Private equity : un marché du conseil en montagnes russes en 2026
Après une année 2025 atone dans le private equity, les acteurs du secteur voient-ils la fin du tunnel ?
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Le premier semestre 2026 serait en mi-teinte selon les données. En volume, en Europe, près de 1300 deals ont été réalisés sur le 1er trimestre 2026, pour une valeur totale de 44 milliards d’euros (Md€) selon le cabinet Andersen, un volume annualisé de transactions légèrement inférieur à 2025 (-7 %), mais une valeur totale supérieure (+15 %).
Un marché fragmenté des petits aux gros deals…
Même tendance de fond pour la France, confirme Thomas Chèvre de Strategia, qui constate lui aussi cette année un marché assez difficile, voire tendu : « 2025 a déjà été une année où les montants des transactions en France ont baissé significativement, de plus de 20 %, alors que le marché mondial rebondissait. Je pense que 2026 est en retard en France. » Serge Hovsepian de L.E.K. Consulting prolonge : « Les small-cap restent très actifs, nous avons vu quelques deals en large-cap, et le mid-cap a un peu diminué. Le marché n’est pas à son niveau normatif, mais il ne faut pas le comparer aux sommets post-covid. Ce n’est pas non plus un marché atone, car la raison d’être des fonds est d’investir, il y a beaucoup moins de deals, mais il reste un socle solide. » Ce que confirme Laura du Repaire, directrice de la practice PE Simon-Kucher : « Les fonds continuent d’investir, mais ils challengent beaucoup plus en profondeur les hypothèses de croissance, la résilience du modèle économique, le pricing power et la génération de cash-flow avant de s’engager. »
Nous assistons ainsi à un ralentissement des méga deals pointe Jonathan Zelmanovitch de PMP Strategy : « Les quelques gros deals ont pris plus de temps à se faire. Pour les méga deals, de plus de 2 milliards d’euros, ce n’est pas le moment d’aller sur le marché parce qu’il y a trop d’insécurité et les attentes de retours des LPs en termes de retours sont importantes. » En effet, en France, le plus gros deal de plus de 20 Md€ a concerné début juin le démantèlement de SFR. Il y a également eu l’OPA de Recordati par CVC et GBL à quelque 10,7 Md€ (la cible est italienne, mais le deal concerne la place parisienne via CVC Capital Partners et Groupe Bruxelles Lambert), à plus de 1 Md€, l’OPA de Daniel Kretinsky sur Fnac Darty, le rachat de Scorefit par Orange ou encore l’acquisition d’Idemia Public Security par Amadeus…
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Sur fond de signaux faibles en faveur d’une reprise des transactions, les acteurs du private equity attendent des prestations de conseil plus intégrées, concrètes et efficientes.
Et des domaines plus ou moins porteurs
Certains secteurs souffrent particulièrement, devenus moins attractifs pour les investisseurs, en particulier le retail « où il y avait beaucoup moins de deals récemment, à part dans les cosmétiques et les compléments alimentaires qui sont un peu en vogue actuellement », pointe Jonathan Zelmanovitch de PMP Strategy. C’est aussi, selon lui, le cas de l’automobile et de la finance.
D’autres domaines sont en revanche dynamiques, à l’instar des incontournables IA/tech, mais également « des secteurs plus concrets où il y a du physique, comme l’industrie ou les services industriels, et on assiste à un retour de secteurs pour lesquelles la notion de souveraineté est primordiale, c’est le cas de l’énergie, de l’électrification, de la défense », précise Serge Hovsepian. Ou encore les secteurs stratégiques de la santé/pharma ou de la cybersécurité.
L’attentisme continue de dicter le tempo
Les raisons de ce ralentissement ? Laura du Repaire en dénombre trois essentielles. « D’abord, les sorties restent plus complexes qu’auparavant, ce qui conduit certains fonds à prolonger leurs périodes de détention. Ensuite, le coût du capital demeure significativement plus élevé que durant le cycle précédent. Enfin, l’IA et le contexte géopolitique incertain rebattent les cartes : cela crée de formidables opportunités de création de valeur, mais introduit aussi davantage d’incertitude dans l’évaluation de certains modèles économiques. »
Le secteur du private equity reste cependant assis sur une montagne de capitaux, environ 3 800 milliards de dollars d’actifs non cédés (selon Bain) et plusieurs centaines de milliards de dry powder disponibles chez les fonds. Les investisseurs resteraient pourtant dans une position attentiste comme s’en accordent les associés interrogés. Car ils doivent intégrer dans leurs opérations l’incertitude géopolitique et économique internationale, mais aussi, les problématiques françaises de budget, la visibilité sur les élections à venir avec de nombreuses options en termes économiques et de fiscalité.
Une activité PE en mouvement pour les cabinets
Du côté des cabinets de conseil positionnés sur le PE, l’activité se maintient, plus ou moins. Chez Strategia, chez qui ce secteur représente la moitié de l’activité, « après une forte croissance sur les dernières années de l’activité private equity, l’activité a été globalement stable », dit Thomas Chèvre. Même constat d’un marché qui marque le pas pour ce premier semestre chez Simon-Kucher pour qui le PE « représente une importante partie de l’activité ». En cause notamment, des effets de cycles comme l’explique Serge Hovsepian de L.E.K. : « Sur les 4 premiers mois, nous avons eu une activité très forte avec un important déstockage des deals du Q4 2025 qui arrivaient. Ensuite, cela a baissé, mais nous attendons un rebond avant les vacances, comme chaque année. »
Le PE, un secteur qui se porte cependant bien chez PMP Strategy, comme le commente Jonathan Zelmanovitch : « Nous avons réalisé 75 % des ventes de l’année dernière. Normalement, c’est 40 à 50 % à cette période d’année. Et nous avons réussi à travailler sur à peu près l’intégralité des deals depuis le début de l’année. Ce qui explique en grande partie cette performance, c’est le positionnement du cabinet sur la tech, un secteur qui a surperformé malgré le “moment Claude”, mais aussi le fait que nous soyons arrivés sur ce marché il n’y a pas si longtemps. » Cet associé constate cependant un durcissement général du marché. Pour preuve, « nous voyons nos concurrents sur des deals beaucoup plus petits, comme certains MBB, et beaucoup plus agressifs sur des deals où on ne les voyait jamais auparavant, avec des tarifs en baisse, comme Oliver Wyman ou Roland Berger ».
Un nouveau mix de sujets à traiter
Une certaine stabilité en volume de missions, donc, mais les cabinets observent depuis quelques mois une évolution du périmètre des missions. « Nous constatons beaucoup plus de solutions flex, mino, co-invest, ou de refinancements, un moyen de retarder les sessions. Nous intervenons plus tôt lors de la phase de deal sur des dossiers plus ciblés et plus courts et en phase 2 sur des missions classiques de 3 ou 4 semaines. Et dans toutes nos due diligences, on nous pose aujourd’hui la question de l’IA », expose Serge Hovsepian de L.E.K.
Chez Simon-Kucher et Strategia, on observe aussi une forte évolution du mix des missions. Laura du Repaire explicite : « Le marché est moins dans une logique de vitesse d’exécution et davantage dans une logique de conviction. Les due diligences sont souvent plus approfondies et les investisseurs cherchent davantage de preuves avant de s’engager. Pour un cabinet comme le nôtre, cela renforce l’importance des analyses stratégiques et commerciales, à la fois pour sécuriser la thèse d’investissement et pour identifier en amont les leviers de création de valeur à activer post-deal. »
Thomas Chèvre amende : « Nous avons beaucoup plus de plans de création de valeur sur les sujets en portefeuille, et notamment, pour des sociétés qui se réengagent dans un nouveau cycle. Dans ce cas, nous définissons quelle est l’ampleur de la création de valeur sur le terrain de jeu actuel, ainsi que les nouveaux axes de croissance à amorcer pour préparer le cycle d’investissement suivant. »
Pas d’embellie prévue pour le S2
Comment les consultants experts anticipent-ils le second semestre 2026 ? La prudence est de mise. « Je serais optimiste, mais prudemment optimiste, résume Laura du Repaire de Simon-Kucher, qui précise. Je pense qu’il y a beaucoup à investir et qu’il y a aussi un besoin de liquidités. À mesure que les attentes des vendeurs s’ajusteront aux nouvelles réalités, les transactions devraient repartir, mais de façon sélective, et cela sera favorable aux actifs les mieux préparés… »
Côté L.E.K., on anticipe « des hauts et des bas » d’activité sur ce secteur. Même prudence chez Strategia : « Nous avons un triple effet. D’une part, ces opérations ont été faites d’une part sur un niveau de multiples difficiles à atteindre avec le niveau des taux d’intérêt actuels. D’autre part, les perspectives de création de valeur se font dans un contexte macroéconomique dégradé par rapport au cycle précédent. Enfin, certains secteurs ont été impactés par des dynamiques politiques, règlementaires ou technologiques », prévient Thomas Chèvre.
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