Du MECE à la Caverne de Platon : le défi inattendu de Jules Baroin
Après avoir évolué durant près de 6 ans dans le conseil en strat, Jules Baroin s’est lancé dans un projet singulier : faire « vivre » la philosophie à travers des expériences immersives.
Celui qui a débuté chez Nova Consulting avant de rejoindre EY-Parthenon ne renie rien de ses années « conseil ». C’est sur ce socle qu’il construit aujourd’hui le Studio Descartes, avec un objectif clair : transformer l’abstrait en expérience collective et susciter un « réveil » chez le plus grand nombre.
Immersion avec le principal intéressé, à mi-chemin entre conseil, philosophie et loisirs immersifs – comme autant de facettes d’une même quête.
« Le conseil, un moyen de comprendre le monde qui nous entoure »
Lorsque Jules Baroin sort diplômé de l’emlyon en 2017, après une licence de droit privé et une maîtrise de droit public de l’université Paris-Panthéon-Assas – « par attrait pour la dimension d’intérêt général et de service public » –, sa fibre entrepreneuriale ne vibre pas encore. Ou, du moins, il n’estime pas disposer « de l’énergie ni des compétences » requises pour ce type d’aventure.
Le conseil s’impose dès lors comme une évidence. « Je voulais approfondir ce métier que je trouvais très stimulant intellectuellement, et extrêmement formateur. » À ses yeux, le conseil représente plus qu’un accélérateur de carrière. « Du point de vue méthodologique, le conseil nous donne un moyen de comprendre le monde qui nous entoure. Avec cette boîte à outils, nous pouvons lire des marchés qui n’ont rien à voir entre eux, rapidement, saisir les dynamiques de marché et les grandes tendances. »
Il rejoint Nova Consulting en 2017 après un stage de fin d’études. La structure intervient sur quatre verticales : les marques, le tourisme, la culture et le sport. Une expérience qu’il décrit avec beaucoup d’affection. Car le caractère de « boutique » de Nova est indissociable, selon lui, de « l’esprit d’équipe » qui va profondément le marquer.
Parmi les expériences qu’il retient figure la coordination de la Novascopie, une publication annuelle du cabinet. Une mission éloignée des projets clients, mais révélatrice de ce qu’il recherche déjà, sans doute : prendre du recul, structurer une réflexion collective et approfondir la compréhension d’environnements complexes.
Une première « rupture » pour découvrir d’autres facettes du métier
En 2021, Jules Baroin rejoint EY-Parthenon – comme consultant senior. « Ce n’était plus du tout le côté boutique ! » Les due diligences réalisées pour les fonds d’investissement l’intéressent particulièrement. « Je les voyais comme un condensé de ce que l’on peut apprendre dans le conseil en stratégie. » L’exercice le séduit tant par son intensité que par son exigence intellectuelle. « Les consultants sont mobilisés à fond pour découvrir complètement un secteur d’activité et en ressortir, quelques semaines plus tard, avec un bon niveau de compréhension. »
Il y découvre aussi les ressources et les méthodes propres aux grandes organisations. « Sur le knowledge management et sur la profondeur des ressources mobilisables, on a accès à des moyens qui permettent d’aller plus loin. »
Le refus d’une trajectoire toute tracée
À la trentaine, nouvelle rupture. « Je ne voulais pas que le chemin sur lequel je m’engageais se mue en autoroute. » Il ne s’agit pas d’une remise en cause du conseil : il juge au contraire cette expérience « très précieuse ». Mais il ressent le besoin « de prendre du recul par rapport à [son] quotidien professionnel ».
Il rejoint LaTour Media Group, un groupe expert en communication et publicité, comme directeur des opérations, puis Chief of staff. Objectif : passer « du côté de la décision plutôt que de l’aide à la décision ». Et c’est dans le cadre de cours du soir qu’une nouvelle aventure va démarrer.
Jules Baroin entame en effet des études de philosophie à l’Institut catholique de Paris (ICP). « J’ai pris un plaisir immense à me replonger dans cet univers. » Plaisir de lire. Plaisir d’apprendre. Plaisir même de retrouver les examens et les dissertations. « Quand on entre dans la vie active, on pense avoir laissé tout ça derrière soi. Or, quel que soit l’âge, reprendre des études procure une joie immense. »
Dans ces cours du soir où se côtoient étudiants, cadres, retraités et actifs de tous horizons, il découvre une discipline bien différente de l’image qui lui est souvent associée. « Avant même toute complexité, il y a dans la philosophie une capacité à s’étonner. »
Ce qui le frappe également, c’est la proximité inattendue entre l’approche philosophique et certaines méthodes du conseil. « En me plongeant dans Descartes, j’ai réalisé que la méthode MECE est très proche de celle proposée dans les Règles pour la direction de l’esprit. » Décomposer un problème complexe en une série de questions plus simples, structurer un raisonnement, organiser la pensée. « Conseil et philosophie peuvent se nourrir de façon très nette. Si j’avais entrepris des études de philosophie plus tôt, peut-être aurais-je été un meilleur consultant », ajoute-t-il dans un clin d’œil.
Dépoussiérer une discipline « prisonnière de deux pôles opposés »
Pour lui, la philosophie est prise en étau « entre une approche très universitaire, élitiste et parfois déconnectée du réel, et quelque chose qui peut confiner à des questions de bien-être ou de développement personnel ne permettant pas d’accéder à sa profondeur. »
Dans le même temps, Jules Baroin observe, avec son regard d’ancien consultant, l’essor spectaculaire des loisirs immersifs. Musées numériques, vidéo mapping, expériences en réalité virtuelle : un nouveau marché émerge. Sa réflexion s’accélère.
Avec Florian Renard, rencontré à l’ICP et lui aussi diplômé d’une école de commerce, il fonde le Studio Descartes fin 2024. « La philosophie telle que nous la concevons, ce n’est pas une leçon. C’est quelque chose que l’on vit. »
Leur premier prototype s’intitule La Caverne, d’après l’allégorie de Platon. Présenté au printemps 2025, il est testé auprès de plusieurs centaines de visiteurs. L’ambition des deux cofondateurs ? « Que les gens sortent en se disant : j’ai vécu un vrai moment de divertissement, j’ai appris des choses et ça m’a questionné. »
Un lancement prévu au 1er semestre 2027
Levée de fonds, partenariats avec des institutions culturelles, développement produit, recherche de lieux : le projet avance étape par étape. Et l’ancien consultant découvre les réalités de l’entrepreneuriat. « Je mesure l’importance de pouvoir définir une méthode, un calendrier et un budget, mais aussi de savoir faire preuve de suffisamment d’agilité pour saisir de nouvelles opportunités. »
Il porte d’ailleurs un regard différent sur certaines recommandations formulées en mission. « C’est peut-être l’écueil du consultant : comme on met peu les mains dans le cambouis, on ne réalise pas toujours le temps nécessaire à la concrétisation de certaines recos. »
Pour autant, il revendique pleinement l’héritage de ses années en cabinet. « Je n’aurais pas été capable de mener à bien ce type de projet sans mon expérience en conseil. »
Alors qu’une nouvelle levée de fonds se profile pour le Studio Descartes – après une première en mode « love money » –, Jules Baroin souhaite « s’entourer de business angels convaincus par la mission derrière le projet ». Une mission qu’il résume ainsi : provoquer chez les visiteurs « un moment de bascule, une secousse », et faire en sorte qu’il y ait « un avant et un après ».
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