INSEAD et conseil : l'ardoise magique du MBA fonctionne-t-elle toujours ?
En 2024/25, les cabinets de conseil restent les premiers recruteurs des diplômés MBA de l’école – à hauteur de 50 %. Marché plus tendu, salaires, géographies : le point sur les dernières stats de l’INSEAD.
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Selon les données de l’école, 929 étudiants composaient la double cohorte de décembre 2024-juillet 2025 – contre 875 pour les promos 2022-23 et 1 094 pour celles de 2021-22.
Parmi les constats que l’on peut établir : un quatuor siglé conseil en strat comme top employeurs, malgré des recrutements en baisse, et la tech qui regagne du terrain avec 18 % des embauches contre 9 % précédemment.
Mais aussi : un salaire médian qui diminue, et des recruteurs désormais en quête de profils « plug and play » – comme l’explique Sara Vanos, senior director of employer engagement à l’INSEAD.
« Patience et longueur de temps… »
La morale de la fable de La Fontaine Le Lion et le Rat pourrait prendre ici tout son sens. En effet, 3 mois après avoir obtenu leur diplômé, 81 % des titulaires de MBA déclarent avoir reçu au moins une offre d’emploi – un chiffre inférieur aux 88 % des promos 2022-23 ou aux 94 % observés pour la double cohorte 2021-22.
Pour autant, à en croire Sara Vanos, cette évolution ne traduit pas de décrochage quant à la valeur du MBA de l’INSEAD. « Le marché est devenu plus compétitif et les recrutements prennent davantage de temps, avance-t-elle. D’ailleurs, si l’on regardait à 6 mois, le taux serait de 98 ou 99 %. Désormais, les étudiants qui recherchent un poste très “niche” ou qui leur corresponde parfaitement n’hésitent pas à prendre 4 ou 5 mois pour trouver ce poste ultra ciblé. »
Après 2 années de reflux des candidatures mondiales aux business schools, MBA inclus (6,5 % de recul en 2022, 4,9 % en 2023, selon des données relayées par le Financial Times), le GMAC – Graduate Management Admission Council, qui gère le GMAT, test d’admission pour les MBA full-time et les écoles de commerce en général – a fait état d’un rebond en 2024, à +12 %.
En toute hypothèse, selon Sara Vanos, dans un contexte « de multiplication des MBA dans le monde », ce sont surtout « les plus petits » qui seraient impactés.
Sachant que les frais de scolarité du MBA de l’INSEAD sont actuellement « de 100 000 à 103 000 euros », en deçà « des 150 à 200 000 dollars parfois qu’il faut investir aux États-Unis ».
8 top employeurs sur 10 sont des cabinets de conseil
À 50 %, le conseil représente donc toujours le principal débouché pour les diplômés MBA de l’école. En 2022-23, c’était 61 %, sur une double cohorte un peu plus restreinte, et 53 % en 2021-22.
La baisse est flagrante au sein du quatuor de tête. Ainsi, le premier d’entre eux, McKinsey, a recruté 100 « MBA » de l’INSEAD – contre 167 en 2022-23. Même tendance au BCG, avec 60 recrutements contre 108 précédemment. Chez Bain, 51 contre 89 en 2022-23 quand le 4e top employeur « conseil » (et global), Strategy&, a également restreint ses sélections (23 contre 38 précédemment).

Roland Berger passe, de son côté, de 19 à 4 recrutements dans cette double cohorte, ce qui en fait le 20e top employeur – alors qu’il était 6e en 2022-23. Une « plongée » que Sara Vanos explique par « la grande spécialisation des verticales du cabinet : les besoins peuvent changer d’année en année en fonction des spécialisations en question ».
Quant à Oliver Wyman, il reste stable en 7e position, avec 11 recrutements contre 10 en 2022-23.

Quid d’Amazon, qui ne figurait pas dans le top 10 en 2022-23 après en avoir été l’un des piliers ? Le groupe est le 7e employeur de cette double cohorte, loin toutefois de ses niveaux passés (13 recrutements dans cette double cohorte, 61 en 2021-22).
Un retour qui s’inscrit dans un secteur de la tech ayant retrouvé des couleurs – 18 % des embauches – avec également la présence de Dell Technologies, 10e top employeur, Samsung, 13e, et Uber, 17e, notamment.
Le corporate (santé, CPG, secteur manufacturier…) représente quant à lui 17 % des recrutements (16 % en 2022-23) et les services financiers, 15 % (14 % précédemment).
Parmi les recrutés du conseil, 27 % ont été « sponsorisés » par leur cabinet d’origine
Un niveau de « sponsoring » qui resterait stable. Pour Sara Vanos, cela reflète « la relation historique entre les grands cabinets et l’école ».
Plusieurs facteurs expliqueraient cette fidélité. Tout d’abord, la taille des promotions : avec près de 1 000 étudiants, l’INSEAD offrirait aux recruteurs « un vivier sans équivalent » parmi les business schools européennes.
Ensuite, la diversité géographique des profils : 35 % des étudiants viennent d’Asie-Pacifique, 17 % d’Europe occidentale, 12 % d’Europe du Sud et 10 % d’Afrique ou du Moyen-Orient.
Enfin, le format accéléré de ce MBA séduirait les cabinets sponsors. « Le programme dure 10 mois seulement. Les cabinets qui financent le MBA de leurs consultants les récupèrent ainsi beaucoup plus vite. »
Un signal d’alerte côté rémunération
Le salaire médian des diplômés a, en effet, reculé de 15 % par rapport aux promotions 2022-23, passant de 118 000 à 100 000 dollars toutes industries confondues. Dans le conseil, la baisse se limite à 11 %, de 119 000 à 106 000 dollars.

Les écarts géographiques restent toutefois très marqués : dans le conseil, les rémunérations médianes peuvent aller de 77 000 dollars au Portugal, à 144 000 dollars au Qatar et jusqu’à 172 000 dollars aux États-Unis.
Une tendance baissière que Sara Vanos relativise en rappelant que, dans le conseil, « on passe au grade supérieur 2 ans plus tard, avec une augmentation à la clé ». Et si le salaire reste un critère important, « la marque, la façon dont le cabinet permet à ses consultants de se sentir, le “work-life balance”, et aussi les possibilités de télétravail » seraient désormais décisives pour les diplômés de l’école.
« L’ardoise magique » du MBA moins en verve qu’auparavant ?
Les données de mobilité sectorielle révèlent une plus grande prudence dans les changements de trajectoires. 83 % des diplômés issus du conseil… y sont restés !
Changement de secteurs d’activité 2024-25_diplômés INSEAD.png

Et si 33 % des étudiants issus de secteurs « corporate » ont rejoint le conseil après leur MBA, ils étaient 57 % en 2022-23. C’est également le cas de 25 % des profils issus des TMT (46 % sur les dernières cohortes) et de 20 % des anciens des services financiers (43 % précédemment).
Au global, 38 % des diplômés MBA 2024-25 ont opté pour un nouveau secteur – contre 49 % sur les dernières promos. Et surtout, seuls 14 % ont changé à la fois de pays, de fonction et d’industrie ; en 2022-23, ils étaient 25 %.
Une situation que Sara Vanos explique par la conjoncture macro-économique incertaine : « Les opportunités existent, mais il faut davantage construire son récit et démontrer immédiatement sa valeur ajoutée ».
Du côté des fonctions occupées, l’intérêt pour des rôles « hybrides » se confirme. Celui de Chief of staff, et le conseil interne, sont très recherchés par les étudiants. « Ce qui attire nos diplômés, ce sont toujours les fonctions stratégiques », explique Sara Vanos. Même lorsqu’ils rejoignent une entreprise, beaucoup souhaitent des rôles proches du conseil interne ou de la transformation. »
À noter que le Moyen-Orient conserve son attractivité à ce stade, que ce soit au regard de l’emploi ou des campus – l’INSEAD en possédant un à Abu Dhabi. Ces derniers mois ont toutefois donné lieu à des discussions quasi quotidiennes sur le sujet, et le campus a dû fermer temporairement.
« Critical thinking, capacités de communication, “magie humaine”… »
L’irruption de l’IA transformerait les attentes des recruteurs. Et l’INSEAD a adapté son offre pédagogique à ces évolutions. Les étudiants disposent désormais d’accès premium à plusieurs outils d’IA générative, tandis que de nouveaux cours ont été introduits : Produits et entreprises en IA générative, L’IA générative au travail ou encore Fondamentaux de l’IA pour les managers.
Mais tout cela s’accompagne d’un durcissement du marché. « Les cabinets, et les entreprises plus généralement, veulent des profils capables d’apporter de la valeur très rapidement. L’expression “plug and play” revient souvent. »
Cela conduit Sara Vanos à estimer que la valeur du MBA pourrait encore se renforcer. « Plus le monde devient complexe, plus les connexions humaines, le réseau et la capacité d’adaptation montent en puissance. Un MBA apprend à être à l’aise dans des situations inconfortables. Et cette capacité-là ne va pas perdre de son importance. »
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