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Chez Safran Helicopter Engines, une mission de McKinsey fait grincer des dents

Présents sur le site de Bordes de l’ex-Turbomeca, les consultants de McKinsey travaillent sur une mission «d’amélioration de la compétitivité».

Lydie Lacroix
27 Avr. 2026 à 10:00
Chez Safran Helicopter Engines, une mission de McKinsey fait grincer des dents
Safran Helicopter Engines, site de Bordes - Arriel 2K au montage (© Laurent Pascal / CAPA Pictures / Safran)

Alors que l’entité performe, le recours à un cabinet de conseil externe est contesté par les salariés et représentants syndicaux avec lesquels Consultor a pu s’entretenir – sachant que le groupe Safran dispose d’une entité de conseil interne créée en 2004, Safran Consulting.

Le nom du cabinet, McKinsey, aiguise aussi les critiques, certains syndicats n’hésitant pas à rappeler les enquêtes du PNF qui le visent, bien qu’aucune condamnation n’ait été prononcée à ce jour.

Et la rémunération potentielle de cette mission, susceptible d’atteindre plusieurs millions d’euros, accentue encore le mécontentement.

Une mission «de compétitivité» sous tension

À Bordes, les équipes de Safran Helicopter Engines ont vu arriver, ces dernières semaines, plusieurs consultants de McKinsey. Objectif affiché : œuvrer à l’amélioration de la compétitivité.

Selon un représentant syndical, la rémunération de cette mission se fera en partie en «success fees». Sans citer de montants exacts, plusieurs sources internes évoquent un coût compris «entre 0,3 et 1 % de la masse salariale» de l’entité..

Il n’en fallait pas plus pour susciter de vives réactions chez les salariés, alors que les négociations annuelles obligatoires portent cette année sur une enveloppe d’environ 2,5 % de la masse salariale, avec une part consacrée à l’augmentation générale de 1 %. «Ça nous a fait tiquer», confirme l’un des témoins.

Safran, une entreprise qui ne connaît pas la crise

Cette mission intervient alors que le groupe Safran affiche de solides résultats. En 2024, il a enregistré 27,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 4,1 milliards de résultat opérationnel courant.

La division Safran Helicopter Engines constitue, quant à elle, un pilier industriel rentable. Elle aurait dégagé, d’après nos informations, un résultat net d’environ 196 millions d’euros, portée notamment par la croissance des activités de maintenance dans un contexte de demande soutenue.

Dans ce cadre, le recours à une mission de réduction de coûts témoigne, aux yeux d’une partie des salariés, d’un décalage avec la dynamique économique observée.

Une mission pour identifier des problématiques déjà connues des salariés?

Dans un tract diffusé à Bordes dont Consultor a pris connaissance, la CGT parle «d’un aveu de défiance envers les salariés», et ce, d’autant plus que l’équipe de conseil interne disposerait de l’expertise nécessaire.

Plusieurs salariés évoquent quant à eux des problématiques déjà identifiées en interne, qui seraient «redécouvertes» dans le cadre des missions opérées par des prestataires externes. «Les cabinets vont dire ce que la direction aurait pu apprendre en parlant avec les gens, sur le terrain.» Un manager du site de Bordes aurait d’ailleurs partagé certains points aux consultants de McKinsey «pour qu’ils soient enfin pris en compte par ses supérieurs hiérarchiques».

Du côté de la CGT, on pointe également un risque qualifié de «classique» : celui de voir un cabinet missionné «pour donner une apparence d’objectivité» à des orientations déjà actées par les dirigeants.

En toute hypothèse, selon des documents que nous avons pu consulter, la direction de SHE aurait affirmé que la mission n’aurait «aucun impact sur l’emploi, l’organisation du travail ou l’activité industrielle».

Une communication défaillante

Au-delà des motifs de cette mission, son déroulement même interroge. La CGT affirme ainsi que les consultants ont débuté leur accompagnement «avant toute information au CSE central, ce qui pourrait constituer un délit d’entrave».

En l’occurrence, l’un de nos témoins indique avoir appris la présence de McKinsey sur site «le jour où la présentation a été faite en instance», estimant que «la communication de l’entreprise» a dysfonctionné, a minima.

Un cabinet de conseil dont le siège est aux États-Unis, auprès d’un fleuron industriel français

Et pas n’importe quelle industrie, puisque l’on parle ici d’aéronautique et de défense. Des sources internes soulèvent donc la question de la souveraineté. «Qu’en sera-t-il de l’accès aux données?» s’interroge-t-on, alors que certaines entreprises opérant en Europe peuvent être soumises à des obligations légales relevant de juridictions extra-européennes.

La crainte implicite est surtout que les données de SHE soient accessibles à ses concurrents aux États-Unis.

Plusieurs liens établis entre McKinsey et Safran

La CGT pointe ainsi une forme de porosité entre le cabinet et les instances dirigeantes du groupe.

C’est le cas de Valentin Safir – chez McKinsey de 2000 à 2009 entre Paris, Sydney et Singapour –, nommé directeur commercial de Safran Aircraft Engines en avril 2026, après avoir piloté les programmes de Safran Helicopter Engines de juillet 2022 à janvier 2025.

Autre exemple, Florent Illat, DG de Safran Corporate Ventures depuis 2019, qui a évolué chez McKinsey de 2007 à 2013. SCV est la filiale d’investissement du groupe destinée à la prise de participations minoritaires dans des start-ups travaillant sur des technologies de rupture ou de nouveaux modèles économiques.

Toutefois, dans le cadre du décompte de Consultor relatif à la proportion d’alumni du conseil en stratégie au sein des comex et directoires des groupes du CAC 40, on note qu’en 2024, Safran n’en comptait aucun. Par ailleurs, le fait d’avoir évolué dans un cabinet de conseil en stratégie constitue souvent un tremplin vers des fonctions de direction dans l’industrie comme dans les services.

Dans une autre perspective et sur un périmètre «groupe» (sans que l’on puisse préciser davantage), Safran et McKinsey entretiennent des relations contractuelles régulières. Safran figure en effet parmi les entreprises clientes du cabinet en France entre 2017 et 2021 – en nom propre –, et entre 2014 et 2023 pour la coentreprise Airbus Safran Launchers, devenue ArianeGroup.

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Autant d’éléments conduisant certains délégués syndicaux à s’interroger, de façon directe, sur une forme de «copinage».

Contactée par nos soins, la direction de Safran Helicopter Engines nous a fait savoir qu’elle ne souhaitait pas apporter de commentaires. Quant au bureau parisien de McKinsey, il ne s’était pas manifesté à l’heure de la mise en ligne de cet article.

McKinsey
Lydie Lacroix
27 Avr. 2026 à 10:00
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aéronautique - défense

Adeline
aéronautique - défense
Safran Helicopter Engines, Safran, clients McKinsey, enquête, compétitivité, conseil externe, Valentin Safir, Florent Illat, McKinsey France, McKinsey
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McKinsey
2026-04-27 16:48:35
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