Le conseil en stratégie, une carrière pour les femmes ?
Les cabinets de conseils en stratégie sont connus pour leur turn-over élevé.
Mais entre ce renouvellement spécifique au secteur et la faible proportion de femmes qui accèdent au partnership, la question se pose : les femmes peuvent-elles faire carrière dans le conseil en stratégie ?
Elles répondent.
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« Le monde du conseil est très masculin », regrette Céline Choain, directrice chez Kea & Partners, dès le début de notre entretien sur la carrière des femmes dans le conseil. Cette spécialiste du retail qui devrait être nommée associée « d’ici un ou deux ans »ne nous vendra pas la facilité de sa carrière qui a débuté chez Brossard avant de se poursuivre chez Kea & Partners dès la création du cabinet en 2001. « Il y a un champ de contraintes très fort au quotidien. Il faut donc une certaine passion pour faire carrière dans le conseil », explique-t-elle.
D’après une étude de Wit Associés sur le profil type du consultant publiée en 2010, seulement 18 % des consultants des cabinets de conseil en stratégie sont des femmes. Une proportion qui s’amoindrit encore lorsque l’on monte dans la pyramide hiérarchique (voir notre article sur la Diversité homme femme, les bureaux français à la traîne).
Misogyne le conseil ? Par vraiment si l’on en croit les intéressées. « Les réunions avec les directions générales des clients, qui sont parfois exclusivement masculines, ont été les seuls moments où j’ai rencontré des difficultés à m’imposer », témoigne cette ancienne de Roland Berger, passée dans l’opérationnel. Selon l’étude « Women Matter 2012, Making the Breakthrough » réalisée par le cabinet McKinsey, les femmes sont toujours sous-représentées au sein des conseils d’administration des entreprises en Europe en 2011, avec une moyenne de 10 %... « Ces conseils d’administration très masculins minimisent parfois les recommandations venant d’une femme – jeune de surcroît – ce qu’ils ne feront pas si elles émanent d’un homme », poursuit cette ancienne consultante chez Roland Berger.
L’importance de la charge de travail n’est pas le principal frein
Contrairement aux a priori, la charge de travail n’est pas non plus pointée comme un frein à la carrière des femmes en conseil en stratégie. « J’ai eu des horaires bien pires dans d’autres secteurs et d’autres entreprises », s’exclame une ancienne du Boston Consulting Group. « Il est vrai que nous avons une certaine flexibilité d’emploi du temps dans le conseil par rapport à d’autres secteurs. Je rentre chez moi vers 19 h 30 pour voir mes trois enfants, même si je dois ensuite régulièrement travailler le soir depuis mon domicile », renchérit Céline Choain de chez Kea & Partners.
« Ce qui est plus dérangeant par contre, c’est l’entière disponibilité qu’on nous demande », se rappelle Caroline Elisseche, ancienne d’OC&C, actuellement responsable en stratégie et développement pour un géant de l’électronique. L’imprévisibilité de l’emploi du temps, inhérent à la prestation de service haut de gamme est une des spécificités du conseil qui complique la donne.
Conséquence directe de ce manque de visibilité, le décrochage des femmes dans la pyramide hiérarchique se fait davantage sentir que celui des hommes. « Il y a un décrochage des femmes à partir du grade senior, souvent au moment du premier enfant. Mais c’est un grade charnière pour tout le monde », explique une ancienne de Roland Berger. « Je suis partie d’OC&C au bout de quatre ans, car j’envisageais d’avoir un enfant. Pour moi, le manque de visibilité sur mon emploi du temps et les horaires me paraissaient incompatibles avec une vie de famille. Je pouvais être envoyée à l’autre bout de la France pour une mission sans aucun préavis. Et mon mari, qui travaillait également dans le conseil en stratégie, a quitté le conseil pour les mêmes raisons », poursuit Caroline Elisseche, ex d’OC&C.
Poursuivre sa carrière à l’heure d’un premier enfant reste une gageure pour les consultantes. McKinsey aurait d’ailleurs déployé cette année une politique destinée à réintégrer ses anciennes consultantes démissionnaires après leur grossesse, en leur proposant notamment davantage de flexibilité. « Après la naissance de mon troisième enfant, j’ai choisi de travailler en 4/5e. Mais je ne peux pas toujours respecter ce choix. J’arrêterai mon métier si je m’aperçois que je pense à mes enfants en rendez-vous professionnel et vice versa », affirme pour sa part Céline Choain de Kea & Partners. « Pour qu’une femme réussisse dans le conseil, elle doit faire preuve de davantage d’organisation qu’un homme. Le souci d’efficacité et de performance s’applique au travail comme à la maison », affirme-t-elle.
Par Cécile Barbière pour Consultor, portail du conseil en stratégie-24/04/2013
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