Roland Berger : un modèle en question visé par des rumeurs persistantes de rachat
Situation tendue chez Roland Berger.
Selon des informations concordantes, le cabinet allemand de conseil en stratégie serait empêtré dans des problèmes de rentabilité structurels en France et en Allemagne. Une offre de rachat pourrait aboutir dans les semaines à venir.
Plusieurs cabinets d'audit sont sur les rangs.
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Des discussions avancées avec Ernst & Young et PricewaterhouseCoopers
Situation tendue chez Roland Berger. Selon des informations concordantes données à Consultor, le cabinet allemand de conseil en stratégie serait empêtré dans des problèmes de rentabilité structurels en France et en Allemagne, ses deux principaux marchés, et plusieurs de ses dirigeants envisageraient la revente du cabinet. Tout comme avec l'offre avortée de Deloitte il y a deux ans, les cabinets d'audit tiennent la corde.
Ces derniers, comme l'analysait Consultor il y a peu, sont particulièrement en appétit sur le créneau du conseil en stratégie. Une marque de la renommée de Roland Berger suscite de toute évidence les convoitises. Une proposition pourrait aboutir dans les prochaines semaines.
Le CEO du cabinet, Martin Wittig, dont nous annoncions la mise sous surveillance, mènerait des discussions avancées avec Ernst & Young et PricewaterhouseCoopers, alors que Charles-Édouard Bouée, lui aussi membre du comité exécutif du cabinet avec Bernd Brunke, Ralf Kalmbach et Tijo Collot d'Escury, aurait fait état aux associés parisiens de l'absence totale de visibilité sur l'avenir du cabinet dans les semaines et mois à venir.
Dans un mail récent, dont Consultor a eu copie, les cinq membres du comité exécutif indiquent aux collaborateurs du cabinet "qu'il relève de la responsabilité du management d'un partnership d'étudier toutes les marques d'intérêt de tiers crédibles, s'ils sont en mesure de développer la prochaine étape de développement du cabinet et d'augmenter la création de valeur pour toutes les parties prenantes, clients, employés et actionnaires".
Un porte-parole d'Ernst & Young, contacté par Consultor, dit "ne pas avoir d'informations à ce sujet".
+30% de partners au bureau parisien de Roland Berger en 2012
À Paris, ces nouvelles interviennent après une année 2012 qui fut marquée par une hausse d'un tiers du nombre des associés et l'embauche de 50 consultants au moins dans le sillage d'un contrat jugé exceptionnel de réduction des coûts chez BNP Paribas. Celui-là a occupé 70 consultants parisiens sur les huit premiers mois de l'année.
Comme nous l'écrivions en avril, cette stratégie de développement effréné adoptée par les dirigeants français du cabinet avait des airs de pari sur l'avenir. Or un an plus tard, plusieurs des relais de croissance imaginés pour l'après BNP Paribas font faux bond.
À commencer par les hommes, première ressource de tout cabinet de stratégie de haute volée : plusieurs associés de longue date ont plié bagage, comme Sébastien Salvi à la fin du mois de janvier, dans le cabinet depuis huit ans (ancien du Boston Consulting Group, devenu partner chez Roland Berger en 2006).
Avant lui, c'était Stéphane Albernhe, pourtant présent depuis plus de dix ans. Ce dernier, qui occupait le poste de managing partner de Roland Berger à Paris, vient d'ouvrir Archery Strategy Consulting, son propre cabinet de conseil spécialisé. Jacques Radé, nommé partner en 2007, a lui aussi cessé ses activités au sein du cabinet.
Idem pour Fabrice Kahn, ancien associé à la practice services financiers de Roland Berger à Paris, qui a été remercié avant l'été avec pertes et fracas. Ces départs ont été remplacés par les arrivées en cascade d’ex-partners d’Oliver Wyman Paris (Fabrice Asvazadourian, Cyril Gay Belan et Jérôme Barrué), censées aider à grappiller des parts sur le segment de marché très couru du conseil aux services financiers.
Coupes claires dans les rémunérations en Chine et des bonus décevants à Paris
La Chine comptait aussi parmi les relais de croissance imaginés, d'autant plus que la zone est sous direction du bureau français, tout comme l'Afrique du Nord. Les résultats ne seraient pas au rendez-vous et les salaires et bonus des associés, principals et consultants répartis entre Shanghai, Pékin, Hong Kong, Guangzhou et Taipei auraient été significativement baissés pour ajuster les coûts après une année très en deçà des attentes dans le pays.
D'autres signes pointent dans la direction d'une conjoncture défavorable pour le cabinet, et confortent l'hypothèse de sa fragilisation au regard d'acheteurs extérieurs. Les bonus versés fin janvier en France sont jugés décevants par rapport à la croissance de l'activité et suscitent le mécontentement interne. Ils confirment les doutes récurrents sur la capacité du modèle Berger à être suffisamment rentable pour couvrir ses investissements dans de nouvelles recrues onéreuses, à les payer au prix du minuscule marché du conseil en stratégie, tout en remboursant le rachat des parts de la Deutsche Bank dans le cabinet. Celle-ci possédait 95% du capital du cabinet jusqu'à deux MBO successifs en 1996 et 2000.
Sollicité pour commenter l'ensemble de ces informations, Roland Berger Paris indique que le cabinet rejette "ces allégations" et ne souhaite faire aucun commentaire.
Par Benjamin Polle pour Consultor, portail du conseil en stratégie-04/03/2013
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