pour échapper à des sanctions pénales dans le scandale des opioïdes – plus de 600 000 décès liés à leur consommation entre 1999 et 2021 aux États-Unis, avec un impact sanitaire toujours en cours, ainsi qu’au Canada – a commencé à sérieusement impacter les revenus des associés, alors qu’une autre décision différait le paiement des bonus (ou d’une partie de ceux-ci). Sans parler de l’impact sur la réputation du cabinet.
Tout s’est donc emballé, dans le mauvais sens.
La fermeture du secteur public à Paris, des effectifs en baisse et la « fuite » des associés
Dans le viseur du Sénat quant à son activité Secteur public – au-delà de la dimension judiciaire déjà évoquée –, le cabinet y a très vite renoncé. Elle représentait seulement « 4 % de l’activité globale en France, les bonnes années », relativisait-on en interne.
Il n’en reste pas moins que, lors du premier quinquennat du président Macron, le cabinet avait bénéficié de près de 73 millions d’euros de commandes de l’État et d’organismes affiliés – DITP (Direction interministérielle de la Transformation publique), UGAP (Union des Groupements des Achats Publics) et DAE (Direction des Achats de l’État).
Puis vint la période de ralentissement dans le secteur du conseil, exacerbée pour les gros paquebots plus sensibles aux fluctuations du marché. Et les décisions à prendre en matière d’effectifs : dans une interview aux Échos début juillet, Clarisse Magnin inscrivait leur diminution dans le cadre d’une contraction mondiale de 10 %, qu’elle expliquait notamment « par la centralisation de certaines activités dans des centres mondiaux d’excellence », dans des pays à bas coûts. Le cabinet revendique un chiffre d'affaires stable en 2024, supérieur d'environ 15 % à celui de 2020. Par ailleurs, en évoquant « une pyramide des effectifs équilibrée », la dirigeante semblait justifier la fonte du partnership français.
À l’heure où nous écrivons ces lignes, 19 départs ont en effet été enregistrés depuis septembre 2024. Et certains anciens associés ont brisé le mur du silence, pourtant robuste chez McKinsey, en partageant, certes anonymement, les raisons de leurs départs.
à lire aussi
Qui dit « McK », dit culture du secret. Signe d’un malaise palpable, d’anciens partners ont accepté d’évoquer les raisons de leurs départs du bureau parisien.
Le cabinet, qui pointait déjà à la 2e place pour la taille de son partnership dans l’Hexagone, se voit distancé par son rival historique, le BCG, et presque rattrapé par Bain.
Autre point notable : aucun associé français ne siège actuellement au comex de McKinsey.
Une communication qui a vacillé
Point d’orgue des difficultés rencontrées par Clarisse Magnin durant son mandat : l’enquête que l’émission Cash Investigation a consacrée au cabinet, pour laquelle Élise Lucet a réussi à interpeler la dirigeante du cabinet en pleine rue – comme la journaliste le fait régulièrement.
À l’évidence très déstabilisée, Clarisse Magnin avait, notamment, affirmé ignorer « si son cabinet avait payé l’impôt sur les sociétés en France en 2022 et 2023 ». Effet dévastateur.
Selon nos confrères des Echos, alors qu’elle va conserver ses fonctions jusqu’à l’élection de son successeur dans les prochaines semaines, Clarisse Magnin se voit proposer le pilotage de la practice européenne Consumer – qui regroupe les pôles biens de grande consommation, distribution agroalimentaire et spécialisée, luxe, mode, beauté et services de restauration.
Et une nouvelle page va s’ouvrir pour McKinsey France, dans ses nouveaux locaux du boulevard des Invalides. Comme l’exprimait la dirigeante à l’annonce du déménagement, ce dernier devrait être synonyme « de nouvelle source d’énergie et d’inspiration ».
Un tuyau intéressant à partager ?
Vous avez une information dont le monde devrait entendre parler ? Une rumeur de fusion en cours ? Nous voulons savoir !
commentaires (7)
citer
signaler
citer
signaler
citer
signaler
citer
signaler
citer
signaler
citer
signaler
citer
signaler
France
19/06/26Les principaux LLM (ChatGPT, Claude, Gemini) recommandent prioritairement les MBB lorsqu’on leur pose une question générale sur le secteur. Mais d’autres cabinets peuvent les challenger sur des prompts plus spécifiques.
17/06/26Repli de 1,5 % en 2025, croissance de 2 % anticipée par les acteurs du secteur pour cette année : le président de Syntec Conseil, David Mahé, analyse les principaux résultats de l’étude annuelle dédiée.
15/06/26Le senior partner Stéphane Birchler avait d’abord rejoint Mercer Delta Consulting, l’une des trois entités « Mercer » ayant fusionné en 2007 pour former Oliver Wyman.
12/06/26Que devient le métier de consultant à l’ère de l’IA ? C’est la question au cœur de Slide Zero, la série de Stéphane Rémy dont Consultor publie le premier épisode aujourd’hui. Rencontre.
11/06/26Le cabinet de conseil allemand Ommax est entré au capital du français Singulier, spécialisé en tech, data et IA.
09/06/26Deux anciens consultants en stratégie, Denis Di Vito et Sébastien Roz, ont créé leur cabinet de conseil, Ubac Partners.
08/06/26Le 21 mai dernier, le cabinet a inauguré ses « nouveaux » locaux entièrement rénovés. Derrière ce projet mené sous la houlette d’Éric Ciampi, une conviction : la valeur du conseil continuera à se jouer dans la qualité des interactions humaines.
08/06/26Historiquement confiées aux jeunes consultants, certaines tâches sont désormais absorbées par l’IA. En quoi leur trajectoire peut-elle être impactée, alors que les cabinets sont à la recherche d’un nouvel équilibre ?
29/05/26Depuis son départ du cabinet fin 2019, Agathe Lélu a piloté la communication et/ou le marketing de plusieurs entreprises aux profils variés, en dehors du secteur du conseil en stratégie.